Le réseau public reste sous-financé, selon les syndicats FAE et CSQ

Selon la CSQ, ce n’est pas une heure d’activité parascolaire, la maternelle quatre ans ou d’autres mesures du genre qui sont susceptibles de rehausser le niveau de l’école publique.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Selon la CSQ, ce n’est pas une heure d’activité parascolaire, la maternelle quatre ans ou d’autres mesures du genre qui sont susceptibles de rehausser le niveau de l’école publique.

Après des années d’austérité, l’éducation reste sous-financée, affirment deux centrales syndicales qui regroupent des milliers de professionnels de l’enseignement.

Si le gouvernement Legault n’est pas à même de combler le trou créé par dix années d’austérité, on pourra dire que, malgré ses prétentions contraires, il poursuit dans les faits cette politique, estime la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Selon Sylvain Mallette, le président de la FAE, il faut attendre le prochain budget du gouvernement Legault pour juger du degré de sérieux des visées de son ministre responsable.

Même écho du côté de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

« Pour seulement revenir au niveau de 2010, explique la présidente, Sonia Éthier, au Devoir, il faut compter sur au moins 500 millions de dollars de rattrapage », auxquels il faut ajouter les promesses de la CAQ, « de l’ordre d’environ 460 millions ». Une somme à laquelle elle ajoute les promesses électorales des libéraux.

« Ça donne environ 1,2 milliard. Là, avec un investissement à cette hauteur, on pourrait parler d’un gouvernement qui planche sur la réussite des élèves. »

La FAE s’appuie sur un rapport de l’économiste Jean-Michel Cousineau, professeur à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal, pour affirmer qu’il faudrait, pour la seule année 2019-2020, au minimum 891 millions pour rattraper les conséquences désastreuses causées par les politiques du gouvernement précédent.

Selon la CSQ, ce n’est pas une heure d’activité parascolaire, la maternelle quatre ans ou d’autres mesures du genre qui sont susceptibles de rehausser le niveau de l’école publique. Il faut plutôt, croit la CSQ, s’assurer d’offrir de meilleures conditions de réussite, en prenant notamment conscience d’un besoin criant de personnel et de services.

Le président de la FAE ne croit pas à propos pour l’instant d’envisager des ajouts de toutes sortes alors qu’un rattrapage important n’a même pas été opéré. « Si François Legault n’assure pas ce minimum avant de parler de nouveaux investissements, on pourra dire qu’il poursuit la campagne d’austérité de ses prédécesseurs à l’encontre de l’éducation. »

Pour seulement revenir au niveau de 2010, il faut compter sur au moins 500 millions de dollars de rattrapage

Au Parti québécois, on s’inquiète de voir le gouvernement fixer son attention sur la création de maternelles quatre ans alors qu’« on a vu des parents faire […] la file à Montréal, coucher dans des tentes pour avoir des places en maternelle », observe Martin Ouellet, le leader parlementaire du PQ.

Se priver de la taxe scolaire

Selon la FAE, le taux unique de taxation scolaire qu’entend mettre en oeuvre le gouvernement de la CAQ prive les commissions scolaires d’une source de revenus importante, ce qui ne fait qu’accroître la difficulté à financer le système.

Même écho du côté de la CSQ : « La taxe scolaire, pour en faire bénéficier quelques propriétaires, c’est un autre milliard qu’on aurait pu utiliser pour assurer la réussite scolaire. »

« Non seulement on n’ajoute pas d’argent, mais on en retire » avec la taxe scolaire, regrette Marwah Rizqy, la porte-parole du Parti libéral en matière d’éducation.

Pour Véronique Hivon, du PQ, il tombe sous le sens que « ce sont 900 millions environ qu’on aurait pu mettre au service de l’éducation ». Elle ne s’explique pas qu’en temps d’urgence, on juge à propos d’enlever de l’autonomie au réseau et de le rendre plus vulnérable encore « aux aléas budgétaires », tout en regrettant aussi que le ministre parle des enseignants « comme d’un lobby ».

À ce propos, la présidente de la CSQ n’apprécie pas du tout « le ton offensant » du ministre lorsque celui-ci « parle des groupes de pression ». « Le ministre devrait comprendre que les enseignants et les professionnels sont les vrais spécialistes avec lesquels il doit travailler. »

Pour Marwah Rizqy, il est regrettable que le ministre Roberge éprouve de la difficulté à considérer les enseignants comme des partenaires de la réussite scolaire.