Transfert d'une école: Québec va trop vite, déplorent les anglophones

Depuis le 21 janvier dernier, plus de 80 élèves francophones ont été accueillis par les écoles secondaires de langue anglaise Riverdale et Lindsay.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis le 21 janvier dernier, plus de 80 élèves francophones ont été accueillis par les écoles secondaires de langue anglaise Riverdale et Lindsay.

La communauté anglophone s’insurge contre la « décision musclée » du ministre de l’Éducation, qui l’oblige à céder une école secondaire de l’ouest de Montréal pour loger des élèves d’écoles francophones qui débordent.

Le ministre Jean-François Roberge compte recourir à un pouvoir d’urgence prévu dans la Loi sur l’instruction publique pour forcer la Commission scolaire Lester-B.-Pearson à céder l’école secondaire Riverdale, située à Pierrefonds. Cette école est à moitié vide. Cette décision du ministre permettra de loger 770 élèves francophones de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), dont les écoles sont surpeuplées.

L’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ) juge « inacceptable » cette méthode, qui « contourne le processus habituel de fermeture d’une école prévue à la Loi sur l’instruction publique ».

« Il s’agit d’une atteinte flagrante à l’autonomie locale et aux pouvoirs des commissaires dûment élus de la commission scolaire en matière de gestion et contrôle de notre système scolaire ainsi qu’à nos droits garantis par la Constitution en tant que communauté linguistique en situation minoritaire. C’est inacceptable pour nous », a déclaré le président de l’ACSAQ, Dan Lamoureux.

Les deux commissions scolaires de l’ouest de l’île discutent depuis plusieurs mois de solutions pour désengorger les écoles francophones du secteur, rappelle l’ACSAQ. Une fois l’école Riverdale cédée, à la rentrée de l’automne 2019, la commission scolaire anglophone aura ainsi libéré 1200 places pour des élèves francophones. Quelque 80 places ont été libérées dès la semaine dernière pour des élèves francophones dans les écoles Riverdale et Lindsay.

Situation de crise

Le ministre Roberge invite les deux commissions scolaires à poursuivre leurs discussions, car la CSMB « est encore en situation de crise », malgré les efforts consentis par sa voisine anglophone. « C’est possible qu’il y en ait d’autres [écoles à céder] à l’avenir. Je n’ai pas en tête d’autres écoles qui pourraient être cédées, mais il faudra voir s’il y a des écoles presque vides dans un réseau, alors que tout près il y aurait d’autres écoles qui débordent », a dit le ministre de l’Éducation au Devoir.

M. Roberge dit recourir à l’article 477.1.1 de la Loi sur l’instruction publique à cause de l’urgence d’agir pour désengorger les écoles francophones du secteur. « Le rendez-vous à ne pas manquer, c’est la rentrée scolaire de 2019. On n’a pas beaucoup de marge de manoeuvre », a-t-il.

Les parents anglophones ont le temps d’ici là d’inscrire leurs enfants à d’autres écoles. Il est même possible que les deux commissions scolaires s’entendent avant que le conseil des ministres ne fasse passer le décret forçant la cession de l’école Riverdale — décret qui est prévu « dans quelques semaines », a indiqué le ministre.

L’Association des commissions scolaires anglophones du Québec, qui représente 100 000 élèves répartis dans 340 écoles primaires et secondaires, demande au ministre de reconsidérer sa « décision musclée et superflue ».

Pas de dérogation à la loi 101

La Commission scolaire Lester-B.-Pearson a proposé cinq « solutions potentielles » pour répondre aux besoins des écoles francophones surpeuplées de l’ouest de l’île. L’organisation a par exemple proposé une dérogation à la Charte de la langue française pour scolariser des immigrants dans des écoles anglophones « pour des motifs humanitaires ».

Une solution inacceptable pour le gouvernement : « Il n’est pas question de déroger à la Charte de la langue française. On a l’intention d’appliquer la loi 101. On pense que la meilleure façon d’accueillir les immigrants et de les franciser, c’est via le réseau francophone. Ça tombe sous le sens », a dit Jean-François Roberge.

3 commentaires
  • Michel Bouchard - Abonné 29 janvier 2019 08 h 12

    La Commission scolaire Lester-B.-Pearson a proposé.....

    une dérogation à la loi 101pour scolariser les immigrants dans leurs écoles pour des raisons humanitaires....YOU WISH ! Quelles sont ces raisons humanitaires ? C'est rire du gouvernement et des francophones( la majorité) . Moyen de de se soustraire à la la 101 et de rire de cette merveilleuse loi.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 janvier 2019 08 h 14

    La récréation est terminée

    Après 15 ans de gouverne par le ‘Parti des Anglais’ (comme dirait Michel David), l’annexe québécoise de la majorité angloCanadienne doit apprendre à décider en fonction de l’intérêt public et non de la défense de son carré de sable.

    Quant à son rôle de pauvre minorité persécutée, précisions que l’ONU déclarait en 1993 : « Quebec’s English community does not qualify for protection as a minority language group, because it forms part of the Canadian English-speaking majority.»

    Référence : http://www3.sympatico.ca/rd.fournier/inter.canada/

  • Loyola Leroux - Abonné 29 janvier 2019 21 h 39

    Déjouer la Loi 101, tous les trucs sont bons.

    Contourner la Loi 101 pour des motifs humanitaires et traiter les Québécois de racistes s’ils refusent. Un vieux truc que le maire Coderre a essayé il y a deux ans lorsque plusieurs familles de Syriens sont arrivées ici. Même si traditionnellement, les Syriens parlaient français, les représentants de la ‘’5e colonne’’ anglophone au Québec, Jean Chrétien, Claude Ryan, Stéphane Dion, sont toujours bien disposés à brader les droits de la majorité francophone. Triste à mourir pour un petit peuple qui survit, tant bien que mal, depuis 219 ans à la présence anglaise.