Quand les écoles et les garderies ne se disputent pas les enfants

Les garderies vont transmettre à la commission scolaire les rapports d’évaluation de tous les enfants de 4 ans qui étaient sous leur responsabilité.
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse Les garderies vont transmettre à la commission scolaire les rapports d’évaluation de tous les enfants de 4 ans qui étaient sous leur responsabilité.

Un petit miracle est en train de se produire à Jonquière, au Saguenay : les garderies et la commission scolaire locale ont mis de côté leur vieille rivalité pour travailler ensemble. Les tout-petits de 4 ans et de 5 ans s’en portent mieux. Et tout le monde est content.

Cette collaboration inédite entre des services de garde, des maternelles et d’autres groupes qui travaillent auprès des tout-petits a permis de dresser un portrait du développement de presque tous les enfants de 4 ans et de 5 ans du territoire de la commission scolaire.

En connaissant exactement le stade d’éveil de chacun des bambins, les services de garde et les maternelles peuvent agir tôt et offrir des services adaptés à chaque enfant. Les parents, les groupes communautaires et les services sociaux ont aussi reçu le rapport d’évaluation de chaque enfant.

« Il faut travailler ensemble. On travaille avec la même clientèle, on n’a pas à se chicaner ! On passe à travers la vague des maternelles 4 ans sans aucun problème », dit Isabelle Côté, responsable de ce projet à la commission scolaire de la Jonquière.

Cette conseillère pédagogique est décrite par ses collègues comme une véritable locomotive. On a pu prendre la mesure de son dynamisme cette semaine. Sept minutes après avoir reçu un courriel du Devoir, elle a répondu qu’elle pouvait nous parler immédiatement : elle prenait une pause dans l’ultramarathon de 300 kilomètres qui fait le tour du lac Saint-Jean.

Les enfants qui savent lire en troisième année du primaire ont 90% de chances d’obtenir leur diplôme d’études secondaires dans les temps

Isabelle Côté a décidé d’unir tous les intervenants de la région qui gravitent autour des petits de 4 et 5 ans. Elle a réussi malgré la bataille que l’on connaît entre les tenants des maternelles 4 ans et ceux des centres de la petite enfance (CPE).

Ainsi, toutes les éducatrices d’enfants de 4 ans en garderie et toutes les enseignantes de maternelle ont suivi la même formation pour évaluer les enfants. Elles ont ensuite pu soumettre les tout-petits à un test appelé Évaluation de la petite enfance (ÉPE), mis au point par le professeur J. Douglas Willms, professeur à l’Université du Nouveau-Brunswick et titulaire d’une chaire de recherche du Canada, en littératie et développement humain. Ce programme est commercialisé par The Learning Bar, une firme de Fredericton, au Nouveau-Brunswick.

Cette évaluation mesure la connaissance des chiffres et des lettres (numératie et littératie) ; les aptitudes à communiquer ; le développement physique (motricité fine et globale) ; la conscience de soi et de son environnement ; et le fonctionnement social.

Comme tous les enfants de 4 et 5 ans, peu importe où ils se trouvent (en maternelle, en CPE, en garderie privée, en service de garde en milieu familial ou même à la maison), ont été évalués avec le même outil, il dresse un portrait fidèle de cette cohorte, explique Isabelle Côté.

L’importance d’agir tôt

Cette initiative vise à faciliter la transition entre le préscolaire et le primaire. Les garderies vont transmettre à la commission scolaire les rapports d’évaluation de tous les enfants de 4 ans qui étaient sous leur responsabilité. « Les éducatrices et les enseignantes vont se rencontrer pour partager les données. C’est important pour nous d’avoir un portrait clair du développement des enfants de 4 ans qui arrivent à l’école. On dit toujours qu’il est primordial d’agir tôt. Ces données vont nous permettre d’agir dès que l’enfant arrive à l’école », dit Isabelle Côté.

« À 4 et 5 ans, les enfants se développent extrêmement rapidement. C’est important de savoir très tôt sur quels aspects du développement intervenir : les enfants qui savent lire en troisième année du primaire ont 90 % de chances d’obtenir leur diplôme d’études secondaires dans les temps », précise Louis Dugal, gestionnaire chez The Learning Bar et lui-même originaire du Saguenay.

Les données préliminaires sont encourageantes, selon lui : elles indiquent que le nombre d’enfants qui entreront l’an prochain en première année avec une vulnérabilité en lecture est susceptible de diminuer de 25 % par rapport à cette année.

Les CPE mis à contribution

La participation à ce programme — et le travail d’équipe avec la commission scolaire — motive les éducatrices en garderie. Le débat entre les maternelles 4 ans et les services de garde a miné le moral de certaines éducatrices, qui se sont senties dévalorisées par le gouvernement Legault.

« Les éducatrices ont aimé qu’on fasse appel à leur expertise. C’est un programme très pertinent. On a une très bonne collaboration avec la commission scolaire », dit Johanne Beaulieu, conseillère pédagogique au CPE Gari-Gatou de Jonquière.

Cette collaboration entre tous les milieux qui travaillent auprès des tout-petits est facilitée à Jonquière, une communauté où les gens se connaissent et sont habitués de travailler ensemble, souligne Louis Dugal. À en juger par les débats acrimonieux entre partisans des maternelles 4 ans et ceux des CPE, d’autres régions réussissent moins bien à parler d’une seule voix à propos des services aux tout-petits.

3 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 7 juin 2019 02 h 27

    Ah! bon

    ça existe la complémentarité?

  • Guy Boucher - Abonné 7 juin 2019 08 h 50

    Proactif est le mot ...

    Bravo à tous ces gens pour aller de l'avant sans attendre ( parfois très longtemps ) les solutions proposées par le ministère de l'éducation...

  • Gilbert Talbot - Abonné 7 juin 2019 11 h 44

    Bravo Jonquière !

    Jonquière c'est le fief de Sylvain Gaudreault et de Dany Turcotte, deux vedettes locales bien engagés dans "la petite séduction" et la population leur rend bien. Jonquière est aussi un lieu d'avant-garde où les premières garderies furent fondées dans les années 70. Le cégep de Jonquière donne une excellente formation en services de garde et en éducation spécialisée. Je connais le coin, j'y ai vécu et enseigné pendant trente-cinq ans. Jonquière c'est une ville ouvrière qui vit autour des alumineries de Rio Tinto et des papeteries de Résolu. C'est un lieu de créativité et de solidarité où les premières coopératives ont poussé. Lucien Bouchard y fut député une couple d'années, mais contesté un jour par Michel Chartrand. Ça ne me surprend pas du tout que ce soit dans cette ville que naisse et croisse la coopération entre CPE et maternelle, ça fait partie de leur formation et de leur culture.