Québec va créer 250 classes de maternelle 4 ans dès septembre

La CAQ a fait la promesse en campagne électorale d’offrir un accès à la maternelle dans les écoles du Québec à tous les enfants de 4 ans, à partir de l’année scolaire 2023-2024.
Photo: Christophe Simon Agence France-Presse La CAQ a fait la promesse en campagne électorale d’offrir un accès à la maternelle dans les écoles du Québec à tous les enfants de 4 ans, à partir de l’année scolaire 2023-2024.

Malgré une vive opposition, Québec n’en démord pas et fait avancer son projet d’implantation de maternelle 4 ans universelle en créant 250 nouvelles classes lors de l’année scolaire 2019-2020, dont 125 sur l’ensemble de l’Île de Montréal, a confirmé dimanche au Devoir le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Entre 30 et 40 millions de dollars vont y être consacrés. L’annonce a été faite, 24 heures avant l’escale dans la métropole lundi de la grande mobilisation provinciale contre le plan caquiste. Elle fait également fi des demandes répétées des organismes représentant les services d’éducation de la petite enfance qui, dimanche, ont réclamé à nouveau à François Legault de faire machine arrière pour se concentrer et soutenir les structures éducatives actuellement en place.

« Le réseau des centres de la petite enfance [CPE] et des services de garde se demande pourquoi le premier ministre tient tant à développer les maternelles 4 ans et pourquoi il ne reconnaît pas le réseau actuellement offert au Québec et qui fait pourtant notre fierté et l’envie d’autres pays. Le gouvernement doit consolider ce réseau », plutôt que de chercher à en créer un autre, a indiqué Francine Lessard, directrice du Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance (CQSEPE) lors d’une conférence de presse tenue dimanche à Montréal et à laquelle les trois partis d’opposition ont pris part.

Le plan détaillé du gouvernement Legault, dévoilé par le réseau TVA dimanche, portera à 644 le nombre total des maternelles 4 ans lors de la prochaine année scolaire sur l’ensemble du territoire. Ces classes vont devoir accueillir un minimum de six élèves vivant en milieu défavorisé. Le personnel enseignant y sera assisté par une ressource spécialisée à mi-temps.

Les Commissions scolaires du Chemin-du-Roy, à Trois-Rivières, de Kamouraska–Rivière-du-Loup, des Rives-du-Saguenay et de l’Énergie à Shawinigan sont les principales visées par ce déploiement avec la création de 62 nouvelles classes. À Montréal, 36 doivent être ouvertes en grande majorité dans les commissions scolaires anglophones (Lester-B.-Pearson et English-Montréal) puisque la Commission scolaire de Montréal va en obtenir 4. C’est toutefois elle qui en a le plus au Québec.

« Le choix des 250 classes a été fait de concert avec les commissions scolaires depuis décembre dernier, a indiqué M. Roberge. Ce sont elles qui nous ont indiqué qu’elles avaient les classes disponibles et le personnel nécessaire pour offrir le service. » Seuls les milieux défavorisés sont ciblés par ces implantations pour la prochaine année. « Nous avons tenu compte de cette contrainte », dit-il en rappelant que son projet de loi déposé dans les derniers jours, s’il est adopté, devrait permettre par la suite d’étendre cette mesure sur tout le territoire, pour, à terme, y faire apparaître 3000 classes de maternelle 4 ans, d’ici 5 ans.

La CAQ a fait la promesse en campagne électorale d’offrir un accès à la maternelle dans les écoles du Québec à tous les enfants de 4 ans, à partir de l’année scolaire 2023-2024. Les coûts de cette mesure, chiffrée à l’époque à 250 millions de dollars, ont explosé pour s’établir désormais entre 400 et 700 millions.

« Où est la logique?, a demandé le député de Québec solidaire Vincent Marissal, présent à la conférence de presse. Le gouvernement a fait de l’éducation la priorité, mais comme premier geste, il prive les commissions scolaires de revenus autonomes à hauteur de 900 millions [selon les calculs de l’opposition après l’instauration envisagée d’un taux de taxe scolaire unique au Québec], et comme deuxième, il se lance dans un beau brassage de structure avec des maternelles 4 ans dont on n’a pas besoin. »

La députée péquiste Véronique Hivon croit que les services de garde et la maternelle 4 ans devraient être complémentaires. Selon elle, en « mettant tous ses oeufs » dans le panier de la maternelle 4 ans, le gouvernement fait fausse route. « Des milliers de gens attendent des places [en CPE], a-t-elle précisé. C’est quoi le message qu’on envoie ? »

« Pourquoi dire qu’on va investir dans la maternelle 4 ans au sein de nos écoles quand on peut investir dans notre réseau de garde, qui est réputé mondialement, [et] qui, on le sait, répond déjà aux besoins de nos enfants ? » s’est pour sa part interrogée la députée libérale Jennifer Maccarone.

On peut très bien vouloir déployer un réseau de maternelles 4 ans sans mettre les choses en antagonisme. Nous allons maintenir les CPE et même en ajouter.

En entrevue au Devoir, M. Roberge a tenu à mettre en perspective cette opposition, qu’il qualifie de « vieille politique » en rappelant qu’à peine 25 à 27 % des enfants de 4 ans étaient à l’heure actuelle dans un CPE et qu’il y a encore de la place pour le développement de plusieurs réseaux capables de coexister les uns avec les autres. « Le déploiement des maternelles 4 ans ne se fait pas contre les CPE, a-t-il dit. Des fois, j’ai l’impression que l’opposition tient de la pensée binaire, comme s’il y avait les bons et les méchants, les CPE contre les maternelles 4 ans. Rien de tout ça n’est fondé. On peut très bien vouloir déployer un réseau de maternelles 4 ans sans mettre les choses en antagonisme. Nous allons maintenir les CPE et même en ajouter. »

Lundi, les organismes liés aux services éducatifs à la petite enfance feront circuler une pétition dans les CPE de Montréal réclamant à Québec de revenir sur cette décision. Ils demandent également des excuses publiques du premier ministre pour les « propos méprisants » qu’il a tenus, selon eux, la semaine dernière à l’endroit du personnel des services éducatifs de garde au Québec.

« Sur le terrain, les éducatrices sont en colère contre François Legault, a dit Valérie Grenon, présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec. Jeudi, pour justifier son projet, il a dénigré le travail de milliers de femmes au Québec en les réduisant au simple statut de techniciennes de garde. Or, ce n’est pas de la garde que nous offrons, ce sont des services éducatifs. »

Échos des commissions scolaires

Le Devoir a tenté d’obtenir le pouls des commissions scolaires touchées par cette annonce.

À la Commission scolaire English-Montréal, la présidente, Angela Mancini, nous a indiqué que des locaux sont disponibles dans certaines écoles pour accueillir de nouvelles classes, mais pas dans toutes. Le recrutement des enseignants ne devrait pas poser problème, croit-elle. « Mais pour le personnel spécialisé, on a toujours de la difficulté à recruter. »

Mme Mancini s’est néanmoins questionnée sur la pertinence de l’implantation de nouvelles classes de maternelle 4 ans, soulignant qu’il aurait pu être plus avisé de simplement bâtir des « partenariats » entre les CPE et les écoles « en misant sur les forces des deux réseaux ».

La Commission scolaire du Chemin-du-Roy à Trois-Rivières nous a répondu qu’elle souhaitait avoir en main les critères et les modalités du ministère avant de commenter officiellement la nouvelle.

Nos autres demandes sont restées lettre morte.

4 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 février 2019 08 h 04

    Au diable le peuple...

    La représentation de la CAQ est minoritaire, mais au Québec, comme dans bien des endroits totalitaires, ce qui compte c'est la division des partis. Au diable la démocratie, nous sommes de nouveau pris avec un gouvernement qui ne proposera pas en fin de session le scrutin proportionnel tant attendu, peu importe qu'il soit mixte ou non! On se croirait plus au sud dans les pays soumis à des dictateurs... On peut parler il est vrai de carburant sale, mais avec l'orientation que prennent les élu(e)s du Québec, avec des plaintes concernant l'immigration, l'environnement, le renvoi de lanceur d'alerte, un registre d'armes à feu complètement bidon, l'attaque frontale contre les CPE, les commissions scolaires, ...la cour est pleine! Assez, c'est assez!

    • Marcel Vachon - Abonné 18 février 2019 10 h 39

      Bonjour. Vous qui semblez avoir LA vérité sur tous les sujets que vous mentionnez, pourquoi ne pas vous présenter aux prochaines élections provinciales et faire éclater aux yeux de toutes et tous, la/votre vérité?

  • Gilles Théberge - Abonné 18 février 2019 10 h 49

    Le Devoir s’est informé auprès des commissions scolaires.... À la commission scolaire English Montreal...

    Scuzez pardon.... la English Montreal !

    C’est vrai que « Montreal » est anglais.

    J’oubliais, excusez moi.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 février 2019 13 h 21

    Le peuple veut une élection proportionnelle!

    La VÉRITÉ, c'est que les gens en ont soupé d'entendre des lamentations sur les gouvernements précédents... La VÉRITÉ, c'est que les gens veulent avoir un mot à dire dans la gouvernence du pays, et non pas un dictat issu d'un seul parti, minoritaire de plus! Mais il faut être courageux pour déclencher une élection proportionnelle, le seul moyen efficace permettant de voir aux aspirations des gens et non contre la majorité, phénomène absurde du système actuel d'élection!