Les services de garde se mobilisent pour stopper les maternelles 4 ans

Le ministre de l’Éducation a souligné la détermination du gouvernement à remplir sa promesse d’élargir la maternelle à tous les enfants de quatre ans.
Photo: Getty Images Le ministre de l’Éducation a souligné la détermination du gouvernement à remplir sa promesse d’élargir la maternelle à tous les enfants de quatre ans.

Un regroupement de 200 services de garde publics et de 13 000 éducatrices à la petite enfance part en croisade dans l’espoir de forcer le gouvernement Legault à renoncer au déploiement universel des maternelles 4 ans.

Selon ce que Le Devoir a appris, cette campagne sans précédent doit prendre place au cours des prochains jours dans toutes les régions du Québec. Entre le 11 février et le 25 mars, des représentantes de centres de la petite enfance et de services de garde en milieu familial publics comptent parcourir 14 régions pour recueillir des appuis. Ces efforts appuieront la campagne #4ansnotreaffaire diffusée dans les réseaux sociaux.

« Les intervenantes en petite enfance et les employeurs du secteur font front commun pour faire cesser le développement de nouvelles maternelles 4 ans. Sur le terrain, le message est clair parmi les acteurs du réseau et les parents : il faut prioriser et renforcer les milieux existants qui offrent des services de qualité aux tout-petits », dit Francine Lessard, directrice du Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance (CQSEPE) — qui représente 200 services de garde responsables de 45 000 enfants.

« Nos services éducatifs à la petite enfance ont fait leurs preuves. D’autres provinces et d’autres pays viennent voir ce qu’on fait. On est un modèle depuis la création des CPE en 1997. Pourquoi détruire un si beau modèle quand on est enviés dans plusieurs provinces ? » ajoute Valérie Grenon, présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ).

Des représentantes de ces deux associations s’apprêtent à parcourir le Québec pour faire circuler la pétition demandant au gouvernement de « mettre fin au projet de déploiement universel des maternelles 4 ans et de se concentrer sur l’accessibilité et le renforcement des milieux déjà existants ». Au moment où ces lignes étaient écrites, 15 913 personnes avaient signé la pétition sur le site de l’Assemblée nationale, marrainée par la députée péquiste Véronique Hivon.

Le ministre déterminé

En entrevue avec Le Devoir la semaine dernière, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a souligné la détermination du gouvernement à remplir sa promesse d’élargir la maternelle à tous les enfants de quatre ans. Il s’agit du « meilleur modèle » pour les enfants de quatre ans, en complémentarité avec les services de garde, a-t-il fait valoir.

Les maternelles 4 ans en milieu défavorisé, c’était une excellente idée

Québec ira de l’avant malgré le manque de locaux et la pénurie d’enseignants qui compliquent déjà la vie des gestionnaires scolaires, assure le ministre Roberge. Signe qu’il « prend le taureau par les cornes », il a rappelé sa décision de forcer la communauté anglophone de l’ouest de Montréal à céder une école secondaire à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, dont les écoles débordent.

Même si les écoles anglophones cédaient tous leurs locaux vacants, la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI) manquerait d’espaces pour loger ses élèves à la rentrée scolaire de l’automne 2019. La hausse du nombre d’élèves, l’élargissement des maternelles 4 ans et la baisse des ratios maître/élèves dans une série d’écoles (à cause des nouveaux indices de défavorisation) créent une pression jamais vue sur les gestionnaires de l’éducation, fait valoir Miville Boudreault, président de la CSPI.

La Commission scolaire de l’est de Montréal évalue qu’il manquera jusqu’à 150 locaux, dans le pire des scénarios, à la prochaine rentrée scolaire. « Ces locaux, on ne peut pas les trouver. Ils n’existent pas », dit M. Boudreault.

Dans ce contexte, il dit « comprendre les appréhensions des services de garde ». « J’ai toujours vu une complémentarité entre les services de garde et le réseau scolaire. Les maternelles 4 ans en milieu défavorisé, c’était une excellente idée », dit-il. Le président de la CSPI croit aussi aux maternelles 4 ans pour tous, mais il n’a tout simplement pas d’espace pour les loger.

Rejoindre davantage d’enfants

Les représentantes des services de garde et des éducatrices se défendent de mener une croisade défensive pour sauver leurs emplois. « On n’est pas en train de faire une campagne parce que les centres de la petite enfance ou encore les milieux familiaux publics ont peur de perdre leur clientèle, ou vont devoir fermer leurs portes. Ce n’est pas une peur financière. De toute façon, si jamais le premier ministre maintient sa position et développe les maternelles 4 ans, c’est l’âge des enfants qui fréquentent nos services éducatifs qui va changer, mais la clientèle va demeurer », dit Francine Lessard.

Le gouvernement affirme qu’il élargit l’accès aux maternelles 4 ans pour intégrer davantage d’enfants qui font partie des 20 % ne fréquentant aucun service de garde régi. « Mais il est utopique de croire que 100 % des enfants de quatre ans vont fréquenter un service de garde éducatif ou une maternelle 4 ans. Il y aura toujours des enfants de quatre ans qui auront un autre environnement, par exemple avec leur père ou leur mère à la maison », dit Francine Lessard.

Les services de garde font valoir qu’ils ont une expertise pour la petite enfance : programme éducatif, formation (au moins les deux tiers des éducatrices ont un diplôme d’études collégiales), et chaque éducatrice en garderie s’occupe d’un maximum de 10 enfants de quatre ans, comparativement à 17 enfants à la maternelle 4 ans en milieu défavorisé.

« Les CPE et les services éducatifs en milieu familial offrent une plage horaire de 10 heures par jour et un service en continu pendant toute l’année, indique la pétition déposée à l’Assemblée nationale. [Ils] effectuent, dès le jour 1, des observations permettant le dépistage précoce de troubles pouvant affecter le développement global des tout-petits. »

13 commentaires
  • Pierre Schneider - Abonné 6 février 2019 05 h 51

    On se calme !

    Le gouvernement a été élu très majoritairement avec lka oromesse de mettre sur pied les maternelles 4 ans.
    Alors, on se calme et on laisse le premier ministre réaliser ses promesses. Point.

    • Pierre Toussaint - Abonné 6 février 2019 09 h 46

      «a été élu très majoritairement»...
      37,42% des Québécois ont voté pour la CAQ. Si on tient compte du taux de participation, cela représente 24,87% (taux de participation de 66,45%). Bref, moins de un Québécois sur quatre a voté pour la CAQ. Le nombre d'élus n'est aucunement représentatif du vote des Québécois mais plutôt du système électoral! Mais bon. À chacun sa majorité à l'époque des «fake news»! ;-) Revenons au sujet de l'article maintenant. Des études montrent que les CPE offrent de meilleur services pour les enfants de quatre ans, tandis qu'il manque encore des preuves que la maternelle en fait autant. D'un point de vue gestion de l'argent publique, il serait peut être mieux avisé d'inverstir là ou ça donne des résultats, non? À la fin, ce qui serait le mieux - selon moi, ce serait d'inverstir dans différentes offres de services et pas une seule, surtout une qui n'est pas réalisable à Montréal.

    • Nadine Boccalini - Abonnée 7 février 2019 10 h 42

      M. Schneider a raison. Ce gouvernement a été avec une majorité claire. On ne doit pas tenir compte de ceux qui ne sont pas allés voter. Qunad on ne vote pas, c'est qu'on accepte que les autres décident pour nous.

  • Chantale Desjardins - Inscrite 6 février 2019 08 h 01

    Est-ce que M. Roberge va comprendre enfin

    Les garderies sont l'endroit idéal pour les 4 ans et non la maternelle.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 6 février 2019 08 h 03

    1/10

    J'appuie sans réserve cette volonté de développement du réseau existant des CPE avec un ratio 1/10, au lieu d'un réseau inexistant de maternelles 4 ans avec un ratio 1/17.

    Les CPE ont fait leur preuve et, si le présent gouvernement daignait s'en occuper pour réparer l'oeuvre mesquine et mercantile du PLQ à développer les garderies privées, nos enfants s'en porteraient mieux.

  • Rose Marquis - Abonnée 6 février 2019 08 h 26

    Ah! ces maternelles 4 ans

    Je suis tout à fait d'accord avec le propos de cet article, le problème c'est de rejoindre le 20% d'enfants qui ne fréquentent aucun service car il N,y a pas que les services de garde, il y a ''Passe-Partout'' programme d'animation offert dans les commsssions scolaires pour rejoindre les parents d'enfants de 4 ans et ceux-ci, ainsi que d'autres services offerts par les Maisons de la famille ou d'autres organismes communautaires... Je suis absolument contre le ''mur à mur'' pour les petits de 4 ans!

  • Claude Bariteau - Abonné 6 février 2019 08 h 57

    L'enjeu est clair.

    Il existe des services offerts de qualité. Plutôt que les valoriser en augmentant les lieux d'accueil et le personnel pour y accueillir les enfants de 4 ans, le ministre veut créer des services autonomes pour les enfants de 4 ans alors qu'il n'y a ni lieux d'accueil, ni ressources, ni personnel.

    Selon le texte, le prolongement des services en place est possible en autant qu’il y ait des lieux, des ressources et du personnel. Alors, pourquoi créer un service parallèle. Parce que ce fut une promesse politique grâce à laquelle le gouvernement Legault entend passer à l’histoire ? Ça fait bizarre.

    En revoyant les services actuels pour inclure les maternelles quatre ans, la CAQ passera aussi à l’histoire après la période sombre des maternelles politiques du PLQ.