Les tout-petits évoluent mieux en petits groupes

Deux chercheuses recommandent de favoriser les petits groupes pour la maternelle 4 ans, surtout en milieu défavorisé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Deux chercheuses recommandent de favoriser les petits groupes pour la maternelle 4 ans, surtout en milieu défavorisé.

Ce n’est pas la ruée vers les maternelles 4 ans. Et c’est tant mieux. Le faible nombre d’enfants par groupe en vue de la prochaine année scolaire témoigne peut-être de « l’improvisation » du gouvernement Legault, mais crée tout de même les conditions idéales d’apprentissage pour les tout-petits.

Des chercheuses vont même plus loin : pour des enfants de cet âge-là, il est essentiel de restreindre la taille des classes, surtout en milieu défavorisé.

Des données rendues publiques par Le Devoir au cours des derniers jours ont confirmé l’attrait modéré des maternelles 4 ans. Les inscriptions pour la rentrée de l’automne prochain font état d’une moyenne de 10 enfants par groupe, même si les classes sont conçues pour accueillir 17 tout-petits.

« Les enfants ne sont pas au rendez-vous. Ça confirme l’improvisation du gouvernement », estime Valérie Grenon, présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ), qui a obtenu les données sur les inscriptions en vertu de la loi sur l’accès aux documents publics. Le gouvernement investit des sommes colossales dans les maternelles 4 ans, sans même s’assurer que le programme répond à une demande des parents, fait valoir le syndicat d’éducatrices en garderie.

Les enseignants qui ont l’expérience de la maternelle voient les choses d’une autre façon. « Une moyenne de dix enfants par groupe, c’est une très bonne nouvelle ! », s’exclame Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

« Ça fait des années qu’on demande de baisser les ratios en maternelle. Demandez à n’importe quel parent de tout-petits de 4 ans, ils vous diront qu’un groupe de 17 enfants de cet âge, c’est énorme. C’est impossible que l’enseignant soit capable de donner l’attention à tous les enfants dans un groupe de 17 en milieu défavorisé. »

« Un impact déterminant »

Catherine Haeck, professeure au Département des sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), est du même avis. « La taille des classes a un impact déterminant sur le développement des enfants de maternelle », dit-elle. Les très petites classes — entre 10 et 14 élèves — favorisent encore plus l’apprentissage des enfants d’âge préscolaire —, surtout en milieu défavorisé, fait valoir une étude qu’elle a menée avec sa collègue Marie Connolly.

Les chercheuses sont parvenues à ces conclusions en étudiant le développement cognitif de 58 949 enfants de maternelle en 2012 (soit près de 80 % de tous les élèves de maternelle à temps plein cette année-là). Ces enfants provenaient de 3600 classes réparties dans 1484 écoles québécoises. Les chercheuses ont posé 160 questions aux enseignantes de maternelle sur le développement des élèves. Elles ont croisé ces données avec le nombre d’enfants par classe.

Une modification du nombre d’enfants par groupe a peu d’effets pédagogiques pour les classes de plus de 14 enfants, ont découvert les chercheuses. Par contre, une diminution du nombre d’élèves a un très grand impact dans les petites classes, qui comptent entre 10 et 14 élèves : « Pour les petites classes, l’effet sur le développement cognitif est dix fois plus fort que l’effet moyen, alors que pour les grandes classes l’effet est quasi nul. Nous trouvons également que les élèves provenant de milieux défavorisés bénéficient plus de classes très petites », indique le rapport de recherche, publié par CIRANO (Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations).

Les chercheuses recommandent de diminuer de façon draconienne le nombre d’enfants (de 17 enfants à moins de 14, idéalement 10) dans les classes de maternelle les plus défavorisées. Pour financer cette mesure sans dégarnir les coffres de l’État, elles proposent d’augmenter légèrement la taille des groupes dans la majorité des maternelles (hors des secteurs défavorisés), ce qui ne nuirait aucunement au développement des enfants, selon elles.

On devrait placer les enfants de milieux favorisés en maternelle 4 ans et les enfants défavorisés dans les CPE, à cause de la taille des groupes

Cette réduction ciblée de la taille des classes permettrait aux maternelles d’amenuiser un avantage indéniable des centres de la petite enfance (CPE) : ceux-ci ont des groupes nettement plus petits, avec un maximum de 10 enfants, comparé à 17 enfants par classe en maternelle 4 ans, et 19 enfants en maternelle 5 ans. (Il faut noter que la convention collective nationale des enseignants prévoit une moyenne maximale de 14 enfants par classe de maternelle 4 ans, par commission scolaire.)

« Avec les maternelles 4 ans, on s’apprête à faire l’inverse de ce qui serait bénéfique pour les enfants. On devrait placer les enfants de milieux favorisés en maternelle 4 ans et les enfants défavorisés dans les CPE, à cause de la taille des groupes, dit Catherine Haeck. Il y a cinq ans, j’étais pro-maternelle 4 ans parce qu’il n’y avait pas de pénurie de locaux et d’enseignants. Aujourd’hui, je ne peux pas être pour, parce qu’on n’a pas les ressources pour le faire. »

Autres facteurs de réussite

Malgré l’impact crucial de la taille des groupes, d’autres facteurs influent sur le développement des enfants d’âge préscolaire, explique Mme Haeck : un des facteurs les plus importants est la qualité des enseignants.

Le programme éducatif joue aussi un rôle primordial, souligne Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM. Elle préside un comité d’expertes chargé par le ministère de l’Éducation de revoir le programme de maternelle et d’arrimer les apprentissages entre les élèves de 4 ans et ceux de 5 ans. « Le programme sera conçu en fonction des connaissances scientifiques issues non seulement du Québec, mais de partout dans le monde », explique-t-elle.

Au moins deux autres éléments jouent en faveur de la maternelle, selon Monique Brodeur : en plus de l’enseignante titulaire, chaque classe compte sur la présence d’une éducatrice à mi-temps. Cela permet de consacrer du temps aux élèves qui nécessitent davantage d’attention.

« La présence d’autres intervenantes [psychologues, orthophonistes, ergothérapeutes, etc.] en milieu scolaire favorise aussi la persévérance et la réussite des enfants », note-t-elle.

3 commentaires
  • Gilles Roy - Abonné 14 mai 2019 07 h 56

    Euh, non.

    Je cite : «Les chercheuses sont parvenues à ces conclusions en étudiant le développement cognitif de 58 949 enfants de maternelle en 2012». Euh, non. C'est la perception qu'ont les enseignantes du développement cognitif qui est étudiée, et ce à partir des données de l'EQDEM. C'est un peu comme étudier le développement du boeuf à partir d'un sachet de Bovril. On peut croire aux résultats (elles sont jolies, les formules mathématiques du rapport). Mais on n'y est pas obligé.

  • Gilles Théberge - Abonné 14 mai 2019 08 h 06

    Est-ce que cette étude ve passer à la moulinette du temps... ?.

    Est-ce que monsieur Legault qui est prête à mettre son siège en jeu sur ce sujet, va être informé des conclusions de cette étude ?

    Est-ce qu’il va la lire ? Juqu’au bout ?

    Nou aurons la réponse bientôt !

  • Marc Davignon - Abonné 14 mai 2019 11 h 02

    Cirano!

    Ça fait vraiment scientifique, l'économie.

    En quoi l'économie se fait-elle experte du cognitif? Pas convaincue ! Alors, examinons l'équipe : Groupe de recherche sur le capital humain, ESG UQAM.

    Un groupe de l'école en science de la gestion qui s'attarde à mesurer du capital ... humain.

    Déjà là, ça devrait faire sonner des cloches pas mal fortes.

    Reprenons. Ceux-ci ont faire une recension d'ouvrages divers tels que l'innovante façon des variations exogènes des règles administratives des classes du primaire en Israël. Basé, comme tous le savent, sur les règles du grand Maïmonide (12e siècle!).

    Continuons! La méthodologie est basée sur ... le modèle linéaire simple, estimé par la méthode des moindres carrés ordinaires. Il faut une formule pour évaluer la cognition? Il n'y a rien de moins sur. Surtout avec une équation linéaire!!!!

    Or, la recherche de la corrélation c'est amusant et l'étude le démontre, plus les résultats sont meilleurs, plus le groupe est petit. Mais petit, comment? Ça, l'équation linéaire ne le relève pas, mais ça fait pas mal scientifique, ne trouvez-vous pas? Avec gamma, thêta, epsilon et pi. Il faut bien injecter de la science dans la gestion.

    Arrêtons le massacre ici et constatons que l'économie et la gestion font encore oeuvre de pseudo-science. Ceci devient découragent de vivre dans une telle mentalité.