«Une année perdue» à cause de la pénurie de suppléants

Nicolas Descôteaux et sa mère, Sylvie Larbrisseau
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Nicolas Descôteaux et sa mère, Sylvie Larbrisseau

Une dizaine de suppléants qui se succèdent dans des classes de deux écoles primaires. Des élèves en plein désarroi, qui perdent la motivation d’aller à l’école. La pénurie d’enseignants continue de sévir dans la plus grande commission scolaire du Québec, qui « tente par tous les moyens » de regarnir sa banque de remplaçants.

Les élèves d’une classe de sixième année de l’école Saint-Barthélemy, dans le quartier Villeray à Montréal, assistent à un défilé incessant de suppléants depuis que leur enseignante est partie en congé de maternité, à la mi-octobre 2018. Sylvie Larbrisseau, mère d’un garçon qui fréquente cette classe, a compté au moins neuf remplaçants.

« Une année perdue », résume-t-elle. Les élèves sont dissipés. Ils ont de la difficulté à se concentrer. Il n’y a pas de fil conducteur d’un suppléant à l’autre. Aucun des trois projets de recherche obligatoires — il s’agit d’une école internationale — n’a été fait. Aucun bulletin n’a été envoyé aux parents.

« Mon fils adore l’école, mais cette année, il a été complètement démotivé. Il n’avait plus de joie de vivre. Il était triste, fâché, il n’avait rien à faire en classe », raconte Sylvie Larbrisseau. La seule motivation de son fils Nicolas a été de participer au spectacle de fin d’année organisé par un éducateur investi du service de garde.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a trouvé une solution au cours des derniers jours : une enseignante expérimentée de quatrième année a pris la relève dans cette classe de sixième année. Un suppléant a été trouvé pour la remplacer en quatrième année.

« Il fallait quelqu’un d’expérimenté pour la sixième année, parce qu’il y a des notions à rattraper pour les examens du ministère. Il faut aussi préparer les élèves au passage vers le secondaire et il y a des modules de recherche pour le programme international, dit Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM. Ce n’est pas la solution idéale, mais c’est une solution créative et imaginative dans le contexte. »

Le même problème prend place dans une classe de deuxième année de l’école Saint-Jean-de-Brébeuf, dans le quartier Rosemont. La valse des suppléants a commencé l’an dernier, en première année, et se poursuit cette année. Plus d’une dizaine de suppléants se sont succédé depuis environ un an. « J’ai perdu le compte », dit Christian Bujold, père d’une fille de deuxième année.

« Hier, trois enseignants permanents de l’école se sont relayés en une journée pour ne pas laisser la classe vide. Aujourd’hui, ce matin, ma fille était en pleurs, ne sachant pas si un enseignant serait présent. Elle ne voulait pas aller à l’école et je la comprends », a écrit le père de famille au Devoir, cette semaine.

Ironie du sort, sa fille Simone a fréquenté la maternelle 4 ans de cette école située en milieu défavorisé. Elle a des problèmes en lecture et en écriture, mais l’orthopédagogue de l’école doit se concentrer sur des élèves qui ont de plus grandes difficultés.

« Ma fille est allée en maternelle 4 ans, mais ça ne donne rien, on la laisse tomber, elle n’a même pas d’enseignant dans sa classe ! Avant de créer davantage de maternelles 4 ans, le gouvernement devrait s’assurer qu’il y a un enseignant dans chaque classe », dit Christian Bujold.

Recrutement d’urgence

La présidente de la CSDM a entendu le cri du coeur de ce père de famille. Elle lui a parlé. Et elle est d’accord avec lui.

« Je trouve que l’enjeu qu’il amène dans sa lettre est vrai », dit Catherine Harel Bourdon. « Le ministre de l’Éducation a dit à Tout le monde en parle qu’il y a une rareté d’enseignants. On ne sent pas une rareté, on sent une pénurie », dit-elle.

La CSDM, comme toutes les commissions scolaires, milite pour la création d’un certificat d’un an en enseignement qui permettrait de recruter rapidement des immigrants ou des Québécois qui ont déjà un diplôme universitaire pertinent.

12 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 2 mars 2019 03 h 39

    Si la tendance se maintient...

    Ainsi qu'il en est de notre patrimoine bâti, de notre habitude de poser un couvert de plus à table (au cas où un quêteux passerait par-là...) et de la valeur partagée accordée à notre Histoire, la désinstruction tranquille va bon temps !
    Et de plus en plus ouvertement...

    Si la tendance se maintient : bientôt "Vive le Québec sans guibre !"

    PS: quand c'est-y qu'on va se décider à mettre à la barre du Québec un capitaine et des seconds capables d'identifier et de suivre un cap qui prépare autre chose qu'un échouage assuré pour tout l'équipage, les femmes et les enfants d'abord ?
    Quand donc ???

  • Samuel Prévert - Inscrit 2 mars 2019 07 h 14

    La DSDM en partie responsable

    Les parents devraient poursuivre la CSDM car elle est en partie responsable de cette situation en refusant d'embaucher des professeurs d'expérience sous prétexte qu'ils n'ont pas réussi leur entrevue parce qu'ils ne possèdent pas le charabia pédagogique.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 2 mars 2019 07 h 17

    Une mini solution...

    Le manque d'enseignants qualifiés est un problème majeur dont les gouvernements successifs sont responsables. Changer ou muter des enseignants d'un niveau à l'autre ne peut être que provisoire et que dire des élèves en difficulté!
    Ce que je propose comme mini solution, c'est d'introduire, aux endroits les plus affectés, l'enseignement de plusieurs cours par correspondance, sous l'autorité du Ministère de l'Éducation, avec le support des parents. Cette méthode employée peu après la Deuxième Guerre mondiale, visait essentiellement les premiers niveaux de l'enseignement, le manque d'enseignants étant aussi criant! Après une première rencontre dans les écoles, la documentation était remise aux élèves avec leurs parents...
    Bref, une partie de l'apprentissage se faisait à la maison (pas de TV ni de tablette à l'époque) et apprendre était un objectif principal. Les parents étaient motivés et pouvaient ainsi suivre, sinon motiver leurs enfants dans ce moyen d'éducation.
    Je sais, les temps ont changé, les parents n'ont plus le temps de voir aux travaux de leurs enfants. C'est dommage car un intérêt partagé ne pourrait qu'aider au développement des deux parties, des trois parties en considérant le milieu de l'éducation...

  • Louis-Michel Guay - Inscrit 2 mars 2019 08 h 28

    Le constat est fait, il manque d'enseignants; alors on fait quoi à court terme

    Pourrions-nous utiliser les systèmes de télé conférence? Est-ce envisageable que l'enseignement d'un professeur expérimenté soit diffusé dans une multitude de classes simultanément?

    • Jean Jacques Roy - Abonné 3 mars 2019 00 h 50

      Pour certaines disciplines de niveau secondaire j’imagine que la télé conférence pourrait être un bon instrument éducatif. Cependant, pour être éducative il est nécessaire qu’un éducateur soit présent pour « encadrer » physiquement le groupe-classe. La télé-conférence a elle seule ne peut pas remplacer l’enseignant.

      Je vois difficilement l’utlisation de ce medium pour les élèves du primaire. Des videos éducatifs comme support à un enseignement... Oui, mais un ou une éducatrice devra être là comme agent éducateur et le video comme outil.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 3 mars 2019 11 h 28

      La question qu'on doit poser est combien il y a d'enseignant en emplois a la CSDM, et combien sont rentre réellement au travail le matin ?

      E c'est la chose que les médias ne cherchent surtout pas a savoir...

      De considérer qu'on a seulement besoin d'ajouter encore plus d'enseignants disponibles c'est considérer qu'il est normal et sain que les enfants du primaire puissent changer de tuteur de classe aux trois semaines durant toute l'année.

      Rendu si bas, comme parent vous avez de sérieuses questions a vous posez sur l'intérêt d'envoyer votre enfant dans le réseau public !

  • Françoise Labelle - Abonnée 2 mars 2019 08 h 45

    Deux décennies de mainmise des pédagogues sur l'éducation

    Mme Marois répétait maladroitement le mantra soufflé par les «sciences» de l'éducation: «Einstein peut être [...] un chercheur exceptionnel, mais peut très bien n'avoir aucune capacité de transmettre l'information et les connaissances.»
    Or, à propos de La relativité, ouvrage de vulgarisation d'Einstein, Normand Baillargeon notait justement:
    «J'ai lu beaucoup de présentations des théories de la relativité destinées au grand public, mais je pense qu'Einstein reste le meilleur vulgarisateur de ses idées». [Agence Science-Presse]

    Et Antoine Robitaille d'ajouter: «Vous avez une maîtrise en chimie ou un doctorat en histoire et vous voulez enseigner ces matières qui vous passionnent ? Allez faire quatre ans de pédagogie et on vous reparlera après.» Le Devoir, septembre 2013.

    Einstein avait sûrement au moins un certificat en pédagogie. Sûrement.