Des ingénieurs et des architectes recherchés à la CSDM

La CSDM gère chaque année des travaux d’agrandissement ou de rénovation d’école qui totalisent 150 millions de dollars.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir La CSDM gère chaque année des travaux d’agrandissement ou de rénovation d’école qui totalisent 150 millions de dollars.

Au moment où le gouvernement investit des sommes records dans la rénovation et la construction d’écoles, la plus grande commission scolaire du Québec peine à attirer et retenir des architectes et des ingénieurs pour superviser les chantiers.

Selon ce que Le Devoir a appris, à peine 61 % des postes d’ingénieur ou d’architecte (99 postes permanents ou surnuméraires sur 163) sont pourvus à la Commission scolaire de Montréal (CSDM). La majorité (60 %) de ces employés sont en poste depuis deux ans et moins, et le tiers n’y sont que depuis un an et moins, révèle un sondage interne mené par le Syndicat des professionnelles et professionnels du milieu de l’éducation de Montréal ; 75 % des 99 ingénieurs ou architectes ont répondu au sondage en ligne mené à la mi-mars.

Les difficultés à recruter et à retenir les professionnels soulèvent des doutes sur la capacité de la commission scolaire à gérer les coûts et la qualité des travaux, estime Michel Mayrand, président du syndicat affilié à la CSQ.

« La CSDM dit que c’est important d’avoir ses propres professionnels pour gérer ses chantiers, mais les gens ne restent pas. Ils se font un nom et trouvent un emploi ailleurs, dit-il. On a pourtant vu avec la commission Charbonneau ce qui se passe quand une organisation publique perd son expertise : le ministère des Transports est devenu vulnérable à la corruption et aux dépassements de coûts. »

La CSDM gère chaque année des travaux d’agrandissement ou de rénovation d’école qui totalisent 150 millions de dollars. Il faut ajouter à cela des chantiers de construction de plusieurs millions de dollars. Certains de ces projets, comme celui de la construction d’une école sur le terrain des Soeurs grises au centre-ville de Montréal, sont évalués à 50 millions de dollars. C’est toute une responsabilité, gérer un projet de 50 millions.

La pénurie de professionnels est-elle à l’origine des problèmes du chantier de l’école Félix-Leclerc, dans le quartier Côte-des-Neiges ? Les travaux, entrepris il y a cinq ans, sont paralysés en raison d’une dispute judiciaire entre la CSDM et l’entrepreneur SOCAM. Et les coûts estimés d’un autre projet, celui de l’école Irénée-Lussier, dans le quartier Hochelaga, ont bondi de 9,4 millions de dollars en deux ans.

Le syndicat refuse de commenter les difficultés qui plombent ces projets. Rien ne permet de croire que ces problèmes sont causés par la pénurie de personnel, dit Michel Mayrand. Chose certaine, le roulement de personnel fait mal à la CSDM : il mine le moral des troupes, entraîne une surcharge de travail pour ceux qui restent, retarde la bonne marche des chantiers, nuit à la crédibilité de la commission scolaire face aux entrepreneurs et coûte cher en formation, ont indiqué les répondants au sondage syndical.

Efforts de recrutement

La commission scolaire cherche bel et bien à embaucher davantage d’ingénieurs et d’architectes, indique Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM. Elle affirme que 27 postes d’architecte ou d’ingénieur (et non 64, comme l’affirme le syndicat) restent à pourvoir.

« Nous avons beaucoup de nouveaux chargés de projet [ingénieurs et architectes] parce qu’on en embauche plus depuis un an et demi », explique-t-elle.

La commission scolaire a décidé d’embaucher davantage de chargés de projet parce que les investissements en rénovations et agrandissements d’école sont passés de 7 millions à 150 millions par année. La CSDM a embauché 25 chargés de projet dans la dernière année. Mais elle peine à retenir ses employés : selon le syndicat, 21 ingénieurs ont démissionné au cours des cinq dernières années.

Plus payant ailleurs

La commission scolaire et son syndicat s’entendent sur une chose : les salaires sont peu concurrentiels pour attirer et retenir des ingénieurs et des architectes. Seulement 30 % des répondants au sondage syndical estiment avoir un salaire satisfaisant.

Le salaire maximal offert aux ingénieurs par les commissions scolaires était de 77 437 $ en 2017, souligne le syndicat. Ce salaire était 9 % plus bas que dans la fonction publique provinciale, 21 % plus bas que dans la fonction publique fédérale, 29 % plus bas qu’à la Ville de Laval et 32 % plus bas qu’à Hydro-Québec, selon le syndicat.

« Je comprends les revendications de notre syndicat, parce que c’est vrai que les échelles salariales ne sont pas les mêmes [dans les commissions scolaires et ailleurs dans le secteur public et au privé]. Ça a un impact, c’est un enjeu dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre au Québec », dit Catherine Harel Bourdon. La CSDM a commencé à rembourser les cotisations professionnelles (d’environ 1200 $ par année), mais c’est insuffisant pour bien des candidats, qui préfèrent travailler ailleurs.

Mme Harel Bourdon dit souhaiter que le gouvernement augmente les salaires du personnel lors de la prochaine négociation nationale dans le secteur public, l’an prochain. « Les ingénieurs et les architectes ont le choix de travailler dans les transports, en santé, en éducation ou ailleurs, mais on a la plus belle mission : créer les écoles de demain », dit la présidente de la CSDM.

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