Violences sexuelles: l’UQAM adopte une politique progressiste mais édulcorée

Selon une étude parue en 2017, plus du tiers des étudiants disaient avoir vécu une forme de violence sexuelle depuis leur entrée dans une université au Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon une étude parue en 2017, plus du tiers des étudiants disaient avoir vécu une forme de violence sexuelle depuis leur entrée dans une université au Québec.

L’Université du Québec à Montréal (UQAM) vient d’adopter une des politiques les plus progressistes contre les violences sexuelles, qui comporte toutefois des reculs par rapport aux propositions d’un comité chargé de rédiger ce plan attendu depuis des années.

Selon ce que Le Devoir a appris, cette politique vise à combattre non seulement le harcèlement et les agressions sexuelles, mais aussi le « sexisme » et la « culture du viol ». Ces notions ont donné lieu à des débats corsés au sein du conseil d’administration de l’UQAM, qui s’est plié aux arguments d’étudiantes et de professeures préoccupées par l’ampleur des inconduites sexuelles dans les campus québécois.

La nouvelle politique « proscrit » aussi les relations intimes — de nature amoureuse ou sexuelle — entre étudiants et professeurs en relation pédagogique ou d’autorité. Autre victoire du mouvement étudiant, les milieux de stage seront soumis aux règles encadrant les plaintes de nature sexiste ou sexuelle.

Cette nouvelle politique a été adoptée mercredi soir par le conseil d’administration de l’UQAM après plus de quatre années de consultations et de tractations entourant le tabou des agressions sexuelles dans les universités. Plusieurs sources ont confirmé au Devoir les grandes lignes de la politique, qui doit être rendue publique la semaine prochaine, le 19 avril.

Les violences sexuelles sont un véritable fléau dans l’enseignement supérieur : une vaste enquête menée par une équipe de l’UQAM a conclu en 2017 que plus du tiers (36,9 %) des étudiants (en majorité des étudiantes) disent avoir vécu une forme de violence sexuelle depuis leur entrée dans une université au Québec. Les chercheuses, sous la direction de la professeure Manon Bergeron, du Département de sexologie, considèrent comme de la violence des agressions physiques, des tentatives de viol, du harcèlement sexuel (par exemple, répétition de blagues à caractère sexuel) ou encore du chantage en retour de considérations futures liées à l’emploi ou au milieu scolaire.

La loi du silence règne dans les campus. Le tiers des victimes n’ont parlé à personne de ce qui leur est arrivé, et 90 % d’entre elles n’ont pas rapporté l’événement aux instances de leur université.

Pour mettre fin à cette méfiance qui contribue à l’omertà, l’ancienne ministre Hélène David a fait adopter une loi qui oblige les cégeps et les universités à mettre en place une politique visant à combattre les violences sexuelles et à traiter les plaintes de façon sérieuse. L’UQAM est la dernière université à terminer cette tâche qui avait commencé en 2014, bien avant l’obligation légale faite aux universités.

Des reculs

Comme la politique n’a pas encore été rendue publique, les professeurs et étudiants hésitent à commenter le document. Des membres influents de la communauté universitaire de l’UQAM ont confié leur satisfaction — les grandes recommandations de l’équipe de chercheuses dirigée par Manon Bergeron ont trouvé leur place dans la nouvelle politique.

Des voix dissidentes soulignent toutefois que le document soumis au conseil d’administration de l’UQAM, mercredi soir, différait de la proposition faite par le comité chargé de rédiger la nouvelle politique (dont fait partie la professeure Bergeron).

Une grande demande des « survivantes » de violences sexuelles a ainsi été éliminée du document final : celui de divulguer les sanctions dont écopent les personnes fautives. Les services juridiques et le Bureau des relations de travail de l’UQAM ont conclu que les lois protègent la confidentialité de ces données.

Des victimes d’agression ont souvent fait valoir que les sanctions imposées aux auteurs d’inconduite sexuelle font partie du processus de guérison. Ces sanctions sont toutefois gardées secrètes et le resteront, pour éviter de stigmatiser les contrevenants.

Autre enjeu qui fait grincer des dents dans la communauté universitaire : les étudiantes, principales victimes des inconduites sexuelles, ont perdu du poids dans le comité permanent chargé de veiller à la mise en place de la nouvelle politique. Quatre sièges ont été enlevés aux étudiants dans ce comité et confiés à des membres nommés par la direction.

« Étant donné toutes les responsabilités qui sont données à ce comité, on a jugé important qu’il comporte plus de membres de l’administration », explique Louis Baron, vice-recteur au développement humain et organisationnel de l’UQAM.

Il a confirmé les modifications apportées à la politique à la suite de conseils juridiques donnés par les juristes de l’établissement. « C’est une procédure tout à fait normale lorsqu’on adopte une politique. On doit s’assurer que la politique est conforme aux obligations prévues par les lois », dit-il.

2 commentaires
  • Sylvie Doucet - Inscrite 13 avril 2019 04 h 54

    Je vois là, un grand pas en avant.

    Je ne vois aucun pas en arrière.

    Voici l'exemple de ce que j'appel une vrai politique.
    Empreint d'efficacité accessible ici et maintenant.
    Bravo ! vôtre courage porte ma foi au delà de mes espérance.
    Merci à tous mes frère et soeurs qui ont contribué à faire de ce projet un point culminant ds nos vie , pour nôtre avenir et au respect de nôtre libre arbitre.

    Félicitation !!! ce nouveau code de lois et d'éthique est sans faille et sans tache ...
    pour un nouveau départ cette fois ci, ds la vrai direction.

    Merci aux mom de tous et de toutes.
    Soyez fière.

  • Sylvie Doucet - Inscrite 14 avril 2019 15 h 26

    Petite chose à toujours garder en tête

    Noubliez pas que:


    Le milieu universitaire reste le dernier endroit de scolarité................pour éliminer les femmes ou des hommes des postes dominant en société.......

    Donc :
    Avant d'accepter des avances sexuelles posez vous la question.

    Vais-je devoir coucher pour obtenir mon diplôme?

    Sûrement pas!!!!!