La survie des Petits Chanteurs du Mont-Royal compromise

Les Petits Chanteurs du Mont-Royal ont fait résonner leurs voix partout à travers le monde.
Photo: Oratoire Saint-Joseph Les Petits Chanteurs du Mont-Royal ont fait résonner leurs voix partout à travers le monde.

Les Petits Chanteurs du Mont-Royal, véritable institution fondée il y a plus d’un demi-siècle, affirment que leur avenir est en péril à cause de tiraillements entre l’école publique et l’école privée. Selon ce que Le Devoir a appris, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) vient de mettre fin à une entente vieille de plusieurs décennies qui permettait aux membres de la célèbre chorale d’étudier au rabais au Collège Notre-Dame, une école privée du quartier Côte-des-Neiges.

La Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal a convoqué les parents de ses quelque 200 élèves à une assemblée d’urgence, mercredi soir, pour faire le point sur son avenir.

« Cette décision annoncée sans préavis ni consultation par la présidente de la CSDM, madame Catherine Harel Bourdon, risque d’avoir des conséquences néfastes pour l’avenir de notre institution, voire même la mettre en péril », indique une lettre des Petits Chanteurs envoyée aux parents.

« Bien que nous ayons été totalement surpris par une telle nouvelle, nous sommes déterminés à poser toutes les actions nécessaires pour assurer la pérennité de la Maîtrise et nous aurons besoin de toute votre collaboration en ce sens », ajoute la lettre, signée par Pierre-Éloi Talbot, président du conseil d’administration, et Johanne Chantal, directrice générale des Petits Chanteurs.

Passe-droit pour le privé

La CSDM a pris cette décision pour mettre fin à une inéquité qui profite indûment à une école privée, explique au Devoir Catherine Harel Bourdon, présidente de la plus grande commission scolaire du Québec.

Les Petits Chanteurs fréquentent l’école primaire Notre-Dame-des-Neiges de la CSDM, située à côté de l’oratoire Saint-Joseph. Une entente historique permet à ces enfants de faire leur secondaire au Collège Notre-Dame, un établissement privé situé juste en face, de l’autre côté du chemin Queen-Mary.

En vertu de cette entente, la scolarisation des Petits Chanteurs est subventionnée presque à 100 % par Québec. En fait, les parents de ces élèves paient 1225 $ par année, tant au primaire qu’au secondaire, pour financer le volet musical : local de musique (loué à l’oratoire), instruments de musique et professeurs de musique.

La commission scolaire est irritée depuis des années par cette entente, qui offre une éducation au privé presque totalement subventionnée par l’État, explique Catherine Harel Bourdon. « On avait essayé de mettre fin à l’entente il y a plusieurs années, mais ça n’avait pas fonctionné. Le comité exécutif de la commission scolaire ne veut plus signer une telle entente, qui envoie nos élèves de sixième année du primaire directement à une école privée », dit-elle.

La CSDM ne remet pas en question la scolarisation des Petits Chanteurs à son école primaire. Elle compte cependant offrir à compter de septembre 2020 un programme particulier en chant choral dans une de ses écoles secondaires, où elle sera heureuse d’accueillir les Petits Chanteurs du Mont-Royal, affirme Mme Harel Bourdon. D’ici là, l’entente permettra aux Petits Chanteurs de fréquenter le Collège Notre-Dame un an de plus, pour l’année scolaire 2019-2020, précise-t-elle.

Levée de boucliers

Selon la présidente de la CSDM, le réseau d’écoles publiques doit s’organiser pour réduire l’attrait du privé : au secondaire, quatre élèves sur dix fréquentent le privé à Montréal et à Québec, ce qui siphonne littéralement les écoles publiques de leurs élèves les plus performants, selon le Conseil supérieur de l’éducation.

« Le Conseil supérieur de l’éducation et le CTREQ [Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec] ont émis des avis récents disant que l’école québécoise doit être plus inclusive. C’est une question d’équité », dit Mme Harel Bourdon.

Cette décision de la CSDM provoque l’inquiétude chez les 200 Petits Chanteurs et leurs parents, qui tiennent au modèle en place depuis des décennies. « C’est un modèle qui a fait ses preuves et qui fonctionne », dit Pierre-Éloi Talbot, président du conseil d’administration de la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal.

Il dit être « choqué » par la façon de faire de la commission scolaire, qui a convoqué la directrice des Petits Chanteurs, Johanne Chantal, pour lui annoncer la nouvelle mercredi dernier. « Ils ont pris cette décision sans nous consulter, sans faire leurs devoirs. La décision n’a pas été prise par un bon processus organisationnel. Ça me fâche », dit-il.

La communauté des Petits Chanteurs est sceptique sur la pertinence d’envoyer les élèves à une école secondaire de la CSDM. La commission scolaire ne peut dire quelle école offrira le programme de chant choral. Les écoles secondaires du quartier, en tout cas, sont toutes surpeuplées. Le Collège Notre-Dame, lui, est situé juste en face de l’oratoire Saint-Joseph, où les Petits Chanteurs pratiquent leur art et chantent durant la messe.

Institution culturelle

Les Petits Chanteurs du Mont-Royal sont une véritable institution montréalaise. Depuis leur fondation, en 1956, par le père Léandre Brault, ils ont fait résonner leurs voix partout dans le monde.

La chorale a côtoyé Luciano Pavarotti pour une émission de Noël enregistrée en 1978 à l’église Notre-Dame. Au matin du 11 septembre 1984, les Petits Chanteurs ont accueilli le pape Jean-Paul II à l’oratoire Saint-Joseph, où étaient rassemblés 4000 prêtres. Ils ont chanté à Saint-Pierre de Rome lors des célébrations religieuses de l’an 2000. Ils ont été à l’honneur à l’Exposition universelle de Montréal en 1967, à celle de Vancouver en 1986, et à celle de Daejeon, en Corée du Sud, en 1993.

Ils ont chanté à la cérémonie d’illumination du sapin géant au pied du Rockefeller Center, à New York, en 1966. Et le célèbre choeur de garçons a participé à l’enregistrement du disque Jaune de Jean-Pierre Ferland, en 1970.

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