Les enfants de 4 ans sont-ils trop petits pour les bus jaunes?

Avec des petits de 4 ans dans les autobus actuels, le chauffeur doit aussi jouer un rôle d’accompagnateur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Avec des petits de 4 ans dans les autobus actuels, le chauffeur doit aussi jouer un rôle d’accompagnateur.

Marches trop hautes, bancs non sécuritaires, besoins d’accompagnement… Les enfants de quatre ans sont trop jeunes pour voyager dans les autobus scolaires sous leur forme actuelle, selon la Fédération des transporteurs par autobus (FTPA).

« Cette jeune clientèle a de la difficulté à monter ou à descendre des autobus scolaires, à se diriger vers une place assise ou encore à mémoriser les consignes de sécurité », fait valoir la Fédération dans un mémoire présenté mercredi à la commission parlementaire sur le projet de loi 5.

 

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Il arrive souvent que les petits glissent en dessous d’un banc, signale l’organisme. « Au niveau du tonus, ils ont un peu de difficulté à rester sur la banquette », a dit le président de la Fédération, Luc Lafrance. « Ça peut être inquiétant. Comme parent, si j’avais encore des enfants de cet âge-là, ça m’inquiéterait. »

Les conducteurs de bus ont déjà pu tester la formule puisqu’environ 4360 petits fréquentant la maternelle 4 ans sont déjà transportés par autobus scolaire matin et soir à l’heure actuelle. Ils réclament qu’on offre un service distinct sur mesure pour les petits dans de plus petits véhicules.

Comme parent, si j’avais encore des enfants de cet âge-là, ça m’inquiéterait

Avec des petits de quatre ans dans les autobus actuels, le chauffeur doit aussi jouer un rôle d’accompagnateur, note la FTPA. Or, ce n’est pas idéal puisque les chauffeurs doivent normalement éviter de quitter leur poste de conduite pour des raisons de sécurité.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a pour sa part souligné que les parents avaient « le choix » d’utiliser le service de transport scolaire et qu’ils pouvaient aussi aller reconduire leurs enfants eux-mêmes.

Maternelles ou CPE ?

Après trois jours de commission parlementaire, le gouvernement peine toujours à établir clairement qu’il sera plus utile d’investir massivement dans les maternelles 4 ans que dans les CPE.

« À l’heure actuelle, il n’existe pas d’évidence que les maternelles 4 ans ont la capacité de préparer les enfants de milieux défavorisés à la réussite scolaire aussi bien que les services de garde de bonne qualité », a affirmé la chercheuse Sylvana Côté, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, dans un mémoire cosigné par les chercheurs Christa Japel et Richard E. Tremblay.

Mme Côté était formelle : « La qualité est plus élevée » dans les CPE selon les quatre études réalisées depuis 2003. Elle ajoute que les enfants y passent plus de temps (en heures par jour et en mois par année) et que le mélange d’enfants défavorisés et non défavorisés y est « bénéfique ». À l’inverse, dit-elle, il y a peu de données disponibles sur les maternelles 4 ans au Québec.

Face à ses résultats, le ministre a réitéré qu’il ne souhaitait pas opposer maternelles 4 ans et CPE. Et de rappeler que son gouvernement compte d’ailleurs ajouter 10 000 places dans le réseau des centres de la petite enfance (la liste d’attente s’élève à près de 40 000 noms).

Or l’opposition réclame la preuve que les 2 milliards de dollars de fonds publics prévus pour offrir les maternelles 4 ans à tous seraient mieux investis ainsi qu’en vidant complètement la liste d’attente des CPE. Questionnée à cet égard, la chercheuse Sylvana Côté a d’ailleurs répondu sans hésitation que c’était « clair ».

Recourir au privé au besoin

Juste avant, la commission avait reçu le Dr Egide Royer chercheur réputé de l’Université Laval, qui plaide pour le recours aux maternelles 4 ans depuis des années.

Invoquant l’urgence, il a souligné que le nombre d’élèves aux besoins particuliers avait doublé entre 2001 et 2016 au Québec. Pourquoi privilégier la maternelle 4 ans plutôt que les CPE pour les aider ? Parce que l’accès aux services est plus facile à même l’école qu’en passant par le réseau de la santé, a-t-il fait valoir.

Et lorsque le service n’est pas non plus disponible à l’école ? Les commissions scolaires devraient quand même le garantir en recourant au privé à l’externe, a-t-il dit.

Pour justifier le recours aux maternelles 4 ans, il avance également que la vulnérabilité des enfants s’est beaucoup accrue en dépit de la présence des CPE au Québec ces dernières années.

Une affirmation qui a fait bondir la députée solidaire Christine Labrie. « Votre postulat de base est assez fragile », a-t-elle dit, en soulignant que d’autres facteurs pouvaient expliquer cette détérioration, dont les « mesures d’austérité » et la réforme Barrette.

D’autres intervenants, comme l’Ordre des psychologues, ont préféré ne pas se prêter au jeu des comparaisons. L’Ordre a ainsi affirmé que les maternelles 4 ans pourraient répondre aux besoins des enfants… tout comme les services de garde. Par ailleurs, la réussite du projet des maternelles 4 ans pour tous nécessitera des « conditions gagnantes », a fait valoir l’organisme.

5 commentaires
  • Colette Lavergne - Abonnée 29 mai 2019 23 h 20

    Trop petits

    Il est évident que les enfants de 4 ans sont trop petits pour voyager dans les gros autobus scolaires de même que pour fréquenter la grande école. Moi, si j'étais du Ministre, je ne me poserait pas de question; puisque le local des 4 ans existe déjà dans les CPE, j'utiliserais ce local pour en faire une maternelle 4 ans avec un enseignant et un spécialiste qui s'occuperait non seulement des problèmes de développement et d'apprentissage des enfants de 4 ans mais de tous les enfants du CPE. S'il veut faire un dépistage précoce, et bien il ne pourrait pas faire mieux. Et la sécurité des enfants serait assurée car ce sont les parents qui vont reconduire leurs enfants. Le CPE est adapté pour les jeunes enfants et le passage d'un niveau à un autre se fait de façon graduelle et sans traumatisme. Et si le Ministre manque de CPE, et bien qu'il en construise... C'est ce que la population réclame depuis des années.

    • Gilles Roy - Abonné 30 mai 2019 08 h 05

      La population réclame en effet le maximum de services pour le minimum de coûts. Sauf que caracoler sur ce cheval là mène à débarque, souvent... Perso, je préfère poser la question suivante : êtes-vous si certains que cela que le CPE ou encore que les maternelles 4 ans font tellement mieux que les familles? C'est que ça serait absurde d'investir des tonnes de fric pour s'apercevoir ensuite de l'absence de résultats durables et conséquents auprès des enfants lorsque sortis de leur environnement de services (à 9 ans, genre). Quelqu'un a des données sûres à cet effet (ne me parler pas de l'EQDEM ou encore de l'ELDEQ, je parle d'enquêtes sérieuses ici)?

    • Hélène Paulette - Abonnée 30 mai 2019 11 h 07

      Monsieur Roy, l'idée des maternelles 4 ans vient justement du fait que certains enfants, provenant de milieux défavorisés ne pouvant se payer le CPE, arrivent à la maternelle avec des retards importants... La réponse pourrait être beaucoup plus simple en permettant l'accès gratuit aux CPe pour cette clientèle...

    • Gilles Roy - Abonné 30 mai 2019 16 h 07

      @Mme Paulette : Des retards importants du point de vue de ceux qui sont payés pour leur offrir des services, et pas de retard en particulier du point de vue des parents de ces enfants (selon les résultats de l'EQEPE ici). Ma question demeure : sommes nous si sûr que l'intervention professionnelle, il n'y a que cela de vrai, que son «taille d'effet» ne disparait pas avec le temps, qu'elle ne mène pas plutôt à surdiagnostiquer et à précipiter la mise en marge de certaines populations, etc.

  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 30 mai 2019 05 h 36

    Intéressant

    Peut-être est-ce le temps d'adapter la machine à l'humain et au développement durable?