Au tour des cadres scolaires de manifester leur impatience

Les cadres scolaires des réseaux primaire, secondaire et collégial protestent contre l'inertie du gouvernement au sujet de leurs demandes de révision de leur structure salariale, qui pourrait donner lieu à des ajustements d'une vingtaine de millions de dollars.

Au nombre des victimes de ces protestations dirigées vers le ministère de l'Éducation (MEQ) se trouve la consultation entourant le projet de régime pédagogique présenté par le MEQ, laquelle est boycottée par quelques associations de cadres scolaires.

«Malgré tous les efforts investis à faire progresser le dossier, malgré notre ténacité, le gouvernement n'a pas livré la marchandise», écrivait récemment, dans un bulletin interne, le président de l'Association des cadres scolaires du Québec (ACSQ), Michel Simard, invitant ses membres à se «désengager de l'ensemble des activités de collaboration avec le MEQ et les autres partenaires du réseau, si nécessaire».

L'objet de ce mouvement d'insatisfaction, c'est un plan de classification des emplois attendu et demandé par les associations de dirigeants scolaires depuis 2001, sur lequel le secrétariat du Conseil du trésor semble mettre un frein, au moment où il devait faire consensus. La démarche d'harmonisation vise à redresser la structure salariale des cadres de l'éducation, en comparaison avec des emplois de la fonction publique et du réseau de la santé et des services sociaux.

«Il ne s'agit pas d'une négociation», précise le président de la Fédération québécoise des directeurs d'établissement d'enseignement (FQDE), Serge Morin. «L'enjeu, c'est un réajustement d'environ 3,5 % sur la masse salariale totale, ce qui correspondrait à environ 23 millions de dollars. Mais le processus est complètement bloqué actuellement au Conseil du trésor.»

Même si le ministère de l'Éducation a participé à ces travaux et donné son aval à une étude qui est actuellement entre les mains du Conseil du trésor, les cadres scolaires ont appris à la fin avril que «le dossier n'avait pas de perspectives de règlement satisfaisant dans des délais rapprochés», a indiqué hier Denis Roy, président de l'Association des directeurs généraux des commissions scolaires (ADIGECS), une des associations qui a entrepris des actions symboliques dirigées contre le MEQ.

Quelque 6000 cadres des réseaux primaire, secondaire et collégial seraient touchés par ce réajustement, qui donnerait lieu dans 60 % des cas à des hausses de salaire voguant de 1 à 7 %, mais ne changerait toutefois rien pour les autres gestionnaires.

Mécontents de voir ce dossier traîner sous prétexte d'une santé financière gouvernementale fragile, les associations de cadres scolaires ont écrit la semaine dernière à la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, pour demander de la rencontrer. Au MEQ, on a indiqué cette semaine que des pourparlers sont engagés entre les deux instances, sans plus de détails.

«Que s'est-il passé? Le secrétariat du Conseil du trésor a-t-il cherché la bête noire ou le prétexte de ne pas donner suite au dossier dans un contexte politique et budgétaire peu favorable?», demandait récemment l'ACSQ dans son bulletin interne.

Pour l'instant, explique Denis Roy, les moyens de pression sont dirigés contre le MEQ et visent à «mettre du sable dans l'engrenage». Les communications sont au ralenti, des comités de travail conjoints avec le MEQ sont boycottés et certaines associations ont aussi sciemment décidé de ne pas participer au processus de consultation entourant le régime pédagogique remodelé, dont l'échéance est fixée au 21 mai prochain.

«Il n'y a pas de raison que les cadres du réseau scolaire soient moins bien payés que ceux de la fonction publique et du réseau de la santé», déplore Jean Perron, pdg de l'Association des cadres des collèges du Québec, qui regroupe quelque 900 cadres. «C'est un manque flagrant de respect.» Cette association a d'ailleurs invité ses membres à écrire à la ministre Jérôme-Forget pour lui signifier le mécontentement du réseau.