Insécurité à la mosquée à Montréal

À la sortie de la prière du vendredi
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir À la sortie de la prière du vendredi

Les portes de la mosquée sont déverrouillées. On retire nos chaussures et on les place sur des tablettes, le long du mur, à gauche de l’entrée. L’endroit est désert en attendant l’arrivée des 2000 fidèles qui viendront à la prière du vendredi, la plus importante de la semaine. Bouazza Mache nous accueille d’un air préoccupé.

« Comment je vais ? Pour être franc, un peu découragé », dit le porte-parole du Conseil musulman de Montréal, rencontré à la mosquée Assuna Annabawiyah, rue Hutchison, dans le quartier Parc-Extension.

Comme le monde entier, ce représentant de la communauté musulmane montréalaise s’est réveillé en état de choc vendredi matin. Le terrible attentat ayant visé deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, lui a rappelé le traumatisme de la tuerie à la mosquée de Québec, il y a deux ans.

Des milliers de personnes s’étaient réunies devant la mosquée Assuna Annabawiyah à la station de métro Parc, par un soir glacial de janvier 2017, pour exprimer leur solidarité avec les musulmans après la fusillade de Québec. Montréal et le Québec restent des sociétés accueillantes et ouvertes à la diversité, assure Bouazza Mache. Mais une crainte s’est installée depuis l’attentat de Québec. La tuerie de Christchurch vient amplifier le sentiment d’insécurité de la communauté musulmane.

Partout dans le monde, les lieux de culte, y compris les mosquées, sont désormais des cibles pour des tireurs fous. Au moment de notre visite, deux voitures de police étaient garées près de la mosquée, de l’autre côté de la rue.

« On doit bien sûr penser à la procédure d’évacuation en cas d’attaque », explique Bouazza Mache. Des affiches rappellent aux visiteurs qu’ils font l’objet d’une surveillance par caméras. Il n’est pas question de transformer le bâtiment en forteresse, mais le porte-parole aimerait bien que la Ville de Montréal mette en place un véritable plan pour sécuriser les lieux de culte.

De petits exemples ? On parle notamment d’urbanisme, explique M. Mache : la traverse des piétons est interdite entre la station de métro Parc et la mosquée juste en face. Pourquoi ne pas aménager une traverse en bonne et due forme, avec marquage au sol et clignotants ? Pourquoi ne pas élargir le trottoir devant la mosquée, qui est extrêmement étroit — et qui était encombré de glace la plus grande partie de l’hiver.

« Il y a des fous partout »

Bouazza Mache a reçu vendredi des messages de condoléances du cabinet de la mairesse Valérie Plante et du commandant du poste de police du quartier. Le premier ministre François Legault a aussi exprimé sa solidarité avec les musulmans du Québec.

« Mais au-delà des mots, on veut des gestes, dit-il. Depuis la supposée crise des accommodements raisonnables en 2007, puis la charte du Parti québécois en 2013 et le projet de loi que prépare M. Legault, la perception, c’est qu’un musulman, c’est dangereux. »

L’inquiétude et le désarroi régnaient aussi dans la boutique de cadeaux voisine de la mosquée. Derrière le comptoir, Khalid Ibrahim avait les yeux rouges.

« Je pleure depuis ce matin. Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête des gens. On dirait qu’il y a des fous partout. On est bien à Montréal, c’est paisible, mais on ne peut plus se sentir en sécurité nulle part dans le monde », dit le commerçant d’origine pakistanaise.