Des services de garde «à deux vitesses» dans les écoles

Un débat d’urgence à ce sujet aura lieu lors de la prochaine séance du conseil des commissaires de la CSDM, au début du mois de janvier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un débat d’urgence à ce sujet aura lieu lors de la prochaine séance du conseil des commissaires de la CSDM, au début du mois de janvier.

Une journée pédagogique au parc aquatique, au zoo, au cinéma, à la cabane à sucre ou dans un centre d’escalade : les activités offertes aux élèves par les services de garde scolaires coûtent cher aux parents.

Lors de chaque journée pédagogique, les services de garde en milieu scolaire se divisent en deux catégories d’élèves : ceux qui participent à ces activités fort populaires et ceux qui doivent rester à l’école (ou à la maison) parce que leurs parents n’ont pas les moyens de payer ces sorties. Le phénomène prend une telle ampleur que des « services de garde à deux vitesses » risquent de se mettre en place dans les écoles publiques, prévient un document de la plus grande commission scolaire du Québec.

Ce document — la Politique sur la qualité des services de garde à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), adoptée en 2016 — vise notamment à « faire en sorte que tous les enfants d’un même service de garde aient accès aux mêmes activités ». Ce qui n’était pas le cas lors de son adoption il y a deux ans.

Un cas célèbre avait entraîné la mise en place de cette politique. À la rentrée de l’automne 2015, une école primaire du quartier Rosemont avait installé des jeux gonflables dans la cour de récréation. Les élèves n’avaient pas tous accès à la structure de jeu : seuls ceux dont les parents avaient payé 27 $ pour la location de l’équipement pouvaient l’utiliser. Les autres devaient jouer au service de garde à l’intérieur de l’école.

Ce genre de fracture causée par la classe sociale des familles crée un profond malaise dans les écoles, souligne Violaine Cousineau, commissaire indépendante à la CSDM. « Deux ans après l’adoption de la politique sur les services de garde, on a l’impression que des enfants sont toujours laissés pour compte à cause de la capacité de payer de leurs parents. On a baissé les bras et on ne voit pas l’ampleur de ça », dit-elle.

Vers un projet de loi

Les activités dans les services de garde scolaires seront encadrées par le projet de loi sur les frais facturés aux parents que prépare le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge. « On me confirme qu’il va en être question [des sorties en service de garde scolaire] », indique Francis Bouchard, attaché de presse du ministre Roberge.

De quelle façon ces frais pour des sorties en service de garde seront-ils encadrés ? Cela reste à voir. Des consultations en ligne auront lieu une partie du mois de janvier, puis en commission parlementaire une fois le projet de loi déposé.

Le ministre s’est engagé à déposer ce projet fort attendu au cours de la session parlementaire d’hiver. Le projet donnera suite à l’entente à l’amiable par laquelle les commissions scolaires se sont engagées à verser 153 millions de dollars aux parents d’élèves pour des fournitures ou des services scolaires qui auraient dû être gratuits, lors de la dernière décennie. Le projet doit clarifier les frais pouvant être facturés aux parents pour du matériel scolaire ou pour l’inscription à des programmes particuliers, comme le volet international, sports-études ou arts-études.

D’ici là, un débat d’urgence à ce sujet aura lieu lors de la prochaine séance du conseil des commissaires de la CSDM, au début du mois de janvier. Les commissaires Violaine Cousineau et Jean-Denis Dufort veulent savoir dans quelle mesure la politique sur les services de garde a incité les responsables à organiser des activités auxquelles tous les élèves peuvent participer, peu importe l’épaisseur du portefeuille de leurs parents.

D’après leur expérience — et des témoignages qu’ils ont recueillis auprès de parents —, les deux commissaires sont convaincus que des inégalités subsistent dans l’accès aux activités, surtout lors de journées pédagogiques. La commission scolaire a décliné notre proposition d’entrevue à ce sujet.

« On ne peut pas se contenter de voter une politique comme celle-là sans s’assurer qu’elle est appliquée », dit Violaine Cousineau.

Le prix à payer

Lors de l’adoption de la Politique sur la qualité des services de garde, en tout cas, les frais relatifs aux sorties variaient grandement d’une école à l’autre. Une compilation de toutes les sorties organisées en 2013-2014 par les services de garde de la CSDM démontrait que le prix des activités influençait la participation (ou non) des élèves.

Quelques exemples parmi des centaines :

sortie à 23 $ au cinéma IMAX et au Centre des sciences, 30 % des élèves restent à l’école ;

sortie à 28 $ dans un musée, le tiers des élèves restent à l’école ;

sortie à 28 $ aux glissades de Saint-Jean-de-Matha, 41 élèves sur 174 restent à l’école ;

sortie à 25 $ dans un centre d’équitation, 59 élèves y vont, 31 restent à l’école.

L’organisation d’activités lors de journées pédagogiques représente un exercice délicat, souligne la politique de la CSDM. Les parents veulent « permettre à leurs enfants de vivre des expériences enrichissantes auprès de leurs camarades de classe, dans un contexte moins formel que celui des cours et dans un esprit qui vise le développement des habiletés sociales des jeunes. Ils veulent enfin que les journées pédagogiques, nombreuses tout au long de l’année scolaire, soient des moments de plaisir partagé pour les enfants qui fréquentent le service de garde, des occasions de découverte et d’apprentissage dans un cadre parfois différent de celui de l’école ».

Les services de garde doivent cependant « conserver l’accessibilité à tous pour l’ensemble de ces activités » en « respectant la capacité de payer des familles », précise le document. Le rapport suggère des sorties dans des parcs publics ou dans d’autres lieux situés près des écoles et accessibles en transport en commun.

Dans un rapport sur l’état et les besoins de l’éducation publié en septembre 2016, le Conseil supérieur de l’éducation a servi cette mise en garde au sujet de l’accès aux services de garde scolaires : « Le Conseil estime également que tout ce qui empêche, décourage ou freine la fréquentation de l’école est un obstacle à l’égalité d’accès. En ce sens, les coûts de plus en plus importants associés à du matériel ou à certaines activités (y compris en ce qui concerne les services de garde) ne sont pas anodins, car ils sapent le principe de la gratuité scolaire et sont susceptibles de tenir à l’écart d’une partie de la vie scolaire ou de certains programmes les élèves des milieux défavorisés. »

7 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 27 décembre 2018 01 h 53

    Rester sur le carreau

    Il y a quelque chose de bien triste là-dedans, surtout quand on l'a déjà vécu soi-même.

    Rester sur le carreau pendant que les autres font une sortie dont ils vont pouvoir parler entre-eux par la suite.
    Une exclusion, qui plus est, affiche son niveau économique par rapport aux autres.

    Christian Montmarquette

  • Claire Beauchemin - Inscrite 27 décembre 2018 09 h 16

    service de garde scolaire - opter pour visite musées et maisons culture... avec voyagement en bus gratuit

    La plupart des activités qui coûtent cher - trop cher pour être accessibles à tous - organisées par les services de garde qui ont cours dans les écoles de Montréal sont loin de la mission des écoles. Alors que des visites de musée ou de maisons de la culture sont gratuites ou peu chèressont et accessibles en transport en commun (gratuité pour les enfants en bas âge). Faire appel à des grands-mères ou grands-pères ou mamans à la maison ou papas à la maison à titre d'accompagnateurs. Opter pour des activités qui élèvent le niveau culturel, faire en sorte que tous les enfantsy aient accès, pour leur plus grand bien. Cette pratique est fréquente en France. Si nous n'avons pas de châteaux, nous avons des musées, des maisons de la culture, des salles de concert et de théâtres. Retroussons nos manches et faisons comme les Français soucieux de l'éducation des enfants. Claire Beauchemin, abonnée retraitée et grand-mère volontaire pour l'accompagnement des enfants lors de sorties culturelles : musées, expositions arts visuels, pièces de théâtre, concerts...

  • Robert Lenneville - Abonné 27 décembre 2018 11 h 45

    À part des autres...

    Un enfant ne devrait jamais avoir à vivre de telles situations. Le personnel des services de garde peut-il réussir à organiser des activités à l’école qui soient gratuites, intéressantes pour les élèves et appréciées des parents? L’école dispose-t-elle des budgets nécessaires pour permettre des sorties culturelles ou sportives pour tous les enfants de l’école sans que les parents aient à payer? Je doute que cette dernière hypothèse soit réaliste.
    Avec la diminution des taxes scolaires, la situation ne s’améliorera certainement pas. Il est vrai que parmi ceux qui bénéficieront d’une réduction de la taxe, plusieurs envoient leur enfant à l’école privée.

  • Geneviève Talbot - Abonnée 27 décembre 2018 12 h 25

    Cette situation est réelle et pas seulement pour les familles à faible revenu. Nous sommes une famille de 4, 2 adultes, 2 enfants avec des revenus raisonnables. Mais il se peut qu'au lieu de payer des sommes élevés pour des sorties de journées pédagogiques, on choisissent de garder nos sous pour des sorties en famille. Et non, même avec des revenus raisonnables on ne peut pas tout se payer! Pourquoi ne pas mieux profiter de la vie communautaire des quartiers, de l'offre culturelle?

  • Sylvie Demers - Abonnée 27 décembre 2018 13 h 21

    Inadmissible...

    ...que des enfants subissent ce genre de ségrégation dans un même établissement scolaire!!!
    A corriger immédiatement sans tergiverser.
    J’ose espérer que le nouveau ministre de l’éducation saura trouver une solution,sans tarder,afin de remédier à cette situation inacceptable!
    S.Demers
    Orthopédagogue retraitée