Laïcité: des professeurs se posent en censeurs

Ce colloque, qui célébrera le 100e anniversaire de l’Alliance des professeurs, doit regrouper une quarantaine de conférenciers de renom, dont Françoise David et le Dr Jean-François Chicoine.
Photo: Fred Dufour Agence France-Presse Ce colloque, qui célébrera le 100e anniversaire de l’Alliance des professeurs, doit regrouper une quarantaine de conférenciers de renom, dont Françoise David et le Dr Jean-François Chicoine.

À quelques semaines du dépôt probable d’un projet de loi sur les signes religieux, la laïcité reste un sujet « explosif » qui divise profondément les enseignants. La professeure Nadia El-Mabrouk, bien connue pour son opposition au port de signes religieux, a été bannie d’un colloque syndical auquel elle avait pourtant été invitée à livrer son point de vue.

Selon ce que Le Devoir a appris, la direction de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal a annulé l’invitation faite à Mme El-Mabrouk après l’éclatement d’une controverse chez les enseignants. La simple présence prévue de la professeure de l’Université de Montréal au colloque de l’Alliance a provoqué un « malaise » au sein de la profession, et même des « commentaires violents » dans un groupe de discussion Facebook.

L’assemblée des délégués du syndicat a voté à la majorité l’annulation de la conférence de Nadia El-Mabrouk sur la laïcité au colloque de l’Alliance, prévu les 18 et 19 février 2019. La professeure a aussi été bannie d’une table ronde sur le féminisme où elle devait prendre part avec la journaliste Pascale Navarro.

Ce colloque, qui célébrera le 100e anniversaire de l’Alliance des professeurs, doit regrouper une quarantaine de conférenciers de renom, dont Françoise David et le Dr Jean-François Chicoine. Ils aborderont une série de thèmes plutôt consensuels, comme l’école de demain, la gestion de classe, les jeux vidéo, le déficit d’attention, et ainsi de suite.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Nadia El-Mabrouk estime être victime de censure.

Les deux événements auxquels devait participer Nadia El-Mabrouk ont cependant mis le feu aux poudres. Cette expulsion de la conférencière sur fond de désaccord idéologique soulève la grogne au sein de l’Alliance. Des enseignants dénoncent cette « censure » digne des curés du siècle dernier. D’autres se réjouissent de ne pas être exposés à des idées contraires aux positions officielles du syndicat.

Des sujets « assez sensibles »

« Je vous écris pour vous faire part du malaise que certains profs ont ressenti en recevant le programme du colloque, hier matin, dans leur milieu. En effet, dans le résumé de votre conférence, il est question de sujets assez sensibles chez les profs ; port de signes religieux, cours d’ECR [éthique et culture religieuse], cours à la sexualité, bref, tout cela est assez explosif en ce moment. Nous n’avions évidemment pas prévu que la CAQ serait portée au pouvoir au moment où nous vous avons demandé votre intérêt à participer à ce colloque », indique l’Alliance dans un courriel à Nadia El-Mabrouk daté du 11 décembre 2018.

La présence de la professeure au colloque a été annulée le soir même par l’assemblée des délégués. Le conseil d’administration du syndicat s’est plié à la décision des délégués, même s’il avait recommandé de maintenir la conférence et la table ronde où Nadia El-Mabrouk était invitée.

« Le conseil d’administration a expliqué que cette personne-là avait été choisie même si elle n’avait pas nécessairement les mêmes opinions et orientations que notre organisation syndicale », explique Catherine Renaud, présidente de l’Alliance.

« On n’est pas toujours obligés d’entendre des gens qui pensent comme nous. Ça permet d’échanger et de faire progresser notre réflexion, ajoute-t-elle. On n’a jamais l’unanimité sur des sujets comme ça qui sont polarisants. Il y a des pour et des contre, et pour certains, c’est viscéral. Ce n’est pas différent de ce que pense la population de ces enjeux-là. »

Les syndicats d’enseignants, dont l’Alliance, s’opposent officiellement à l’interdiction du port de signes religieux que le gouvernement Legault a promis d’étendre à la profession enseignante. « On ne veut surtout pas que ces personnes-là soient congédiées non plus », précise Catherine Renaud.

« Censure » syndicale

Luc Charlebois, enseignant de francisation à l’école secondaire Louis-Riel, dans l’est de Montréal, est fâché. Il s’insurge contre ce qu’il considère comme de la « censure ». « La proposition [de retirer l’invitation à la professeure El-Mabrouk] a été amenée sur le plancher à la dernière minute, sans consultation des membres. Il y a un gros problème de démocratie syndicale », dit-il.

La professeure a été officiellement mise au ban à cause de ses positions sur l’identité des genres. Dans une chronique dans La Presse +, elle a déjà dit craindre que les cours d’éducation à la sexualité enseignent « l’idéologie queer ». Elle estime que ce phénomène devient une véritable « religion ». Elle déplore que cette seule mise en garde lui vaille d’être traitée de transphobe.

« Une accusation de transphobie, c’est une attaque à ma réputation. Ces gens n’ont sûrement pas lu mes articles », dit Nadia El-Mabrouk au Devoir.

« La vérité, c’est qu’on me censure. Si ma vie n’est pas en danger en allant au colloque, il n’y a pas de problème à ce que j’y sois. Il y a un débat sur la laïcité qui s’en vient [avec le dépôt promis du projet de loi du gouvernement Legault], et là, on est en train de faire de l’intimidation. Les gens n’osent pas s’exprimer sur les signes religieux par crainte d’être taxés de racisme », dit la professeure d’informatique.

145 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2019 03 h 15

    Hihihi... Les simples bacheliers sont maintenant des PROFESSEURS

    Hihihi... Les simples bacheliers ou autres sont maintenant des PROFESSEURS... Ils sont un peu plus de 120,000 enseignants (les 3 niveaux: primaires, secondaires, et FP)... Environ 1/3 de ces personnes ne détient par de parchemin du premier cycle universitaire (baccalauréat)... Maintenant, tous des professeurs... qu'ils se disent... Hihihi. Ils ne sont même pas capables de se désigner par leur vrai titre d'emploi. Ils ne s'agit pas de PROFESSEURS, mais uniquement d'enseignants. D'ailleurs la convention collective le spécifie bien: enseignants. Cela donne idée où le Québec en est rendu dans les superlatifs usurpés pour "grandisement des petits lapins roses" et les intentions noiseuses...

    Et l'on se pose des questions sur la faillite du système d'éducation du Québec...

    • Jean-Philippe Grondin - Abonné 25 janvier 2019 08 h 26

      Je ressens toujours un (petit) malaise devant le fait de désigner un enseignant par le titre de professeur. J'ai longtemps pensé qu'il s'agissait d'une sorte de déplacement sémantique (ou culturel).Cependant, quand je farfouille dans mes dictionnaires favoris, il apparaît que l'usage consacré est passablement libéral. Ça n'infirme en rien le diagnostic de la "faillite du système d'éducation du Québec", mais il faudra peut-être chercher des symptômes ailleurs.

    • Jean-René Jeffrey - Inscrit 25 janvier 2019 08 h 27

      "Après son doctorat en informatique théorique de l’Université Paris VII, elle a rejoint le Québec pour effectuer un stage Postdoctoral au Centre de Recherche Mathématiques de l’Université de Montréal. Elle est actuellement professeure titulaire au Département d’Informatique de l’Université de Montréal."
      Véfiez vos sources M. pelletier avant de faire des Hihihi. Cette femme porte bien le titre de Professeure. Une personne qui enseigne au cycle supérieur: cegep et université, ça porte le titre de Professeur.e

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 25 janvier 2019 08 h 52

      Effectivement, on se donne facilement du «professeur» au Québec, comme s’il n’y avait pas tout un écart d’études et de connaissances entre l’instituteur du primaire et le professeur d’université !

      Selon qu'il s'agit d'enfants (écoliers), d'adolescents (élèves), ou d'adultes (étudiants), les instituteurs (trices) enseignent aux écoliers du primaire, les enseignants (es) enseignent aux élèves du secondaire et les professeurs (es) enseignent aux étudiants en études postsecondaires et universitaires.

    • David Cormier - Abonné 25 janvier 2019 08 h 57

      Merci pour cette mise au point. Ça me fait toujours rire moi aussi quand j'entends le terme "professeur" pour désigner un enseignant du primaire ou du secondaire. Mais en l'occurrence, j'y vois plutôt une lacune de la part du journaliste que des enseignants eux-mêmes.

    • Richard LaBrie - Abonné 25 janvier 2019 10 h 23

      Jean-René Jeffrey, apprenez à lire avant de faire la morale aux autres. Serge Pelletier parlait des enseignants au primaire et secondaire

    • André Joyal - Inscrit 25 janvier 2019 10 h 32

      Monsieur Jeffrey: de toute évidence vous n'êtes pas un habitué de ce forum, car vous n'avez rien compris du message de l'habitué et toujours pertinent Serge Pelletier. Ce n'est pas à la professeure El-Mabrouk qu'il s'en prenait, mais à cette alliance bien-pensante d'instituteurs.
      A.J professeur retraité et associé à l'UQ

    • Elyane Borowski - Abonnée 25 janvier 2019 13 h 05

      Je n'aurais jamais pu imaginer que des lecteurs du Devoir puissent débattre (?) de façon aussi méprisante au sujet de "noms de fonction" à utliser en éducation, et ce dans le but de saper la légitimité d'opinions avec lesquelles on est en désaccord. De plus, ces commentaires sont lamentables, d'une médicocrité ahurissante et d'un élitisme bête que l'on croyait dépassé. Au-delà du mépris à l'égard de ce que ces commentaires nomment avec beaucoup de condescendance des "instituteurs", qui sont pourtant le socle de notre système éducatif, celui qui détermine l'avenir des enfants, celui à côté duquel l'enseignement universitaire a une influence bien moins primordiale, elles reflètent également une grave ignorance sémantique en ne faisant pas la distinction entre "profession" et "statut": le statut de ceux et celles qui enseignent en maternelle, au primaire et au secondaire est bien "enseignant", mais leur profession, par contre, est bien "professeur", le plus beau des métiers. Une précision : j'ai enseigné pendant toute ma carrière à l'université...

    • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2019 13 h 37

      Monsieur Jeffrey le titre de profeseur n'est pas mis en cause pour Madame Nadia El-Mabrouk. Elle enseigne à l'Université de Montréal et y détient le titre de professeur. Ce titre de professeur n'est pas accordé aux chargés de cours, et le titre de professeur est reconnu notamment dans les conventions collectives, la législation québécoise et canadienne. De plus, avant d'octroyer le titre de professeur, à un individu quelconque, il y a des comités interdépartementaux et il est nécessaire que la communauté de professeurs concernés soit favorable à l'octroie du TITRE. Il y a différents niveaux de "grades titrés" selon les universités: professeur titulaire, professeur émérite, professeur agrégé, maître de conférence, etc. J'ajoute qu'un chargé de cours universitaire n'est pas un professeur.
      Au niveau collégial, il n'y a aucun professeur. Ce sont des enseignants. De plus, il n'existe aucune norme d'accès à la fonction d'enseignant au niveau collégial. C'est le service des ressources humaines qui décide qui sera embauché comme enseignant. Comme il y a absence de directive gouvernementale n'importe qui peut se voir attribué un enseignement quelconque au niveau collégial. Cela peut aller d'un palfrenier expliquant les "calèches de Montréal" à un tenant de "Raël" venant discourir sur les bienfaits de la mast... cosmique. Certains possèdent des parchemins de premier, second et rarement de troisième cycle universitaire (ce qui n'en fait pas des professeurs), d'autres n'ont que la pratique d'un métier quelconque. Mais la grande majorité n'y sont que par copinage, népotisme, favoritisme, etc. Quant au fait que vous mentionniez qu'il s'agit de "professeur", du moins selon les résultats de vos recherches, vous devriez "rechercher" le comment ils se nomment dans les législations habilitantes, y compris les conventions collectives liant l'État à leurs associations accréditées de salariés (syndicats): Accord entre le syndicat des enseignants du collège de... et le GV-Q.

    • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2019 14 h 10

      Madame Rodrigue, bien que j'apprécie votre commentaire il est nécessaire de mentionner qu'au niveau collégial il s'agit d'enseignants et non pas de professeurs.

      Ce sont eux, entre-eux, dans ce milieu, qui se donnent à tour de bras le qualificatif de "professeur"... En fait, ils recherchent une "promotion sociale" qui n'est pas leur. Cela parait bien de le dire en salle à des étudiants... à côté du piano devant la visite... Mais, en réalité, de professeur il n'en est rien.

      Pour ce qui est des qualitatifs d'étudiant et d'élève. Il y a mélange. Toute personne peut importe l'âge qui fréquente le milieu éducatif de nineau primaire, secondaire ou en formation professionnelle est un élève. Cette personne est régie par la Loi sur l'Instruction publique, des directives, les énoncés de politiques, etc. du MELS (anciennement MEQ). En aucun moment dans les diverses paperasses qui sont émisent par le MELS ces gens sont dénommés et/ou qualifiés "d'étudiants". Toujours il est mentionné "l'élève"...

      L'étudiant, lui, est la personne qui fréquente les niveaux collégiaux ou universitaires. Là encore sans égard à l'âge.

    • Serge Pelletier - Abonné 25 janvier 2019 16 h 24

      Mme Borowski, un chat c'est un chat. Le chat a bien beau se prendre pour un félin féroce, il demeure un chat.
      Tout comme un enseignant, c'est un enseignant. L'enseignant a bien beau se prendre pour un professeur, il demeure un enseignant.
      Hors les qualifications scolaires/académiques nécessaires pour un enseignant de niveau secondaire, primaire, ou collégial sont loin de celles d'un professeur.
      Quand l'on se dit, comme vous, une retraitée du système universitaire, normalement l'on doit savoir l'importance des qualificatifs, des désignations, des noms. Hors, l'excuse que peut-être la "journaliste" - qui normalement doit avoir à son crédit quelques études universitaires ne la justifie aucunement de galvauder un nom comme bon lui semble. Ni d'ailleurs au chef de pupitre et au titreur de verser dans le galvaudage de nom - et de publier le galvaudage de nom.

    • Jean-René Jeffrey - Inscrit 26 janvier 2019 09 h 03

      http://correspo.ccdmd.qc.ca/index.php/document/ens
      "Professeure, professeur
      Professeur désigne toute personne spécialisée dans l'enseignement d'une discipline, d'un art, d'une technique. Par le fait même, le terme désigne toute personne qui enseigne dans un établissement secondaire, collégial ou universitaire. Il s'abrège en pr, pre, prs, pres (sans point) et, familièrement, en prof (sans point non plus)."
      Comme on peut le voir, le consensus n'est pas évident...

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 26 janvier 2019 10 h 16

      M. Pelletier.
      Les éducateurs de l’enseignement au collégial sont des enseignants et non des professeurs, je vous l’accorde.

      Un peu plus dubitative cependant quant au terme général, «élève», utilisé par le MELS (référence d’autorité oblige!) - pour qualifier la clientèle scolaire de tous acabits.

      Question d’opinion: les mots écolier (primaire), élève (secondaire) et étudiant (postsecondaire et universités) me semblent plus appropriés.

  • Yvon Pesant - Abonné 25 janvier 2019 04 h 23

    De mâle en pis

    Si c’est rendu que, dans le cadre d’un colloque s’adressant à des professionnels de l’éducation, une organisation syndicale se refuse de faire un débat de fond sur un quelconque sujet chaud de l’heure sous prétexte que cela pourrait déplaire à certains qui se posent ou pas des questions sur leur identification sexuelle ou autre c’est que notre société est rendue mal barrée pas qu’un peu avec des membres d’un comité organisateur d’un colloque syndical qui craignent de s’y retrouver confrontés à des gens sensibles au point de peut-être se faire menaçants. Peut-être pas. Qui sait?

    Quand un syndicat se met à la censure parce qu’il a peur de se trouver face à des pancartes...!!! Là, bout d’viarge!, on est en droit de se poser des questions quant à savoir où on est rendu vraiment.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 25 janvier 2019 04 h 28

    Forward... to the past!

    Au Québec, comme ailleurs en Occident, la gauche n'existe plus. Surtout pas dans les syndicats! On se croirait revenus à l'époque de la CTCC, avec des prêtres d'une nouvelle religion pour assurer l'orthodoxie. La différence avec cette époque, c'est que malgré le contrôle de l'Église, il y avait quand même quelques préoccupations progressistes à la CTCC.

  • Claude Bariteau - Abonné 25 janvier 2019 05 h 31

    OUF. Il y a là un acte d'exclusion. Les autres invité/e/s à ce colloque doivent choisir.

    Pour les personnes inscrites, elles peuvent annuler leur participation, car la maintenir serait accepter la décision dérisoire de l'assemblée des délégués.

    Pour les personnes invités à exposer leurs vues, elles peuvent se désister, car ne pas le faire serait accepter l'annulation de la conférence de Mme Nadia El-Mabrouk.

    Ne seront alors présentes que les personnes qui accpetent la censure de l'assemblée des délégués, une censure qui s'explique, lit-on dans cet article, par des divergences de vues, la ligne du Syndicat en question et des courriels dénonçant l'expression de vues contraires à celles préconisées par des protestataires.

    La censure d'idées ne se combat que par des prises de position claire en faveur des débats. il en va du respect de règles élémentaires en démocratie.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 janvier 2019 07 h 35

      En fait, loin que les idées de madame El-Mabrouk soient de ce fait « censurées », ses supporteurs profiteront de l'occasion pour donner un grand coup de braoule de plus sur toutes les plateformes.

    • Marc Lacroix - Abonné 25 janvier 2019 09 h 09

      M. Maltais-Desjardins, le point de vue de Mme El-Mabrouk est — censuré — alors qu'il est aussi légitime que celui des "inclusifs"; pour régler un problème; ne pensez-vous pas qu'il est essentiel d'examiner toutes les hypothèses de travail intelligentes pour solutionner un problème ? Par ailleurs, les "inclusifs" tentent de faire passer — leur vision — en noyant leurs adversaires dans des flots de rectitude politique, plutôt que par la justesse de leurs arguments..., c'est de la censure ! M. Bariteau est tout à fait justifié de suggérer aux autres personnes invitées à exposer leur point de vue à annuler leur participation à un tel évènement !

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 janvier 2019 09 h 40

      Entendons-nous d'abord sur un point : je pense que ce n'était pas une bonne idée d'annuler cette invitation, ne serait-ce que parce que les membres se sont ainsi privés d'une belle occasion de la presser de justifier ses points de vue autrement qu'avec un audtitoire complaisant. J'apprends que Pascale Navarro a annulé sa participation en solidarité avec elle. C'est son privilège, comme c'est le vôtre et le mien de trouver que les uns ou les autres ont agi de façon judicieuse.

      Nous tomberions peut-être aussi d'accord pour dire que les voies de la démocratie ne sont pas forcément les mieux avisées. En tous cas, c'est ce qu'on ne s'est pas privé de rappeler à propos du gouvernement Couillard ces quatre dernières années et dont j'espère qu'on se souviendra le moment venu de juger de la pertinence du projet de loi de la CAQ.

      Pour que l'annulation de cette participation puisse être qualifiée de censure, il faudrait que l'Alliance ait exercé sur elle un pouvoir de coercition tel qu'elle aurait été privée de son droit de s'exprimer librement sur les questions de laïcité et d'identité de genre. Ce n'est évidemment pas le cas.

    • Gilles Théberge - Abonné 25 janvier 2019 09 h 44

      Je pense que cette situation est révélatrice de la mainmise de cette instance syndicale par un groupuscule,, alors qu’un autre « politburo » fait la pluie et le beau temps. On se croirait à QS, et à la coopérative de l’UQÀM... Toutes ces instances laissent entrevoir la bataille qui s’annonce lors du dépôt de la loi cadre sur la laïcité.

      Et dans cette histoire, je me demande bien qu’est-ce que madame Françoise David va faire. Va t’elle se solidariser avec la victime de la censure et renoncer à participer à ce simulacre, ou va t’elle faire comme d’habitide siffloter en regardant ailleurs...

    • Jean-François Trottier - Abonné 25 janvier 2019 10 h 04

      .... avec raison, M. Maltais Desjardins. On peut, comme vous, railler prétentieusement des "supporteurs".
      On peut aussi considérer qu'ils en ont le devoir. Cuillère à marde ou pas.
      Ce ne sont pas ses idées mais sa présence qui est censurée. On ne PEUT PAS censurer des idées, vous saviez?

      On comprend que les milieux syndicaux aient, pour raisons de négociations toujours présentes, une définition très restrictive du mot "solidarité" dont ils font un usage quotidien : la parole est permise jusqu'au moment du vote. Après, tout le monde doit absolument se plier au choix de la majorité.

      Ledit choix sera défendu bec et ongle autour d'une table éventuellement : l'appui de tous est nécessaire dans ce cas.
      Les syndicats sont des groupes de pression et de négociation.

      Dans un colloque, fut-il organisé par un syndicat, des professionnels discutent entre eux. Quand on en soustrait des personnes dont l'opinion diverge, la Solidarité silencieuse devient maladive.
      Il est czpital de le dire malgré ceux qui piaillent aux opportunistes. Comme quoi vaut mieux être "supporteur" que nervi.

      Une telle définition de Solidarité est inacceptable sur la place publique, par exemple quand un Parti impose le huis-clos sur un sujet d'intérêt général (Tiens? Quel sujet au juste?), toujours pour motifs de de laisser une impression de Solidarité sur le modèle syndical, aussi immuable qu'un mur idéal de prétendue "vérité".

      Alors la Solidarité devient carrément anti-démocratique : la démocratie doit continuer à se vivre APRÈS un vote. Il existe deux exceptions connues : les groupes de pression aux visées précises, donc PAS des partis, et le caucus des ministres pour raison d'affaires en cours aux implications complexes.
      La Solidarité comme terme de ralliement politique est très suspecte... sinon "braoulienne". Je pense soudain à Ubu.

      Cette censure aura des réactions? C'est éminemment souhaitable, comme pour toute position qui se veut supérieure et, je me retiens de rire, "vraie".

    • André Joyal - Inscrit 25 janvier 2019 10 h 36

      Merci à notre «ami» RMD et à Google pour contribuer à enrichir notre vocabulaire.

      Braoule: Pelle utilisée pour ramasser le fumier; (Familier) (Par analogie) (Québec) Grande cuillère, le plus souvent une louche à soupe.

      C'est aussi le nom d'un commerce à Roxton Pond pq.

    • Danielle Jasmin - Abonné 25 janvier 2019 11 h 22

      Totalement d'accord avec vous, monsieur Baribeau !

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 janvier 2019 11 h 56

      En passant, je ne savais pas qu'une braoule était aussi une pelle à fumier. Désolé si le propos semblait donc porter une intention malveillante qu'il n'avait pas.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 janvier 2019 15 h 37

      Permettez-moi d'insister, monsieur Trottier. Il n'y avait rien de méprisant dans la remarque. Même si à mon avis l'accusation de censure et l'opportuniste évocation des supposées dérives d'une gaugauche solidraire sont assez injustes, je trouve parfaitement légitime que les gens qui estiment Nadia El-Mabouk et ses opinions s'offusquent tant qu'ils voudront de cette annulation. C'est de bonne guerre. En revanche, elles ne doivent pas s'attendre à ce qu''on se liquéfie de culpabilité pour autant.

    • Carmen Labelle - Abonnée 25 janvier 2019 15 h 44

      Monsieur Maltais-Desjardins, je vous recommande fortement la lecture du livre, aujourd'hui paru et très à propos «Liberté surveillée» un collectif dirigé par Normand Baillargeon, le chantre et défenseur de la liberté d'expression qui cite depuis un bout de temps Noam Chomsky «En ce qui concerne la liberté d’expression,il y a deux positions : ou vous la défendez vigoureusement pour les idées que vous détestez, ou vous la rejettez et préférez les standards stalinistes fascistes» "Chomsky on Anarchism" AK Press, 2005» Il y a aussi cet extrait de l'émission corde sensible» sur la censure àl'UQUAM où N"Baillargeon explique «Être en faveur de la liberté d’expression, c’est être en faveur de l’expression d’idées avec lesquelles on est en désaccord et même qui nous répugnent et d’idées qu’on déteste. C’est ça être en faveur de la liberté d’expression. Sinon vous n’êtes pas en faveur de la liberté d’expression. En faveur de l’expression des idées que j’aime c’était la position de Staline». Pour qu'il y ait débat, il faut une diversité d'idées qui se confrontent les unes aux autres. Sinon ce n'est que de la masturbation intellectuelle

    • Pierre Brosseau - Abonné 25 janvier 2019 15 h 53

      Françoise David, le Dr Chicoie et Pascale Navarro devraient se retirer de ce colloque fermé aux opinions diverses à moins que ces personnes ne partagent l'opinion de ces délégués-censeurs qui ne veulent entendre que leur petite musique.

    • Jean-François Trottier - Abonné 25 janvier 2019 16 h 01

      M. Maltais Desardins,

      pas besoin de connaître le sens du mot braoule pour constater tout votre mot initial était imbu de malveillance.
      Un minimum d'introspection pourrait vous permettre d'assumer un peu vos errements pontifiants. Je dis ça comme ça.

      Quant à sa suite, "Nous tomberions peut-être aussi d'accord pour dire que les voies de la démocratie ne sont pas forcément les mieux avisées." est le genre de pensée développée par ceux qui privilégient la vérité sur la réalité. Seconde fois que je vous prend en flagrant délit de rigorisme, sinon d'idéologie à la limite du déisme.
      Je ne puis qu'être un peu goguenard, c'est bien le moins. Nous allon sûrement nous entendre sur ce point : vous êtes loin en ta de toute forme d'humanisme. N'est-ce pas ?

      Tous les dictateurs ont cru avoir raison malgré la démocratie.
      Pour préciser, jamais l'aboition de la peine de mort n'aurait passé si l'on avait respecté la volonté des gens. La réalité est que notre démocratie est basée sur un mandat et non sur des décisions à la pièce.

      Les gens sont plus ou moins avisés. Leurs décisions tout autant. Ça ne remet en rien les voies de la démocratie en question. Et je ne suis pas du tout d'accord avec votre assertion.

      Et coimme vous prônez en toute éthérité qu'il n'y ait aucune règle sur le port des signes religieux, vous me semblez terriblement tiède à l'idée que la diversité des opinions en prenne pour son rhume lors de ce colloque.

      Encore une vision politique à géométrie variable selon le messager. Bof.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 janvier 2019 16 h 17

      Madame Labelle, sans vouloir manquer de respect aux « chantres » de la liberté d'expression, je soumets à l'appréciation des lecteurs éventuels que les deux exemples que vous donnez sont des sophismes de la fausse alternative qu'on ne pourrait par ailleurs trancher qu'en se rangeant sous l'autorité de ces remarquables personnes (elles le sont, ce n'est pas en cause) ou en suivant la pente fatale, soit deux autres sophismes.

    • Carmen Labelle - Abonnée 25 janvier 2019 16 h 45

      M.Maltais Desjardins, quand la rhétorique fait dire n'importe quoi pour réfuter le plus fondamental des droits ,la liberté d'expression , on a un gros problème

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 janvier 2019 21 h 45

      Pauvre monsieur Trottier... je renonce.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 janvier 2019 21 h 46

      Madame Labelle, la liberté d'expression n'est pas une marque déposée par ceux dont vous vous faites ici le héraut.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 26 janvier 2019 11 h 01

      M. Lacroix, bien d'accord avec vous, Mme El-Mabrouk est bel et bien censurée pour ses opinions.

      Or, la censure est une arme intellectuelle de destruction massive à l'usage des faibles, vêtus d'un principe d'autorité.

    • Carmen Labelle - Abonnée 26 janvier 2019 11 h 33

      Monsieur Maltais Desjardins, votre cpndescendance sur ce site n'a d'égal que votre fausse érudition

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 janvier 2019 13 h 00

      Votre courtoisie est sans égal, madame Labelle. On argumente comme on peut.

  • Sylvain Deschênes - Abonné 25 janvier 2019 05 h 37

    Doctrinaires obtus

    Les doctrinaires obtus veulent vraiment la peau de la démocratie.
    Invoquer le "sujet sensible" pour justifier la censure ressemble fort au comportement des organisations noyautées.
    Il y en a d'autres.

    • Rino St-Amand - Inscrit 25 janvier 2019 10 h 41

      Ça me rappelle un commentaire que j'ai formulé suite à la chronique de Christian Rioux du 4 janvier dernier, qui a été refusé, malgré qu'il ne dérogeait en rien à la politique des commentaires affiché sur le site du Devoir.