L'insalubrité crée de la grogne sur le campus de l'UdeM

La communauté universitaire n’en peut plus de la saleté qui règne trop souvent dans des salles de classe, des corridors, des cafétérias, des cliniques, des laboratoires et même des douches et des vestiaires de l'Université de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La communauté universitaire n’en peut plus de la saleté qui règne trop souvent dans des salles de classe, des corridors, des cafétérias, des cliniques, des laboratoires et même des douches et des vestiaires de l'Université de Montréal.

Essaims d’insectes, planchers crasseux, poubelles qui débordent, toilettes nauséabondes : l’entretien ménager soulève la grogne à l’Université de Montréal, au point où des doutes ont surgi sur la salubrité de cliniques et de laboratoires de recherche situés sur le campus.

Selon ce que Le Devoir a appris, plusieurs dizaines de plaintes ont été formulées depuis l’été 2017 contre l’entreprise privée ayant obtenu un contrat de 15 millions de dollars sur cinq ans pour faire le ménage à l’UdeM. Excédée par « l’entretien déplorable » livré par la firme Peace Plus, la Direction des immeubles de l’Université a servi une série de mises en garde à l’entreprise depuis un an et demi.

La communauté universitaire n’en peut plus de la saleté qui règne trop souvent dans des salles de classe, des corridors, des cafétérias, des cliniques, des laboratoires et même des douches et des vestiaires du Cepsum — le complexe sportif du campus. Le mécontentement est généralisé, révèlent des documents internes de l’UdeM que Le Devoir a obtenus en vertu de la Loi sur l’accès aux documents publics.

15 millions
C’est la valeur du contrat de trois ans accordé à la firme Peace Plus pour s’occuper de l’entretien ménager des 17 000 locaux des campus de Montréal et de Saint-Hyacinthe de l’Université de Montréal.

« Sérieusement, j’en ai assez de cette problématique d’espaces sanitaires insalubres », écrit Carol Campagna, chef de l’entretien à la Division des immeubles, dans un courriel à des représentants de Peace Plus daté du 3 octobre 2018.

Deux jours plus tôt, il avait manifesté à la firme son « insatisfaction profonde sur le rendement de vos employés. […] Les mêmes problèmes se perpétuent de semaine en semaine sans que rien de constant ne soit mis en place », écrit-il avant d’énumérer une série de manquements à l’entretien relevés en matinée : saleté, déchets, cernes et poussière s’accumulent dans des ascenseurs, des toilettes, des abreuvoirs, une bibliothèque, des salles communes, des salles de cours, des escaliers et des vestiaires. « Ça n’a pas de sens ! », conclut-il.

« Le vestiaire E-2, juste à côté de votre bureau, est tout à fait dégoûtant. Je me suis fait attaqué [sic] par un essaim de mouches en ouvrant la poubelle. Il y a vraiment quelque chose qui ne fonctionne pas car il n’est pas normal que vos employés soient aussi négligents ou que votre système de gestion de la qualité laisse passer ces manquements », indique-t-il dans un autre courriel.

Période de rodage

Des messages d’insatisfaction comme celui-là ont été envoyés par dizaines depuis que la firme Peace Plus a obtenu par appel d’offres (étant le plus bas soumissionnaire) le mandat de faire l’entretien ménager à l’UdeM, en juin 2017. L’entreprise montréalaise a pourtant l’habitude des gros contrats : l’Université McGill, Aéroports de Montréal et le Palais des congrès de Montréal figurent parmi ses clients.

L’Université avait prévu une « période de transition » de quelques semaines devant permettre à la firme de se familiariser avec les 17 000 locaux des campus de Montréal et de Saint-Hyacinthe. Plus d’un an et demi plus tard, l’UdeM estime que la période de rodage est terminée. Il y a tout juste trois mois, l’entretien ménager restait pourtant insatisfaisant.

« Je crois qu’il est sérieusement temps que vous donniez une formation à vos employés pour le nettoyage conforme d’une toilette », indique un courriel de la Direction des immeubles à la firme Peace Plus, le 2 octobre 2018. Des courriels indiquent aussi qu’il n’y a pas assez de préposés au ménage pour faire le travail. Même en tournant les coins ronds, les employés laissent presque chaque jour des locaux sans entretien.

Photo: Université de Montréal Les enseignants doivent parfois s’occuper eux-mêmes de vider les poubelles qui débordent.

Résultat : la présence de mouches dans des laboratoires de la Faculté de médecine a donné lieu à une série de courriels alarmants. « Des mouches comme celles-ci peuvent avoir des conséquences très néfastes sur la recherche », indique un chef du laboratoire dans un courriel du 25 octobre 2017. « Les mouches peuvent être des contaminants pour les expériences, dans les incubateurs par exemple et sur les cultures, de même elles peuvent contaminer les équipements et les environnements qui devraient être stériles et pondre des oeufs Dieu sait où ! », ajoute ce gestionnaire.

« Pourriez-vous faire quelque chose pour régler le problème chronique de ramassage inadéquat des déchets ? Ça dure depuis des mois. L’accumulation de déchets dans les laboratoires représente un danger pour les étudiants et le personnel », a renchéri un professeur du Département de neurosciences.

Santé des patients

Encore en octobre dernier, des cliniques — notamment celles de l’École d’optométrie et de la Faculté de médecine dentaire — se sont inquiétées des risques de contamination des patients et du personnel à cause du piètre entretien ménager.

« On me dit qu’il y a eu des améliorations constatées dans les cliniques et, surtout, qu’en aucun cas la sécurité des patients n’avait été mise en cause », explique Geneviève O’Meara, porte-parole de l’Université de Montréal.

« Procéder à un changement de fournisseur pour un contrat d’entretien ménager d’un campus aussi grand et étendu que le nôtre demeure un défi. […] Nous constatons une amélioration, le nombre de plaintes a d’ailleurs diminué ces derniers mois », précise-t-elle.

L’entretien ménager est une « responsabilité partagée » entre Peace Plus (responsable du quart de nuit) et la Direction des immeubles. Plus encore, « notre inventaire des locaux n’était pas à jour lorsque Peace a obtenu le contrat. L’inventaire est important parce qu’au fil des ans, l’usage qu’on fait d’un local peut évoluer et cela a un impact sur le type d’entretien qui est requis selon les lieux. Nous sommes à terminer sa mise à jour et le plan à jour permettra de corriger des problèmes persistants », indique la porte-parole de l’UdeM.

Image ternie

De son côté, l’entreprise a reconnu faire face à de l’insatisfaction, sans se prononcer sur les causes des plaintes. « Nous sommes soucieux de l’insatisfaction des services d’entretien ménager. Nous traitons chacune des plaintes reçues et travaillons en partenariat avec l’Université de Montréal pour assurer une amélioration continue du niveau de propreté sur le campus », a indiqué par courriel Theodore Lazaris, vice-président et directeur financier de l’entreprise cofondée par ses parents en 1983.

La saleté des lieux représente un embarras non seulement pour les étudiants et le personnel, mais aussi pour l’image de l’université. « C’est honteux et gênant de recevoir des invités prestigieux, pour la majorité de l’étranger, dans de telles conditions », a dénoncé un représentant du Centre de recherches mathématiques dans un courriel que nous avons obtenu par la loi sur l’accès à l’information.

Les 2400 professeurs et les autres employés de l’Université, y compris des cadres supérieurs, ajoutent pour la plupart une tâche à leur horaire déjà chargé : passer le balai ou la vadrouille et vider les poubelles dans leurs locaux.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que la firme Peace Plus avait obtenu un contrat de 15 millions de dollars sur trois ans pour faire le ménage à l’UdeM, a été corrigée.

9 commentaires
  • Louise Collette - Abonnée 12 janvier 2019 06 h 16

    Vrai

    J'ai été à même de le constater, j'assiste aux Belles Soirées de l'Université et j'ai remarqué certaines choses dont l'état des toilettes, c'est navrant de voir ça. Quand j'allais à l'Université de Montréal c'était propre.
    Déprimant.

    • Marie Nobert - Abonnée 13 janvier 2019 13 h 58

      Rien à ajouter. Encore que... [...]. Bonne année! Sapine.

      JHS Baril

    • Louise Collette - Abonnée 13 janvier 2019 23 h 23

      Sapine ???!!!!
      J'avais totalement oublié, c'est vrai, je suis Sapine mais je ne me rappelle plus pourquoi j'avais choisi ce pseudo..... ça fait quelques années de ça, c'était dans une autre vie.
      Bon alors je ne sais pas qui vous êtes mais bonne année également.
      Faut croire qu'on se connaît.....
      SAPINE :-)
      P.S. Ah oui, je me rappelle maintenant le pourquoi de ce pseudo mais trop long à expliquer ici.....

  • Marguerite Paradis - Inscrite 12 janvier 2019 10 h 50

    À L'UNIVERSITÉ McGILL AUSSI

    Il faudrait aussi aller faire un tour à l'université McGill!

  • Benoit Genest - Abonné 12 janvier 2019 12 h 22

    Ne pas oublier l’aspect général du campus

    Il faut regarder le campus de loin pour en apprécier la qualité architecturale. De proche, c’est assez navrant avec tous ces matériaux en fin de vie. La façade de Roger Gaudry (briques sales, peinture écaillée) et les voies de circulation (chaussées et trottoirs défoncés) font peur à voir. Sans oublier la place de la Laurentienne et le stationnement étagé où tout semble émietté et ternis.

    Pour une université qui se targue d’être parmi les meilleures au monde, elle fait bien peu de cas de son apparence générale. Il serait temps de faire des travaux d’ensemble, plutôt que de tout rapiécer au fur et à mesure.

  • Andrée Le Blanc - Abonnée 12 janvier 2019 19 h 35

    Les merveilles de la sous-traitance...

    Je ne peux m'empêcher de penser combien de fois les employés du secteur public se sont fait dire que : "le privé fait tellement mieux, pour tellement moins cher". Il peut y avoir de la négligence et de la paresse, quelque soit le type de gouvernance, quelque soit le statut, syndiqué ou précaire des emplioyés. Tout dépend de l'esprit du service, de ses leaders et de ses politiques pour créer de vraies équipes de travail, capables de se solidariser et de se valoriser du travail bien fait. La maxime de la fable prétend que "Il y n'y a pas de sot métier, il n'y a que de sottes gens" : rendons ses lettres de noblesse au travail de ces employés qui veillent à la salubrité, chaïnon indispensable du bon fonctionnement et de la santé de tout établissement public.

  • Serge Trudel - Inscrit 13 janvier 2019 00 h 32

    Unanimité sur la saleté

    Le consensus semble bien démontré sur la malpropreté ambiante et générale de l'Université de Montréal, un établissement fortement surcoté à tous les niveaux...

    • Marie Nobert - Abonnée 13 janvier 2019 13 h 49

      Cette «métaphore»(!) est un pur délice. Au plaisir de vous relire!