L’alimentation comme outil pédagogique

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Le programme de Croquarium permet aux jeunes de planter à l’intérieur de leur école des herbes et différents légumes dans un petit potager. Au printemps, ils pourront dans certains cas les transférer dans un jardin extérieur.
Photo: Christian Joudrey Unsplash Le programme de Croquarium permet aux jeunes de planter à l’intérieur de leur école des herbes et différents légumes dans un petit potager. Au printemps, ils pourront dans certains cas les transférer dans un jardin extérieur.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Sports, arts, activités de lecture, de création, d’engagement communautaire… Une panoplie d’initiatives différentes tentent de garder les jeunes à l’école et de favoriser leur bon développement. Pour Croquarium, ça se passe dans le jardin.

« L’alimentation se trouve au cœur de nos vies et constitue un excellent outil pour soutenir le développement des enfants », avance Mélanie Mercier, coordonnatrice des communications de l’organisme Croquarium. Depuis sa fondation en 2005, l’organisme amène les jeunes à s’investir davantage à l’école et à développer des connaissances et compétences d’une manière pratique et ludique par l’entremise d’activités d’éducation à l’alimentation.

Croquarium offre des services au grand public et aux familles, aux municipalités et aux groupes communautaires, ainsi qu’aux entreprises. L’organisme est aussi très actif dans les centres de la petite enfance (CPE) et les écoles primaires, lieux privilégiés pour rejoindre les enfants. Ainsi, l’organisme a déjà rejoint plus de 118 000 enfants dans 16 régions sur 17 (l’organisme compte s’implanter dans la dernière région, l’Abitibi-Témiscamingue, d’ici deux ans). Par cette initiative, 1500 établissements ont été formés, devenant ainsi le plus grand réseau de jardinage éducatif au Québec.

Partout au Québec

Les écoles peuvent notamment bénéficier de l’expertise de Croquarium pour organiser des activités de jardinage pédagogique et éducatif (Un trésor dans mon jardin) ou encore des séances d’éducation au goût (Les aventuriers du goût). L’expertise de Croquarium ne se limite pas à l’implantation d’un jardin, mais porte plutôt sur les manières de faire vivre ce jardin, d’en faire un réel outil de développement éducatif. Les professeurs désireux de se lancer dans cette petite aventure reçoivent du matériel pédagogique clé en main. Collé au programme d’enseignement des écoles québécoises, ce matériel vise à contribuer au développement de compétences prévu dans ce programme, par exemple en lecture, en mathématiques ou en sciences. « Les jeunes ont tendance à bien conserver les acquis qu’ils font lors d’activités pratiques et ludiques », soutient Mélanie Mercier.

Les professeurs et la direction des écoles peuvent également bénéficier de l’appui direct de l’équipe de Croquarium. Ce dernier commence d’ailleurs à déployer des formateurs dans les différentes régions du Québec, afin de répondre à la demande croissante sans toujours avoir à se déplacer à partir de Sherbrooke, où se trouve l’organisme. Déjà, le Centre-du-Québec compte sur une ressource de ce type, installée à Victoriaville.

Tout au long de l’année

« Toutes les écoles du Québec n’ont pas nécessairement une cour adéquate pour l’installation d’un potager ou d’un jardin », précise Mélanie Mercier. Au début d’un projet de jardin pédagogique, les écoles reçoivent alors un bac modèle surélevé d’environ 1 mètre par 2,5 mètres pouvant être posé sur toutes sortes de surface. Plusieurs écoles choisissent par la suite d’augmenter la surface cultivée.

Les jeunes plantent ainsi à l’intérieur de l’école des herbes et différents légumes dans le petit potager. Au printemps, ils pourront dans certains cas les transférer dans un jardin extérieur. Plusieurs de ces herbes ou légumes seront récoltés avant la fin de l’année scolaire, mais d’autres attendront l’automne suivant. Cette activité d’éducation alimentaire sert à mobiliser les jeunes sur une assez longue période. Des enfants n’hésitent d’ailleurs pas à se porter volontaires pour venir contribuer à l’entretien du jardin pendant les vacances d’été.

L’éducation à l’alimentation vise aussi à aider les enfants à comprendre l’impact social, ainsi que sur leur propre santé, de leurs choix alimentaires. Le tout sans faire la morale ni tomber dans le piège de l’interdiction de certains aliments. « Les enfants sont curieux ; si on aborde l’éducation alimentaire par la voie du plaisir, leurs choix se diversifieront naturellement », croit Mélanie Mercier.

Mobiliser la communauté

L’activité doit par ailleurs s’adapter aux conditions, notamment climatiques, des différentes régions, lesquelles influent nécessairement sur la nature des légumes et autres verdures plantées et sur les méthodes employées pour les faire pousser. « Les conditions de culture ne sont pas les mêmes à Chisasibi qu’en Estrie et les défis alimentaires vécus par ces communautés varient beaucoup, donc il faut toujours s’adapter », illustre Mélanie Mercier.

Ce type d’activité représente une bonne occasion de susciter l’engagement de personnes ou de groupes envers l’école. Des parents, des bénévoles du grand public ou des organismes communautaires peuvent venir soutenir les professeurs. L’entretien des jardins peut, par exemple, faire l’objet d’activités dans les camps de jour accueillis par plusieurs écoles en période estivale.

Mélanie Mercier constate un taux de rétention du projet très élevé dans les écoles participantes. La plupart le poursuivent après la première année, ce qu’elle interprète comme un signe de satisfaction. « La demande est très forte et notre défi demeure de nous assurer d’avoir les ressources pour y répondre partout sur le territoire », conclut-elle.