Confusion autour des récréations

Le ministre de l’Éducation demande aux commissions scolaires d’offrir deux «périodes de détente» de 20 minutes par jour pour permettre aux enfants d’aller jouer dehors.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le ministre de l’Éducation demande aux commissions scolaires d’offrir deux «périodes de détente» de 20 minutes par jour pour permettre aux enfants d’aller jouer dehors.

Des « périodes de détente » de 20 minutes qui peuvent durer 15 minutes, des horaires à remanier, du transport par autobus à repenser : les commissions scolaires sont engagées dans un sprint où règne souvent la confusion pour respecter la directive de Québec obligeant la tenue de deux récréations par jour dans les écoles primaires.

Ce simple changement d’horaire illustre la complexité de la machine bureaucratique dans les écoles publiques.

La règle édictée par le ministre de l’Éducation est pourtant simple : offrir deux « périodes de détente » de 20 minutes par jour, une le matin et l’autre en après-midi, pour permettre aux enfants d’aller jouer dehors.

Les 72 commissions scolaires du Québec avaient modifié leurs horaires en conséquence et chamboulé leur organisation du transport scolaire. Au cours des derniers jours, coup de théâtre : le ministre Jean-François Roberge a accordé une forme de souplesse pour permettre le statu quo dans les écoles qui offrent déjà deux périodes de récréation de 15 minutes par jour.

En comptant le temps d’accueil et de déplacement des élèves, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a décrété que les « périodes de détente » de 15 minutes durent 20 minutes. Le ministre accepte cette interprétation élastique de sa directive.

Ailleurs au Québec, des enseignants se demandent de quoi aura l’air l’horaire de leur école à compter de la rentrée. Plusieurs ont témoigné sur Facebook de la confusion entourant la durée — ou même l’existence — de deux périodes de détente à la prochaine année scolaire.

« La consigne a semblé évoluer. On a de la misère à suivre le scénario du ministre », a dit Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec. Le ministre Roberge aurait pu éviter « l’ambiguïté » qui règne autour des récréations en consultant le milieu de l’éducation, estime M. Fortier.

Tuer l’initiative locale

Des écoles se heurtent à de grands obstacles. La Commission scolaire des Grandes-Seigneuries, sur la Rive-Sud, a décidé l’an dernier d’offrir une heure d’activité physique par jour à tous ses élèves du primaire. Une cible ambitieuse, décrétée avant même la directive du ministre Roberge.

Pour faire bouger leurs élèves une heure par jour, plusieurs écoles avaient éliminé la récréation de l’après-midi et prolongé la période du dîner. Les jeunesallaient jouer dehors après avoir englouti leur repas. Ça ne sera plus possible, déplore Marie-Louise Kerneïs, présidente de la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries.

« La directive du ministre a eu l’heur de ne pas nous plaire vraiment. Ce n’est pas la solution idéale. Les écoles ont à rejouer dans leurs horaires, leur fonctionnement et leur répartition des tâches », dit-elle.

Le ministre Roberge répète sans cesse qu’il veut donner plus d’autonomie aux écoles, mais sa directive nuit aux efforts locaux, souligne Marie-Louise Kerneïs.

« Nos écoles peuvent prendre les moyens qu’elles jugent pertinents pour faire bouger leurs élèves une heure par jour. Mais avec la récréation obligatoire de l’après-midi, elles perdent une partie de leur autonomie et il est clair que le temps d’enseignement ou de soutien des élèves va être réduit », dit-elle.

La Commission scolaire de Laval a dû faire des prouesses pour insérer une récréation d’après-midi dans l’horaire de ses écoles. À peine deux de ses écoles primaires offraient une « période de détente » en après-midi. Des enseignants ont confirmé que la CSDL offrira bel et bien deux récréations par jour, mais au prix de multiples changements d’horaire d’écoles et d’autobus.