Des consultations à distance pour les élèves en région

Les élèves en région auront bientôt accès à des services par vidéoconférence.
Photo: Frederick Florin Agence France-Presse Les élèves en région auront bientôt accès à des services par vidéoconférence.

Pour contrer la pénurie de professionnels dans les écoles, le ministère de l’Éducation compte implanter des consultations par vidéoconférence dans trois régions dites « éloignées ». Des orthophonistes, psychoéducateurs et autres professionnels pourront offrir des services à des élèves ou à des enseignants sans se rendre dans les écoles.

Selon ce que Le Devoir a appris, les moyens technologiques prendront une place « prépondérante » dans le déploiement prochain de « cliniques mobiles » dans trois régions — dans l’ouest, le nord et l’est du Québec.

« En effet, du soutien ou de l’évaluation pourra se faire en présence ou par le biais de la technologie afin de favoriser l’accès au plus grand nombre de personnes et ainsi limiter les dépenses reliées aux déplacements sur de grands territoires. Les cliniques mobiles devraient contribuer à réduire les enjeux relatifs à la rareté des ressources professionnelles à laquelle les écoles situées en région éloignée sont confrontées », indique le cabinet du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES), Jean-François Roberge.

Le ministre a annoncé mardi un investissement de 3 millions de dollars pour implanter ces équipes mobiles dès la rentrée scolaire de l’automne prochain. Ces cliniques seront composées notamment d’orthophonistes, d’ergothérapeutes, d’orthopédagogues et de psychoéducateurs.

« L’utilisation des moyens technologiques sera prépondérante dans le déploiement de ce nouveau projet », précise le cabinet du ministre Roberge.

Des projets-pilotes d’utilisation des technologies en éducation existent depuis des années, mais c’est la première fois que le MEES mise formellement sur le numérique pour offrir des services professionnels dans les écoles, confirment plusieurs sources.

Inquiétude syndicale

La Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ) s’inquiète de la place « prépondérante » faite au numérique dans le déploiement des cliniques mobiles. « Nous sommes en faveur de l’utilisation du numérique en éducation, mais pas au détriment des besoins des élèves et du facteur humain », a réagi Johanne Pomerleau, présidente sortante du syndicat.

« L’utilisation des moyens technologiques par des professionnelles et professionnels de l’éducation peut être utile dans certains cas. C’est un outil parmi tant d’autres et non une finalité. Le choix du moyen pour une intervention donnée appartient au personnel professionnel et il doit garder cette prérogative. »

Le syndicat estime que les professionnels ne doivent pas être obligés de faire de l’observation en classe, des rencontres d’évaluation, du suivi individualisé ou des rencontres avec les parents par vidéoconférence, surtout s’ils jugent que le recours à la technologie pourrait nuire à un élève déjà fragilisé.

« Lorsque le numérique occulte le rapport humain nécessaire à une intervention, il ne devrait pas être utilisé », dit Johanne Pomerleau.

Les yeux dans les yeux

L’École en réseau, qui travaille à implanter une culture numérique en éducation, mène un projet de consultations à distance de professionnels dans cinq commissions scolaires. Quelque 50 membres de 10 professions prennent part au projet.

« Ça se passe très bien. On ne promeut pas toutes les interventions à distance. Il faut parfois qu’il y ait des yeux dans les yeux. Les rencontres humaines sont importantes », illustre Solange Racine, directrice de l’École en réseau.

« Les consultations sur des plateformes numériques permettent de gagner du temps de déplacement. Dans les petites écoles de régions éloignées qui ont peu de personnel, on peut multiplier les services en évitant de faire deux heures de transport », ajoute-t-elle.