L’art d’étudier

« J’étudie ! Je ne suis que le sujet du verbe étudier. » — Gaston Bachelard
Nous voici au temps des examens — dont c’est la fin ou à peu près pour beaucoup, et le commencement pour les autres.

Je veux en profiter pour avancer une idée toute simple, facile à implanter et qui peut contribuer positivement à la réussite de nos élèves et de nos étudiants. Il s’agit de leur apprendre à étudier.

On ne le fait que trop rarement. Il existe pourtant des stratégies efficaces pour étudier, des stratégies pour certaines solidement validées, et que les enseignants gagneraient aussi à connaître pour y adapter leur enseignement. En voici quelques-unes.

Il va sans dire qu’elles ne valent pas nécessairement pour tous les niveaux d’étude et que leur mise en œuvre demande doigté, sagesse et prise en compte des circonstances.
Bref : c’est aussi un art.

Prendre des notes
Savoir prendre de bonnes notes, surtout aux niveaux plus avancés, est très important et aide grandement à étudier. Mais on n’explique pas souvent comment s’y prendre.

Un système de prise de notes appelé Cornell a été imaginé à l’université du même nom dans les années 1950, par Walter Pauk. Il est désormais utilisé dans plusieurs universités.

Cette page Web, où on verra aussi un document type, vous dira tout ce qu’il faut savoir. Ne reste plus qu’à le faire connaître aux étudiants.

Espacer les séances d’étude
On appelle bachotage ce bourrage de crâne intensif qu’on pratique juste avant l’examen. Cela peut permettre de passer l’épreuve, mais on oubliera sans doute assez vite ce qu’on aura un bref moment retenu. Ce bachotage se fait souvent en lisant le texte à étudier et en surlignant les passages jugés importants, sur lesquels on se promet de revenir.

Ce n’est pas très efficace.

Ce qui l’est, par contre, c’est de multiplier et d’espacer les séances d’étude — ce qu’on appelle la pratique échelonnée ou répartie. L’idée a sa source dans des travaux sur la mémoire menés au XIXe siècle (par H. Ebbinghaus, pour ne rien vous cacher…).

Pour l’étudiant, cela signifie s’astreindre à cette multiplicité de séances. En connaître les grands avantages l’incitera à le faire. Combien de séances ? Espacées comment ?

Cela dépend de la date de l’examen, du contenu à apprendre, de la durée de rétention désirée. Daniel Willingham avance qu’on devrait viser des espacements représentant entre 10 % et 20 % de la durée de rétention désirée. Notez que cela implique pour l’enseignant de multiplier les petits tests…

L’auto-questionnement / les réponses élaborées 
L’idée de base est ici très simple : il s’agit de lire en interrompant périodiquement sa lecture pour se poser à soi-même des questions (Quoi ? Qui ? Pourquoi ? Quand ? etc.) auxquelles on répond de manière élaborée, et idéalement en reliant ce dont on parle à ce qu’on sait déjà.

On peut aussi appliquer cette stratégie en expliquant les étapes par lesquelles on résout un problème de science ou de mathématiques.

Les exercices entrelacés
Pour la prochaine méthode, prenons justement un exemple en mathématiques, là où ce qui suit est particulièrement efficace.

Voici ce qui est usuel : vous apprenez un concept et une stratégie pour répondre à un type de problème ; le manuel ou le cahier d’exercices vous propose ensuite plusieurs problèmes que vous résolvez en appliquant cette stratégie. On parle ici d’apprentissage séquentiel.

Il est pourtant bien plus efficace de mélanger les exercices de manière à ce qu’ils demandent d’utiliser différentes stratégies. C’est tout simple, ça ne coûte rien, et ça peut se faire à la maison, en classe, sur l’ordinateur ou sur papier.

On devine assez vite une des raisons pour lesquelles ça marche : il faut penser à la stratégie qu’on va employer.

Sur une note plus personnelle
J’utilise depuis toujours deux techniques pour apprendre et elles sont possiblement des variations sur l’auto-questionnement.

Je dois la première à une remarque d’un de mes héros, le physicien Richard Feynman, professeur modèle s’il en fut. J’en ai retenu l’idée d’expliquer ce que je veux comprendre à une personne patiente et brillante, mais qui ne le connaît pas, ou si peu.

La deuxième stratégie m’a été suggérée par Aragon. Aux personnes éblouies par l’érudition sur le monde arabo-musulman qu’il déploie dans Le fou d’Elsa, Aragon avait répondu qu’il avait fait ce qu’il fait toujours quand il veut apprendre quelque chose : il avait écrit sur le sujet.

Trucs et astuces de prof (1)
Voici trois trucs (de trois enseignants) pour la gestion des cellulaires.

1. « J’ai une base de charge multiple où les élèves branchent leur cellulaire en début de cours. »

2. « J’ai un petit panier dans lequel ils doivent les déposer. »

3. « Je laisse les élèves l’utiliser pendant l’accueil et les quelques minutes de préparation dont j’ai besoin. Quand je suis prêt, je dis simplement : “ On range les téléphones. ” Et ça se fait à la vitesse de l’éclair, parce qu’ils savent qu’il y aura une autre période de cinq minutes à la fin de la période. »

Vous avez des trucs à partager ? Écrivez-moi : baillargeon.normand@uqam.ca

Une proposition de lecture : Dans la revue Psychological Science in the Public Interest, Dunlosky, John, et al., l’article « Improving Students’ Learning with Effective Learning Techniques : Promising Directions from Cognitive and Educational Psychology ».

C’est bien plus approfondi que ce que, faute de place, j’ai pu dire ici.
6 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 25 mai 2019 08 h 45

    Deux trucs essentels

    Vous écrivez: "Ce qui l’est, par contre, c’est de multiplier et d’espacer les séances d’étude — ce qu’on appelle la pratique échelonnée ou répartie. " Je dis à mes élèves que le mieux serait de faire une courte lecture et un exercice à chaque jour. Pourquoi? Parce que si ce travail n'est pas fait, une espèce de voile d'étrangeté se tisse graduellement entre l'élève et le pauvre type en avant (le prof) qui continue de présenter de la nouvelle matière. Si l'élève ne fait pas constamment un petit effort pour assimiler la matière, même le langage utilisé par le prof lui devient de plus en plus incompréhensible et ses heures de présence en classe cessent d'avoir de la signification.

    Vous écrivez: " J’en ai retenu l’idée d’expliquer ce que je veux comprendre à une personne patiente et brillante, mais qui ne le connaît pas, ou si peu." En classe, dès que je viens d'introduire de la nouvelle matière, je propose à mes élèves un exercice directement relié et je leur demande de travailler en petites équipes. Le but étant, justement, de les faire s'expliquer la matière l'un à l'autre: apprentissage par les pairs. Pour avoir eu à plusieurs reprises à présenter des conférences sur des sujets très techniques, je sais que c'est seulement la première fois où l'on se pratique à "dire" la conférence que l'on se rencontre des "fils qui pendent" dans notre compréhension de la matière.

    En développement pour moi: la méthode de la classe inversée. Demander aux élèves de se préparer à l'avance à la matière qui sera présentée dans une classe. Deux problèmes rencontrés: premièrement, la plupart des élèves se découragent au moment de la première lecture, en solo, de la matière et il faut ABSOLUMENT un rappel "magistral" en classe pour répondre à leurs questons, même celles qu'ils n'ont pas encore pensé à se poser; deuxièmement, si le travail de préparation ne leur donne pas de points, ils se consacreront plutôt aux travaux des autres profs qui, eux, donnent des points. Misère.

  • Gilbert Talbot - Abonné 25 mai 2019 08 h 56

    L'éducation c'est la reconstruction de son expérience (John Dewey)

    Premièrement, je ne crois pas à la vertu des examens pour apprendre quoi que ce soit, car comme vous le dîtes vous-même, ce bachotage ne sert qu'à vous emplir la tête de mots qu'on oubliera tout de suite après. Par contre, tout étudiant se souviendra davantage des travaux qu'il a écrit et des recherches qu'il a fait lui-même. Vous oubliez aussi de mentionner que la première source d'apprentissage de tout être humain c'est sa propre expérience et que l'éducation, comme le dit si bien John Dewey c'est la reconstruction de cet expérience.

  • Gylles Sauriol - Abonné 25 mai 2019 09 h 42

    Le gros bon sens ...quoi !

    Merci de rappeler à notre mémoire ces quelques suggestions qui ne sont en fait que du gros bon sens et qui nous rappellent que les solutions miracles devant mener à la réussite....eh bien ça n’exsite pas. Ceux qui affirment le contraire sont soit ignorants ou malhonnêtes dans leurs propos.
    Le succès et la réussite à l’école comme dans la vie nécessitent avant tout, de l’ effort et de la persévérance......et dans ces conditions la joie et le bonheur que peuvent apporter le succès et la réussite n’ent seront que plus grands

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 25 mai 2019 21 h 22

    « J’étudie ! Je ne suis que le sujet du verbe étudier. » — Gaston Bachelard



    Bien ! Je me rappelle un chargé de cours de l'U de M qui devait enseigner Bachelard, alors qu'il ne l'avait jamais lu (tel qu'il l'avoua candidement à ses étudiants);

    Il faut rajouter que pour ce chargé de cours, Empédocle était une divinité grecque !

    Dans la même veine, la responsable de la rédaction journalistique dans ce programme d'études, après avoir sommairement donné ses directives lors d'une séance, c'est ensuite envolé pour le Cambodge, laissant en plan les étudiants qui rencontraient des difficultés avec leur superviseur…

    Bref! Des exemples édifiants, pour les étudiants!

    • Marie Nobert - Abonnée 26 mai 2019 04 h 12

      Suave! Inutile de «jecter» de l'encre en ce qui me concerne. Pur délice.

      JHS Baril

  • Bernard Gélinas - Abonné 26 mai 2019 23 h 03

    Bernard Gélinas - Abonné

    Apprendre à lire c'est apprendre à comprendre ce qu'on lit. Et comprendre ce qu'on lit c'est constater que l'on a appris quelque chose de nouveau.

    D'où découle l'importance primordiale d'apprendre à aimer la lecture, surtout qu'elle donne accès à toutes les connaissances de l'humanité.

    CQFD.