Des gestes concrets pour favoriser la réussite scolaire

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
32% des jeunes Québécois qui ont pensé à décrocher mais qui ne l’ont pas fait affirment que les encouragements qu’ils ont reçus ont joué dans leur décision de rester à l’école.
Photo: Antenna Unsplash 32% des jeunes Québécois qui ont pensé à décrocher mais qui ne l’ont pas fait affirment que les encouragements qu’ils ont reçus ont joué dans leur décision de rester à l’école.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Du 11 au 15 février se tiendront au Québec les Journées de la persévérance scolaire (JPS). Sur le thème « Nos gestes, un + pour la réussite scolaire », les multiples intervenants dans le dossier souhaitent y valoriser la persévérance scolaire et la réussite éducative au Québec. Mise en contexte et quelques exemples d’initiatives.

En 2009, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport décidait de s’attaquer au décrochage scolaire au Québec. Il visait un taux de diplomation de 80 % pour 2020 avant l’âge de 20 ans. Depuis, le taux de diplomation a augmenté, mais il reste encore du travail à faire. La situation est même préoccupante dans certains milieux urbains défavorisés et dans certaines régions.

Selon le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ), en 45 ans de vie active, un diplômé touchera en salaire 450 000 $ de plus qu’un décrocheur. Cela signifie aussi des pertes importantes en impôts et en taxes pour l’État québécois et d’énormes coûts sociaux (le tout évalué à 1,9 milliard de dollars par année).

À travers le Québec, un important réseau d’instances régionales de concertation (IRC) œuvre à prévenir et à réduire le décrochage. Celles-ci travaillent en partenariat avec plusieurs organismes et soutiennent des milliers d’initiatives. Lors des JPS, le travail fait par ces organismes et d’autres pourra être davantage connu.

C’est le cas d’Avenir d’enfants, un partenariat entre le ministère de la Famille et la Fondation Lucie et André Chagnon. « Depuis 2009, notre organisme soutient plusieurs initiatives qui s’échelonnent de la grossesse jusqu’à l’âge de la maternelle », affirme Julie Meloche, directrice générale. L’approche préconisée consiste à agir tôt pour que chaque enfant arrive à l’école prêt à entreprendre avec succès sa scolarité. Pour ce faire, l’organisme finance des projets qui permettront, par exemple, à l’enfant de s’exprimer davantage oralement, de développer un intérêt pour la lecture et l’écriture, et d’aider les parents à offrir un meilleur soutien à leurs enfants (afin de prévenir le décrochage scolaire).

Ainsi, à travers le Québec, Avenir d’enfants travaille avec plus de 3000 partenaires à l’échelle locale, régionale et nationale. « Localement, nous avons un projet qui vise à améliorer la scolarité des mères pour qu’elles puissent obtenir leur diplôme de 5e secondaire, dit Mme Meloche. Régionalement, un projet d’orthophonie communautaire est en cours en Montérégie pour développer le langage chez l’enfant. Au niveau national, nous avons aussi un projet [ pour favoriser le développement du langage chez les enfants ] dans le réseau des haltes-garderies. »

 

Viser les jeunes adultes

Ainsi, agir dès la petite enfance pour prévenir le décrochage est essentiel. Cependant, agir auprès d’une clientèle plus âgée pour éviter le décrochage ou permettre aux jeunes de raccrocher est aussi important.

C’est le but du projet Délire, un partenariat entre le Réseau Réussite Montréal (RRM) et les bibliothèques de la métropole. Il vise à accroître et à maintenir l’intérêt pour la lecture chez les jeunes de 16 à 20 ans. « Nous avons constaté qu’il y avait peu de choses offertes aux jeunes de cette tranche d’âge », dit Andrée Mayer-Périard, directrice de RRM, qui fait partie du réseau des IRC. La clientèle visée est surtout les décrocheurs, soit près d’un jeune sur cinq à Montréal. Ce décrochage est souvent influencé par de faibles compétences en lecture, qui affectent la réussite dans toutes les matières.

Amorcé l’automne dernier, le projet consiste en des séances de lecture, sans évaluation, pour développer le plaisir de lire, poursuit Mme Mayer-Périard, qui affirme qu’il donne déjà de bons résultats. Elle espère que le projet pourra se poursuivre à long terme.

Avoir un impact

Selon un sondage réalisé par Léger dans le cadre des Journées de la persévérance scolaire de l’an dernier, 32 % des jeunes Québécois persévérants — ceux qui ont pensé à décrocher mais qui ne l’ont pas fait — affirment que les encouragements qu’ils ont reçus ont joué dans leur décision de rester à l’école. Ainsi, le thème des Journées de la persévérance scolaire 2019 est « Nos gestes, un + pour la réussite », faisant valoir que l’addition d’une multitude de gestes à la portée de tous, parents, membres de la famille, amis, éducatrices, enseignants, intervenants, élus ou encore décideurs, peuvent avoir une influence concrète sur la persévérance et la réussite des jeunes.


Les chiffres du décrochage

120 000 $ Gain dont la société se prive par décrocheur

450 000 $ Manque à gagner en 45 ans de vie active d’une personne non diplômée par rapport à une personne diplômée

500 000 $ Coûts sociaux engendrés pour chaque décrocheur

1,9 milliard Coût d’une cohorte de décrocheurs (taxes, impots et coûts sociaux)

Source : Instances régionales de concertation sur la persévérance scolaire et la réussite éducative du Québec

15,9 % C’est le pourcentage des jeunes Montréalais qui ont décroché en 2016 avant d’avoir obtenu un premier diplôme.