Le ministre Roberge propose une cohabitation entre écoles francophones et anglophones

Des parents anglophones sont découragés par la perte annoncée de trois écoles dépeuplées que le gouvernement veut transférer à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île, qui a besoin de 150 locaux supplémentaires pour la rentrée de l’automne prochain.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Des parents anglophones sont découragés par la perte annoncée de trois écoles dépeuplées que le gouvernement veut transférer à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île, qui a besoin de 150 locaux supplémentaires pour la rentrée de l’automne prochain.

Malgré les risques pour la francisation des jeunes immigrants, le ministre Jean-François Roberge ouvre la porte à une cohabitation temporaire entre élèves anglophones et élèves francophones pour venir à bout du grave manque de locaux dans les écoles de l’est de Montréal.

La Commission scolaire English Montreal devra assurément céder des écoles à la commission scolaire francophone, dont les écoles débordent, a martelé mardi le ministre de l’Éducation. En attendant une entente en bonne et due forme à cet effet, il estime que la cohabitation d’élèves des deux groupes linguistiques dans des écoles anglaises à moitié vides peut permettre une sortie de crise en vue de la prochaine rentrée scolaire.

« Ce ne sont pas des conditions idéales si on veut faire de la francisation de nouveaux arrivants, quand on est dans une école anglophone. Ce n’est pas l’idéal, mais à court terme, ça peut aider la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île à passer à travers la crise », a affirmé le ministre Roberge, en marge des travaux de l’Assemblée nationale.

« C’est une solution à court terme et il faut qu’il y ait suffisamment de classes. S’il y a seulement quelques classes dans une école, ce n’est pas jouable. Imaginez une école primaire qui doit s’organiser avec seulement quelques classes. Il faut avoir un service de garde distinct, une bibliothèque distincte. C’est compliqué. J’aimerais ça, qu’il y ait quelques ententes de cohabitation, mais il faut que ce soit raisonnable. Et au bout du compte, c’est certain qu’il y aura des transferts d’école », a-t-il précisé.

Le ministre donne encore une dizaine de jours aux deux commissions scolaires pour s’entendre. Après cette date ultime, le Conseil des ministres ordonnera par décret le transfert de trois écoles anglophones dépeuplées à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI), a affirmé le ministre Roberge.

« Très mauvaise idée »

Pour la CSPI, la cohabitation est une « très mauvaise idée ». « Je ne pense pas que la communauté anglophone réalise qu’on devrait prendre la moitié des écoles qu’on nous propose ! C’est envahissant, une cohabitation. On aurait besoin de la moitié du service de garde, de la moitié du bureau de la direction, de la moitié de tout ! Ce n’est vraiment pas une bonne idée. Et ça serait seulement temporaire, il faudrait tout recommencer quelques mois plus tard », dit Miville Boudreault, président de la CSPI.

« On comprend que le transfert d’écoles est une mesure très forte qui bouscule les gens, mais c’est notre dernière solution. On n’a plus d’espace. On ne peut plus agrandir nos écoles. La qualité du service éducatif se détériore dans certains secteurs. Nos élèves et notre personnel se trouvent dans des conditions inacceptables. On ne peut plus fonctionner comme ça », ajoute-t-il.

À Saint-Léonard, les quatre écoles primaires et les deux écoles secondaires de langue anglaise ont de l’espace libre. L’école secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry, elle, déborde déjà, avec 2400 élèves. La CSPI prévoit que le nombre d’élèves bondira à 2700 à la rentrée scolaire.

Les anglophones choqués

De son côté, la Commission scolaire English Montreal tient à garder ses écoles. « Après avoir consulté notre communauté, on a proposé de bonne foi la cohabitation », dit Angela Mancini, présidente de la commission scolaire anglophone.

La tension entre le ministre de l’Éducation et la Commission scolaire English Montreal a monté d’un cran mardi. M. Roberge a annoncé au micro de Paul Arcand, au 98,5 FM, en matinée, qu’il forcera la commission scolaire anglophone à céder trois écoles à sa voisine francophone. Le ministre avait donné jusqu’au 10 juin à English Montreal pour céder trois écoles dépeuplées à la CSPI, qui a besoin de 150 classes supplémentaires dès la rentrée d’août prochain, dans deux mois et demi.

Les représentants de la communauté anglophone acceptent mal la façon dont le ministre a annoncé cette nouvelle — dans une émission de radio au petit matin, sans même avoir communiqué avec la commission scolaire de langue anglaise.