Le choc budgétaire n’aura pas lieu, dit le ministre de l’Éducation

En entrevue avec «Le Devoir», le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a fait valoir que des investissements importants permettront de maintenir ou d’améliorer les services aux élèves dans toutes les écoles.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne En entrevue avec «Le Devoir», le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a fait valoir que des investissements importants permettront de maintenir ou d’améliorer les services aux élèves dans toutes les écoles.

Aux prises avec l’inquiétude du milieu de l’éducation, le ministre Jean-François Roberge affirme avoir mis en place une série de mesures pour éviter un « choc budgétaire » aux écoles qui perdent des fonds — et de précieux services aux élèves — à cause des nouveaux indices de défavorisation.

En entrevue avec Le Devoir, le ministre de l’Éducation a fait valoir que des investissements importants pour l’embauche de 650 professionnels, une hausse de 10 % du financement aux écoles défavorisées et d’autres mesures administratives permettront de maintenir ou d’améliorer les services aux élèves dans toutes les écoles. Même celles qui changent d’indice de défavorisation.

Les écoles situées dans des quartiers défavorisés ont droit à des budgets supplémentaires pour embaucher des professionnels (orthophonistes, orthopédagogues, etc.) qui aident les enseignants et les élèves. Ceux-ci sont plus susceptibles d’avoir des difficultés d’apprentissage que les élèves de quartiers mieux nantis culturellement ou économiquement.

Le recensement de 2016 a entraîné une modification des indices de défavorisation de plusieurs quartiers en reflétant les changements démographiques survenus depuis les 10 dernières années. Des quartiers montréalais comme Villeray, Rosemont et le Plateau-Mont-Royal, notamment, se sont embourgeoisés avec l’arrivée de familles à revenus élevés, dont les parents ont des diplômes universitaires.

J’ai augmenté l’enveloppe et j’ai envoyé l’argent aux commissions scolaires pour qu’elles le répartissent en fonction des besoins des élèves

Résultat : l’école secondaire Père-Marquette, dans Rosemont, perdrait 413 000 $ en raison des nouveaux indices de défavorisation. L’école primaire Marie-Favery, dans Villeray, aurait 245 000 $ en moins. De son côté, l’école La Petite-Patrie (pavillon Saint-Jean-de-la-Croix) serait privée de 208 000 $.

Ces quartiers ont beau être mieux « favorisés » qu’auparavant, les élèves en difficulté, eux, ne disparaissent pas par magie. Les changements aux indices de défavorisation ont provoqué une véritable « onde de choc » dans certaines écoles, a admis cette semaine en commission parlementaire le député Jean-Bernard Émond, adjoint parlementaire du ministre de l’Éducation.

Aucune coupe

Le ministre Roberge affirme que les écoles concernées par les nouveaux indices de défavorisation n’ont rien à craindre : aucun établissement ne sera laissé pour compte, selon lui.

« La question, ça va être : où est-ce qu’on répartit ces ressources-là, et non pas où est-ce qu’on coupe. On l’a dit, il n’y en a pas, de coupes en éducation », a déclaré Jean-François Roberge au Devoir vendredi.

Le ministre a confirmé qu’il bonifie de 10 % (12 millions de dollars) l’aide aux écoles situées en milieu défavorisé. Les écoles cotées 7, sur une échelle de 1 à 10, sont désormais considérées comme défavorisées (l’aide était réservée aux écoles cotées 8, 9 ou 10).

Québec permettra aussi l’embauche de 650 professionnels dès la prochaine rentrée scolaire, au coût de 47 millions de dollars. Les commissions scolaires pourront déployer ce personnel dans les écoles de leur choix, y compris celles qui perdent des budgets à cause des nouveaux indices de défavorisation, rappelle le ministre.

De plus, il a assoupli les règles budgétaires pour permettre aux commissions scolaires de dépenser à leur guise les fonds destinés aux milieux défavorisés. Les gestionnaires peuvent investir dans les écoles autrefois défavorisées qui auraient perdu au change avec les nouveaux indices de défavorisation. « J’ai augmenté l’enveloppe et j’ai envoyé l’argent aux commissions scolaires pour qu’elles le répartissent en fonction des besoins des élèves », dit-il.

« La marche aurait été très haute pour beaucoup de milieux si on avait gardé les mêmes règles qu’auparavant », a expliqué le ministre Roberge lors de l’étude des crédits budgétaires en éducation, mardi.

La question, ça va être : où est-ce qu’on répartit ces ressources-là, et non pas où est-ce qu’on coupe

 

« Je pense qu’il y a des gens qui ont mal compris les règles budgétaires. Je ne blâme pas les enseignants, les directions d’école ou les partis d’opposition de ne pas comprendre. Les gens ont des craintes légitimes, mais l’information, quand elle va arriver, ça va rassurer tout le monde », a précisé au Devoir le ministre de l’Éducation.

Arbitrage entre écoles

La Commission scolaire de Montréal (CSDM), la plus grande du Québec et la plus touchée par les changements aux indices de défavorisation, est en partie satisfaite par les annonces du ministre Roberge.

« Le ministère nous dit qu’il nous donne plus de sous pour embaucher du personnel, ce qui est bien. J’aurais aimé qu’il y ait aussi une mesure transitoire pour amoindrir le choc créé par les nouveaux indices de défavorisation », dit Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM.

Les commissions scolaires ont le rôle ingrat de faire l’arbitrage entre les besoins des écoles. Pour la prochaine année scolaire, la CSDM a ainsi décidé de diminuer de 50 % les budgets supplémentaires aux écoles nouvellement défavorisées pour compenser les pertes des écoles situées dans des quartiers qui se sont embourgeoisés.

Il reste à voir si les sommes annoncées par Québec pour l’embauche de professionnels compenseront bel et bien les pertes liées aux nouveaux indices de défavorisation, souligne Mme Harel Bourdon.

La députée libérale Marwah Rizqy estime de son côté qu’il faut revoir les critères établissant les indices de défavorisation. Il faut donner moins de poids au niveau de scolarité de la mère, car des enfants peuvent avoir des difficultés à l’école même si leur mère a un diplôme universitaire, rappelle-t-elle.

4 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 4 mai 2019 00 h 59

    Critères établissant les indices de défavorisation

    Le problème avec ces indices n'est pas leurs critères, mais sur qui on les applique.

    En effet, ces indices ne sont pas liés aux familles des enfants qui fréquentent les écoles, mais bien aux caractéristiques moyennes des familles qui habitent dans les mêmes unités de peuplement (secteur qui regroupe un minimum de 325 familles ) que les familles qui fréquentent une école. Si cela change peu de choses dans certaines régions où tous les enfants fréquentent la même école, cela est fondamental dans les régions où une forte partie des enfants fréquentent des écoles privées ou à projets particuliers (comme à Montréal). Par exemple, les enfants des familles plus riches d’un quartier fréquentent-ils vraiment l’école du quartier? Leurs caractéristiques font augmenter la moyenne de celles de leur unité de peuplement, mais pas nécessairement celles des familles qui fréquentent une école.

    En plus, on peut établir un lien statistique entre ces caractéristiques et le comportement d’un jeune, mais pas sur sa réalité. Ce sont en fait des facteurs de risque, pas des déterminants. Plutôt que de regarder la réalité, on a construit des indices qui se basent sur des comportements moyens, alors que les jeunes ne se comportent pas tous et toutes comme la moyenne...

  • Pierre Bernier - Abonné 4 mai 2019 09 h 15

    Un défi ?

    « La question, ça va être : où est-ce qu’on répartit ces ressources-là, et non pas où est-ce qu’on coupe »

    N’est-il pas beaucoup plus difficile de décider où on investit pour l’avenir... qu’il l’était de couper pour équilibrer un budget ?

    Dans un milieu aussi « intellectualisé », les débats vont être laborieux sans le partage d’une vision consensuelle préalable.

    • Pierre Bernier - Abonné 4 mai 2019 09 h 42

      Eh oui.

      La tentation du « saupoudrage » improductif va être forte... là où les idées ne seront pas claires... et le leadership correctement articulé.

  • Patrick Trottier - Abonné 4 mai 2019 10 h 28

    Rien de réglé, hélas!

    Surtout, ce que nous ne devons pas oublier, un élève en difficulté à l'école, peu importe son milieu socio-économique, reste un élève en difficulté qui devrait avoir le droit de recevoir l'aide dont il a besoin. En modifiant l'indice de défavoriation des écoles (un milieu défavorisé qui devient par magie en quelques années un milieu favorisé), deux types d'élèves en difficulté risquent de se former: ceux en très grande difficulté qui recevront de l'aide de l'orthopédagogue car ils sont la priorité et ceux qui ont souvent à peine la note de passage qui ne pourront plus recevoir le petit coup de main nécessaire qui peut faire toute la différence, faute de ressources disponibles. Cette situation est inacceptable!