Moins de classes prévues pour les maternelles 4 ans

«Ça m’étonnerait qu’on ait 5000 classes [de maternelle 4 ans au terme du mandat]», a reconnu le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.
Photo: Jonas Unruh / Getty Images «Ça m’étonnerait qu’on ait 5000 classes [de maternelle 4 ans au terme du mandat]», a reconnu le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Au-delà des annonces en apparence généreuses pour le secteur de l’éducation — dont une augmentation de 5,1 % du budget cette année —, le gouvernement Legault prévoit de créer moins de la moitié des classes de maternelle 4 ans qu’il avait promises en campagne électorale.

« Ça m’étonnerait qu’on ait 5000 classes [au terme du mandat], a reconnu le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Ça voudrait dire que 100 % des petits de 4 ans vont en maternelle 4 ans. Ce serait quand même surprenant, parce que ce n’est pas comme s’il n’y avait rien d’autre. »

Les parents qui voudront utiliser les services de garde pourront le faire au lieu d’envoyer leur enfant à la prématernelle non obligatoire. « Notre engagement, c’est que dans cinq ans il y ait une universalité d’accès », a-t-il précisé.

En éducation, la création des maternelles 4 ans est la mesure la plus coûteuse du premier budget Girard. Le ministre des Finances y alloue une dépense annuelle de 318 millions à terme. Il prévoit 36 millions pour la création de 250 classes dès septembre 2019, et le même nombre l’an prochain. Ce n’est donc que dans les dernières années du mandat caquiste que le programme prendra son véritable envol, avec un peu plus de 2000 classes en 2022-2023.

« Au rythme indiqué dans le budget, ça va prendre deux mandats et même plus pour arriver à ce que M. Legault voulait faire », a ironisé le porte-parole libéral en matière de finances, Carlos Leitão.
 

 

Priorité à l’éducation

L’éducation est tout de même la grande priorité du gouvernement Legault. Il donne un nouvel élan à ce secteur grâce à une augmentation des dépenses de 5,1 % pour l’année financière 2019-2020.

Il s’agit d’une hausse comparable à celle qui avait été octroyée dans le budget préélectoral du gouvernement libéral en 2018, après des années de vaches maigres.

« Nous poursuivons l’accélération des investissements parce qu’il y avait un rattrapage à faire », a affirmé M. Girard en conférence de presse.

 
5,1 %
C'est le taux d’augmentation du budget en éducation pour l’année 2019-2020.

Cette accélération des dépenses ralentira à 3,8 % en moyenne pour les deux années suivantes.

L’augmentation consentie jeudi par les caquistes représente 230 millions de plus cette année pour concrétiser leurs engagements électoraux. À 20,8 milliards, l’éducation est le deuxième poste budgétaire en importance du gouvernement.

Une heure de plus

L’ajout d’une heure par jour pour les activités parascolaires des élèves du secondaire sera d’abord offert dans 140 écoles cette année au coût de 21 millions. Cette mesure sera graduellement appliquée aux quelque 425 établissements publics du Québec d’ici deux ans.

Les caquistes respectent également leur promesse de dépister les troubles d’apprentissage en bas âge en y accordant 48 millions pour l’année en cours (total de 252 millions à la fin du mandat).

Il consacrera 20 millions en 2019-2020 pour ajouter 150 classes spécialisées dans les écoles, un montant qui sera récurrent jusqu’en 2022-2023. Davantage de services de soutien professionnel pour les élèves sont prévus avec une injection de 47 millions annuellement. Un montant insuffisant selon le Parti québécois, qui accuse le gouvernement d’avoir presque tout mis dans les maternelles 4 ans.

D’autres mesures pour valoriser la profession d’enseignant sont inscrites au budget, dont 16 millions dès 2019 en bourses d’études pour attirer les meilleurs étudiants et 5 millions pour mettre sur pied un programme de mentorat. La Commission scolaire de Montréal a salué ce qu’on qualifie de pas dans la bonne direction pour venir à bout de la pénurie de personnel qui frappe les écoles.

Une mesure plus ciblée : les lunettes ou les lentilles cornéennes seront couvertes par l’État pour les 17 ans et moins à raison de 250 $ par enfant tous les deux ans, ce qui devrait coûter en tout 36 millions par année.

Au total, quelque 269 millions seront investis en cinq ans en soutien pour l’enseignement supérieur : ce sont les cégeps qui obtiennent la plus grande partie de ces fonds (144 millions).

Accueil mitigé

La Centrale des syndicats du Québec s’est dite déçue du budget. « La CAQ égraine la réalisation de ses promesses pour mieux les annoncer de nouveau à l’occasion des prochains budgets », a commenté sa présidente, Sonia Éthier.

Le système d’éducation n’arrivera pas encore à « sortir la tête de l’eau », malgré la hausse des dépenses, selon la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

« Il y a des mesures qui annoncent un redoux, cependant le printemps va être tardif pour le réseau des écoles publiques parce que les sommes qui sont consenties dans le budget de l’éducation pour le réseau des commissions scolaires sont inférieures aux besoins qui sont identifiés », a réagi son président, Sylvain Mallette.

La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et l’Union étudiante du Québec (UEQ) notent que le budget ne contient rien pour la rémunération des stages qui avait été réclamée. Le ministre de l’Éducation a affirmé que son gouvernement était en train d’évaluer lesquels pourraient en bénéficier.