Quartiers moins pauvres, repas plus chers pour les élèves

Les élèves de quatorze écoles primaires n’auront plus droit à des repas à petit prix réservés aux enfants de milieux démunis.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les élèves de quatorze écoles primaires n’auront plus droit à des repas à petit prix réservés aux enfants de milieux démunis.

L’embourgeoisement de quartiers populaires comme Hochelaga, Saint-Henri et Pointe-Saint-Charles privera des centaines d’élèves du primaire de dîners à 1 $ offerts aux enfants des secteurs défavorisés.

La nouvelle carte de la défavorisation dans l’île de Montréal, établie d’après le recensement de 2016, confirme que certains quartiers se sont enrichis avec l’arrivée de familles mieux nanties. Résultat : les élèves de quatorze écoles primaires n’auront plus droit à des repas à petit prix réservés aux enfants de milieux démunis.

Trois de ces écoles sont situées dans le Sud-Ouest (Pointe-Saint-Charles et Saint-Henri), quatre dans Hochelaga-Maisonneuve, et deux dans Saint-Michel. Les autres se trouvent dans Ahuntsic, Villeray, Rosemont, Verdun et LaSalle.

Ces dîners à 1 $ sont financés par le Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal, établi par les cinq commissions scolaires de l’agglomération (trois francophones et deux anglophones). Les élèves de quartiers défavorisés paient 1 $ pour ces repas (grâce à la subvention du Comité), mais ceux de quartiers mieux nantis y ont quand même accès pour moins de 5 $ par jour.

300
Nombre d’élèves de deux écoles primaires, Ludger-Duvernay dans Saint-Henri et Charles-Lemoyne dans Pointe-Saint-Charles, qui perdront les repas à 1$.

Seules les écoles faisant partie des secteurs parmi les 20 % les plus défavorisés de l’île de Montréal ont droit à cette « mesure alimentaire ». Les quatorze écoles qui perdent cette subvention sont situées dans des secteurs où sévit l’embourgeoisement : les prix des logements et des maisons explosent avec l’arrivée de familles nanties, mais des familles pauvres continuent d’habiter ces quartiers.

« Des centaines d’enfants démunis ont des besoins réels, mais n’ont aucun soutien parce qu’ils habitent dans un quartier qui devient moins défavorisé. Ça n’a aucun sens », dit Violaine Cousineau, commissaire indépendante à la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Un total de 300 élèves de deux écoles primaires de son district (Ludger-Duvernay, dans Saint-Henri, et Charles-Lemoyne, dans Pointe-Saint-Charles) perdront ces repas à 1 $.

Programme universel ?

La commissaire Cousineau et la présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, soutiennent que la seule façon de s’assurer que tous les élèves du Québec mangent à leur faim le midi est d’instaurer une mesure alimentaire universelle.

« Plusieurs pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont une mesure comme celle-là, qui ne crée aucune discrimination entre enfants d’un milieu à l’autre », dit-elle. La CSDM estime qu’une aide alimentaire universelle coûterait 400 millions par année au gouvernement du Québec.

En attendant, les directions des écoles qui perdent leurs précieux repas du midi se démènent pour trouver une solution de rechange à court terme. Violaine Cousineau souligne aussi que les élèves démunis paient encore pour les compressions imposées en 2015 par le gouvernement libéral : à cause des coupes budgétaires, la CSDM avait dû mettre fin à une aide spéciale qu’elle accordait pour fournir des repas à 1 $ aux élèves des secteurs parmi les 20 % à 30 % les plus défavorisés.