Le milieu de l'éducation s'indigne du projet de loi sur la laïcité

La Commission scolaire English-Montréal (CSEM) a annoncé qu’elle laissera ses enseignants porter un signe religieux s’ils le désirent, comme à l’heure actuelle.
Photo: Lise Gagne Getty Images La Commission scolaire English-Montréal (CSEM) a annoncé qu’elle laissera ses enseignants porter un signe religieux s’ils le désirent, comme à l’heure actuelle.

Le projet de loi sur la laïcité de l’État, qui interdit le port de signes religieux par les enseignants et les directions d’école publique primaire et secondaire, a soulevé l’indignation dans le milieu de l’éducation.

Le gouvernement Legault s’attaque à un petit nombre d’enseignants portant des symboles religieux, notamment des femmes portant le voile islamique, le hidjab, ont souligné les syndicats d’enseignants et les commissions scolaires anglophones et francophones.

« J’ai arrêté d’enseigner quelques années lorsque j’ai eu des enfants. Je suis prête à revenir enseigner, mais le gouvernement m’envoie le signal qu’il ne veut pas de moi », raconte Élisabeth, une mère de famille de la Rive-Sud qui s’est convertie à l’islam il y a 14 ans. Elle porte le hidjab. Elle a révélé son identité au Devoir, mais a demandé de garder l’anonymat.

« Je n’ai jamais été victime de rien à cause de mon voile, mais le ton a changé depuis les attentats contre les mosquées de Christchurch [en Nouvelle-Zélande, à la mi-mars]. Je vois des commentaires de plus en plus haineux sur les réseaux sociaux. La société est divisée, et le projet de loi sur la laïcité contribue à la division », dit Élisabeth.

Je suis prête à revenir enseigner, mais le gouvernement m’envoie le signal qu’il ne veut pas de moi

 

L’école primaire de sa fille a un besoin urgent d’enseignants. La directrice lui a demandé d’envoyer sa candidature pour un poste, mais l’interdiction imminente du port de signes religieux vient bousculer ses plans.

Indignée par le projet de loi sur la laïcité, la Commission scolaire English-Montreal (CSEM) a annoncé mercredi soir qu’elle n’appliquera pas la loi et laissera ses enseignants porter un signe religieux s’ils le désirent, comme à l’heure actuelle. La commission scolaire anglophone avait adopté une position similaire contre le projet de charte des valeurs proposé par le gouvernement du Parti québécois en 2014.

Dans sa résolution, la CSEM affirme que le port d’un signe religieux par un enseignant « n’entrave en rien sa capacité à offrir un enseignement de qualité dans un État laïque ». « Ce projet de loi serait contraire aux valeurs que la CSEM enseigne aux enfants, notamment les valeurs en matière de diversité, d’acceptation, de tolérance et de respect des droits individuels et des libertés religieuses », a indiqué le commissaire Julien Feldman.

Les fédérations regroupant les commissions scolaires anglophones et francophones ne recommandent pas à leurs membres de désobéir à l’éventuelle Loi sur la laïcité, même si elles s’opposent fermement à l’interdiction de porter des signes religieux.

« Ça risque d’être extraordinairement complexe à faire respecter. On n’a pas le goût de jouer à la police », a déclaré Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec.

Le projet de loi comporte des incohérences, selon lui : l’interdiction de porter des signes religieux ne vaut que pour certaines catégories de personnel (les services de garde scolaires et les professionnels comme les orthopédagogues, les secrétaires ou les concierges ne seraient pas assujettis à la loi), et le personnel des écoles privées peut continuer de porter des signes religieux.

Des questions

La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) estime de son côté que ce projet de loi est une distraction pour un gouvernement qui a fait de l’éducation sa priorité nationale. « On s’est servi d’un canon pour tuer une mouche », résume Josée Scalabrini, présidente de la FSE.

Pour elle, les règles de droits acquis (pour le personnel déjà en place) ne sont pas claires. Un suppléant qui obtient un poste de titulaire change-t-il de fonction ? Et un enseignant qui devient directeur ? Elle se demande qui sera responsable de faire appliquer la loi : les conseils d’établissement ? Les directions d’école ? Les commissions scolaires ? Et quelles seront les sanctions ?