Les pistes de solution de la protectrice du citoyen pour l'éducation au Nunavik

«Pour moi, c’est la recommandation phare [de notre rapport], la situation du logement au Nunavik est accablante. Il y a une urgence d’agir dans le respect des cultures locales», explique la protectrice du citoyen, Marie Rinfret.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Pour moi, c’est la recommandation phare [de notre rapport], la situation du logement au Nunavik est accablante. Il y a une urgence d’agir dans le respect des cultures locales», explique la protectrice du citoyen, Marie Rinfret.

Des plans de travail ont été déposés en février dernier pour s’attaquer au piètre état des services éducatifs offerts aux jeunes Inuits, mais la protectrice du citoyen livrera en septembre son verdict sur l’état réel des actions entreprises par le gouvernement du Québec pour corriger la situation au Nunavik.

En entrevue au Devoir, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, qui avait signé en 2018 un rapport accablant sur l’état de l’enseignement prodigué aux jeunes du Nunavik, s’est gardée de poser un jugement sur les gestes concrets posés depuis par les ministères et organisations gouvernementales interpellés dans son rapport.

« Je réserve cette information aux parlementaires à qui je suis d’abord tenue de rendre compte en septembre prochain dans un rapport annuel », a-t-elle insisté mercredi. Toutefois, cette dernière constate que la pénurie d’enseignants semble s’être aggravée puisqu’en 2018, lors de son enquête, 64 postes d’enseignants étaient vacants. Aujourd’hui, ce sont 84 professeurs qui manquent à l’appel à la Commission scolaire Kativik.

Communications zéro

Dans son rapport spécial livré sur la santé des services éducatifs dans le Grand Nord, la protectrice brossait un portrait peu glorieux de l’enseignement offert aux jeunes Nunavimmiuts. Absentéisme galopant chez les élèves, pénurie criante de professeurs, cours annulés, maîtres non qualifiés : les défis à relever pour la commission scolaire étaient immenses. Ils le sont toujours, comme l’a rapporté Le Devoir en début de semaine. « Un de nos constats, c’est qu’il n’y avait pas de communication entre le ministère de l’Éducation et la Commission scolaire Kativik. Mais après notre enquête, les intervenants se sont mis à bouger. Notre intervention a eu un impact », affirme-t-elle par ailleurs.

Les ministères et organismes gouvernementaux concernés ont déposé des plans d’action en février dernier, mais il est difficile de dire où en sont leurs actions. La Société d’habitation du Québec, notamment, prévoit y construire 134 unités de logements en 2019, 64 logements par année en 2021 et 2022, et livrer en avril prochain un rapport complet sur l’état du logement dans le Grand Nord. La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, était d’ailleurs en tournée au Nunavik en juillet dernier pour discuter de solutions destinées à améliorer les conditions de logement des ménages du Grand Nord.

« Pour moi, c’est la recommandation phare [de notre rapport], la situation du logement au Nunavik est accablante. Il y a une urgence d’agir dans le respect des cultures locales », explique Mme Rinfret, qui estime que les dures conditions de vie nuisent au cheminement scolaire des élèves.

Adapter l’enseignement

Autre grande lacune observée par la protectrice : l’absence totale de données au ministère de l’Éducation sur la situation qui prévaut dans les écoles au-delà du 55e parallèle. « Pour connaître les causes d’un problème, il faut avoir des données et, à ce titre, les parties se sont mises en mode action. » Selon Marie Rinfret, les problèmes qui minent les écoles du Nunavik ne se régleront pas à court terme et passeront ultimement par la formation d’un plus grand nombre d’enseignants inuits et un changement des programmes.

« Il y a une responsabilité de notre part de tenir compte de leur culture. On impose aux élèves d’apprendre à partir de la 4e année dans une langue qui n’est pas la leur (anglais ou français). Je crois qu’il faut rendre les programmes culturellement pertinents. C’est clair que c’est exigeant pour ces élèves. Il y a des ajustements à faire », insiste-t-elle.