La bataille de la récré se livre dans la cour des grands

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a réclamé 20 millions pour embaucher du personnel de surveillance et pour les autres coûts, comme les frais de transport par autobus.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a réclamé 20 millions pour embaucher du personnel de surveillance et pour les autres coûts, comme les frais de transport par autobus.

C’est confirmé : les écoles primaires devront offrir deux « périodes de détente » obligatoires de 20 minutes chacune par jour dès la prochaine année scolaire, mais cette directive du ministre de l’Éducation rencontre de la résistance.

Selon ce que Le Devoir a appris, la plus grande commission scolaire du Québec a décidé de maintenir ses deux récréations de 15 minutes chacune malgré le mot d’ordre du gouvernement. Dans une note interne datée du 10 juin 2019, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) indique qu’elle garde le « statu quo concernant l’horaire des écoles primaires ».

L’horaire de la prochaine année scolaire restera le même qu’en 2018-2019 malgré les nouvelles règles édictées par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES), précise le courriel.

« Nous avons obtenu la confirmation du MEES que le régime pédagogique prévoyait désormais deux “périodes de détente” d’une durée de vingt minutes chacune (une le matin, l’autre l’après-midi) et non deux “périodes de récréation” de vingt minutes comme il avait été prévu au départ », indique le message signé par Robert Gendron, directeur général de la CSDM, et trois de ses adjoints.

« Ainsi, le vocable “période de détente” inclut le temps de récréation, mais peut également inclure le temps “d’accueil et de déplacement”. De plus, conformément à notre politique locale, les écoles primaires devaient déjà avoir à leur horaire deux périodes de récréation de quinze minutes chacune. À cela s’ajoute du temps “d’accueil et de déplacement” pour compléter les vingt minutes de détente exigées par le régime pédagogique », précise la note de service.

Casse-tête administratif

La CSDM avait entrepris de remanier les horaires des écoles pour ajouter cinq minutes matin et soir, mais est revenue sur sa décision après avoir pris connaissance des règles finales du ministère. Elle a demandé à tous les établissements de revenir aux horaires actuels.

La gestion des horaires d’école est un véritable casse-tête administratif : le transport par autobus dicte en bonne partie les heures de début et de fin des classes. Les conventions collectives des enseignants encadrent aussi la façon de modifier les horaires, la durée du dîner et la surveillance des récréations. En bref, il est extrêmement complexe de toucher aux horaires d’école.

Pour cette raison, l’application de la règle des deux récréations de 20 minutes par jour s’annonce inégale d’une commission scolaire à l’autre. Les syndicats d’enseignants ont indiqué au Devoir que des écoles et des commissions scolaires, qu’ils refusent de nommer, ont décidé de ne pas offrir deux pauses de 20 minutes par jour. Des enseignants ont manifesté mercredi devant l’Assemblée nationale pour protester contre cette mesure.

Le ministre reste « flexible »

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a instauré ces deux périodes obligatoires de « détente » parce qu’il est prouvé que faire bouger les enfants stimule leur capacité à apprendre. Ces récréations devront se dérouler à l’extérieur sauf en cas d’empêchement majeur, dû par exemple à la météo. Le régime pédagogique prévoyait jusqu’à maintenant une période de détente le matin et une autre l’après-midi, mais sans en préciser la durée.

Le ministre dit avoir pris note des avis formulés par des groupes du milieu de l’éducation depuis l’annonce des deux récréations obligatoires. « On a tenu compte de quelques commentaires reçus afin d’assurer plus de flexibilité dans la mise en oeuvre de la mesure et d’assurer la réussite de son implantation », indique Francis Bouchard, attaché de presse du ministre.

La période de déplacement est-elle comprise dans les 20 minutes de la période de détente ? « En principe, les déplacements devraient être envisagés de façon à préserver cette période de détente », indique une page Web du MEES consacrée aux nouvelles règles encadrant les récréations.

On trouve ça sain que des écoles et des commissions scolaires aient décidé de tenir compte de leur propre réalité et de ne pas suivre à la lettre les nouvelles règles du ministre

Aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect du règlement. Le ministère se donne comme objectif « d’accompagner et de soutenir » les commissions scolaires. Le MEES offre aussi de couvrir certains coûts liés à la surveillance et à l’encadrement des enfants, mais uniquement dans les écoles de moins de 100 élèves. La somme n’a pas été précisée.

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a réclamé 20 millions pour embaucher du personnel de surveillance et pour les autres coûts, comme les frais de transport par autobus. Le ministre a insisté pour que la mesure se fasse sans frais, à l’exception des sommes versées aux petites écoles pour une année de transition.

La FCSQ a refusé de commenter la décision mercredi, mais nous a renvoyé au mémoire présenté au gouvernement au sujet des deux périodes de récréation. « Bien que l’on ne connaisse pas toutes les caractéristiques de l’organisation scolaire de chacune des quelque 2000 écoles primaires au regard de la durée des récréations, il est un fait que certaines écoles ont des périodes de détente de moins de 15 minutes et que, dans certains cas, particulièrement à cause de l’exiguïté des cours d’école ou de la nécessaire optimisation des coûts de transport scolaire, il n’y a pas de sorties extérieures en après-midi », indique le document.

La Fédération et les syndicats d’enseignants disent être d’accord pour envoyer les élèves jouer dehors, mais ils ne digèrent pas la directive du ministre. « C’est une des mesures qui a le plus fâché les enseignantes et les enseignants, surtout au primaire », dit Nathalie Morel, vice-présidente de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Elle et sa collègue Josée Scalabrini, de la Fédération des syndicats de l’enseignement (CSE-CSQ), rappellent que les profs consacrent du temps précieux aux élèves durant les récréations qui se déroulent à l’intérieur, en classe. Ces moments de détente servent à aider les élèves les plus vulnérables. « On trouve ça sain que des écoles et des commissions scolaires aient décidé de tenir compte de leur propre réalité et de ne pas suivre à la lettre les nouvelles règles du ministre », dit Mme Scalabrini.

4 commentaires
  • Gilbert Turp - Abonné 13 juin 2019 08 h 18

    À quoi sert la commission scolaire ?

    À enlever du temps de récré à nos enfants ?
    Mais à quoi pensent-ils ?

    Y a-t-il un seul parent qui pense que 20 minutes de récré c'est trop ? Pour ma part, 20 minutes, c'est le minimum.
    Les commissaires ont-ils déjà supervisé la séance d'habits de neige des élèves avant de sortir jouer dehors ?

    Les enfants passent vraiment en dernier ! On en est là. Choquant.

  • Gilles Bonin - Inscrit 13 juin 2019 11 h 14

    Attitude négative.

    Les enfants ont besoin de bouger. Nos bons petits enseignants ont-ils peur de se les geler dans la cour de récréation?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 juin 2019 16 h 48

      C'est l'application qui peut poser problèmes, dans certaines écoles.

  • Yves Corbeil - Inscrit 13 juin 2019 17 h 01

    Gouvernement élu, Premier Ministre

    Non mais ils se prennent pour qui ces gens là. Le syndic leur donnent droit de grève au renouvellement de contrat mais pas de défier le gouvernement sur des règles qui le regarde lui en premier lieu au travers le ministère de l'éducation. Misère de misère, si c'était moi, ils passeraient un méchant 20 minutes.