La CS de la Pointe-de-l’Île soustrait deux maternelles

«On croit aux bienfaits des maternelles 4 ans en milieu défavorisé, mais on est dans une situation très sérieuse qui demande des solutions qui sortent des sentiers battus», dit Miville Boudreault, président de la CSPI.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «On croit aux bienfaits des maternelles 4 ans en milieu défavorisé, mais on est dans une situation très sérieuse qui demande des solutions qui sortent des sentiers battus», dit Miville Boudreault, président de la CSPI.

La Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI) prend les grands moyens pour affronter la « tempête parfaite » qui frappe le milieu de l’éducation : selon ce que Le Devoir a appris, elle compte fermer deux classes de maternelle 4 ans à la rentrée de l’automne 2019 et s’apprête à exproprier un terrain appartenant à un promoteur immobilier pour y construire une école — une mesure rarissime dans le réseau de l’éducation.

Cette commission scolaire de l’est de Montréal prévoit d’avoir besoin de 156 classes supplémentaires à la prochaine rentrée scolaire. C’est un réel casse-tête, parce que ses 41 écoles primaires et ses sept écoles secondaires sont quasi à leur pleine capacité.

Loin de créer de nouvelles maternelles 4 ans comme le recommande le gouvernement Legault, la CSPI s’apprête à en fermer deux (sur un total de 22 existantes), situées à Saint-Léonard. Ce n’est pas de gaieté de coeur que la commission scolaire prend cette décision. Il n’y a tout simplement pas d’espace.

« On croit aux bienfaits des maternelles 4 ans en milieu défavorisé, mais on est dans une situation très sérieuse qui demande des solutions qui sortent des sentiers battus. On dit que l’éducation est une priorité au Québec, il faudra que ça paraisse », dit Miville Boudreault, président de la CSPI, rencontré mercredi à son bureau de Pointe-aux-Trembles.

Les commissaires de la CSPI prévoient d’adopter mercredi prochain une résolution qui enclenchera le processus d’expropriation d’un terrain appartenant à un promoteur privé. Pour cela, la commission scolaire a besoin de l’approbation du gouvernement.

Le président en a parlé récemment au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Il a bon espoir d’avoir été écouté. « Le promoteur veut probablement construire des condos sur le terrain qu’on veut exproprier. Est-on vraiment sérieux à Québec quand on dit que l’éducation est une priorité ? On a besoin d’une école, pas d’une tour de condos », prévient Miville Boudreault.

Explosion démographique

La « tempête parfaite » à la CSPI comporte une série d’ingrédients. Le nombre d’élèves a d’abord explosé depuis sept ans. La hausse a été de 24 %, dont la moitié est survenue au cours des 18 derniers mois, notamment à cause de l’arrivée de réfugiés.

Les dernières prévisions ministérielles faisaient état d’une hausse de 900 élèves pour l’année scolaire 2018-2019. Ce sont plutôt 2000 élèves qui sont venus frapper à la porte des écoles de la CSPI. Et ça ne fait que commencer : le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur prévoit une augmentation de 45 % du nombre d’élèves au secondaire (3500 places) d’ici les huit prochaines années.

La commission scolaire a besoin rapidement de trois nouvelles écoles secondaires, dont une qui serait construite sur le terrain à exproprier. Elle a aussi soumis six projets d’agrandissement d’écoles primaires, secondaires ou de formation professionnelle. « On se croise les doigts pour que le gouvernement accorde nos demandes d’agrandissement dans le budget de la semaine prochaine », dit Miville Boudreault.

Les nouveaux indices de défavorisation, issus du recensement de 2016, frappent aussi durement la CSPI : pas moins de 28 des 41 écoles primaires ont désormais une cote de défavorisation de 9 ou 10 (les plus préoccupantes), ce qui entraînera une diminution automatique du nombre d’élèves par classe — et donc la création d’une cinquantaine de classes supplémentaires.

Il n’y a aucun espace pour aménager des classes modulaires — les « roulottes » ajoutées dans les cours d’école. Les écoles primaires ont presque toutes été agrandies au fil des ans, y compris « par en dedans » en transformant des bibliothèques et d’autres locaux en salles de classe.