Revisiter la jeunesse sous toutes ses facettes

Gabrielle Brassard-Lecours Collaboration spéciale
Les jeunes d’aujourd’hui sont souvent surqualifiés pour leur emploi, note María Eugenia Longo, professeure à l’Institut national de recherche scientifique.
Photo: Benjamin Robyn Jespersen Unsplash Les jeunes d’aujourd’hui sont souvent surqualifiés pour leur emploi, note María Eugenia Longo, professeure à l’Institut national de recherche scientifique.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Premières nations et jeunes inuits, éducation, citoyenneté et culture, santé et bien-être et emploi et entrepreneuriat ; voilà les grands thèmes d’une nouvelle chaire de recherche sur la jeunesse qui vient d’obtenir un important financement afin de faire le portrait et d’améliorer les conditions de la jeunesse québécoise d’aujourd’hui.

Alors que l’on sait que la population québécoise et canadienne est plutôt vieillissante, pourquoi mettre sur pied une chaire de recherche axée sur la jeunesse ? « Si les jeunes sont moins nombreux, ils sont ils sont quand même davantage affectés par certains problèmes sociaux que l’on doit aborder », explique María Eugenia Longo, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et cotitulaire de la Chaire-réseau de recherche sur la jeunesse du Québec (CRJ).

Cette chaire s’inscrit dans une volonté de dresser un portrait des réalités des 15-29 ans, mais a aussi la volonté d’influencer les politiques publiques pour améliorer les conditions de cette tranche d’âge, dans toutes les sphères de la vie. « Les jeunes d’aujourd’hui sont souvent surqualifiés, et travaillent en dessous de leurs qualifications. Ils ont accès à l’emploi, mais ils concentrent la plus grande proportion des emplois atypiques précaires », observe Mme Longo. Même chose dans d’autres domaines, comme la santé. De par leur âge, les jeunes ont moins de problèmes de santé, mais ont peu accès à une continuité des services, et vivent d’autres types de problèmes, notamment en santé mentale.

Pour Mme Longo et les nombreux partenaires de la Chaire-réseau, qui vient d’obtenir un important financement pour mener à bien ses études, il est important d’actualiser le portrait de la jeunesse québécoise. Mme Longo est également directrice de l’observatoire Jeunes et société, qui a célébré ses 20 ans en 2018. Cette instance était l’une des premières à s’intéresser aux jeunes et réunissait chercheurs, institutions et organismes et acteurs qui interviennent auprès des jeunes. « Auparavant, l’Observatoire s’intéressait aux problèmes de chômage chez les jeunes. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’autres enjeux », raconte la chercheuse.

Une jeunesse diversifiée de toutes parts

« Habiter dans un grand centre ou dans une région très éloignée, continuer les études longtemps ou intégrer rapidement le marché du travail, vouloir concilier travail-famille ou ne pas vouloir le faire du tout ; tout ça construit la diversité de la jeunesse », constate Mme Longo. La politique jeunesse doit donc prendre en compte toutes ces différentes réalités, qui passent parfois par la vulnérabilité, selon la scientifique. Les jeunes d’aujourd’hui réfléchissent plus à leurs choix de vie et ont des parcours moins linéaires, explique-t-elle, ajoutant que la jeunesse est beaucoup plus diversifiée qu’avant. Non seulement en matière d’origines ethniques, mais aussi socio-économiques et par leurs projets de vie, très différents d’un jeune à l’autre et en fonction du contexte dans lequel ils évoluent.

Défaire les stéréotypes

Si la Chaire détient déjà certaines données ainsi que des résultats d’études jamais publiées grâce à l’apport de tous les partenaires de l’initiative, Mme Longo est persuadée de découvrir de nouveaux faits au cours des six prochaines années. Elle espère notamment défaire certains stéréotypes entourant les jeunes d’aujourd’hui. Par exemple, des études déjà existantes montrent qu’il y a certains préjugés chez les employeurs concernant les individus appartenant à ce groupe d’âge, comme le fait qu’ils ne veulent pas travailler, ou qu’ils acceptent de le faire, mais à leurs conditions. « Mais ce n’est pas un fait vérifié par la recherche », affirme la directrice.

De la recherche transversale

Fait rare dans le domaine de la recherche, où normalement un chercheur principal chapeaute une étude sur une thématique précise, la Chaire-réseau jeunesse a quatre cotitulaires d’établissements différents. En plus de Mme Longo, associée à l’INRS, on compte Sylvain Bourdon de l’Université de Sherbrooke, Natasha Blanchet-Cohen de l’Université Concordia et Martin Goyette de l’École nationale d’administration publique.

« Notre valeur ajoutée, c’est d’avoir un cumul important de connaissances de partout au sein de la chaire. Il manquait cette infrastructure qui puisse être un endroit où on réfléchit à la jeunesse et où on construit les ponts avec les organismes, les acteurs qui sont avec les jeunes tous les jours, les gouvernements provincial et fédéral », explique la cotitulaire Longo.

Les quatre chercheurs piloteront chacun leurs axes de recherche, qui regroupent une trentaine de chercheurs associés divisés dans 25 chantiers de recherche. La chaire pourra aussi compter sur la collaboration de 79 cochercheurs et de 42 collaborateurs dans 14 universités différentes. Par exemple, dans le domaine de l’emploi, les chantiers de recherche porteront notamment sur les compétences, l’entrepreneuriat, la précarité, la conciliation travail-études et la relève dans l’emploi.

La CRJ est financée par les Fonds de recherche du Québec-Société et Culture et le Secrétariat à la jeunesse (qui fait partie du ministère du Conseil exécutif). Elle bénéficie d’un financement exceptionnel de plus de 4,5 millions de dollars sur six ans et s’inscrit dans la Politique québécoise de la jeunesse 2030. L’une des missions de la chaire sera entre autres d’évaluer cette politique pour la bonifier en tenant compte des nouvelles réalités de la jeunesse québécoise. La Politique vise la mise en œuvre d’actions concrètes en faveur des jeunes pour les accompagner dans leur parcours vers l’autonomie.

Mme Longo confie également qu’il y aura un site Web où la population pourra suivre les résultats de recherche de la CRJ en permanence. « L’idée, c’est de créer des ponts entre toutes les sphères qui concernent la jeunesse et que les données soient accessibles à tout le monde. Ça fait partie de notre approche participative », affirme la cotitulaire.