La banque de suppléants se vide à la CSDM

Le phénomène des remplacements à répétition, qui fait que les suppléants se succèdent parfois dans une même classe, reste un problème à la Commission scolaire de Montréal.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Le phénomène des remplacements à répétition, qui fait que les suppléants se succèdent parfois dans une même classe, reste un problème à la Commission scolaire de Montréal.

La banque d’enseignants suppléants est à sec dans la plus grande commission scolaire du Québec, où la pénurie de personnel prend des proportions alarmantes.

Selon ce que Le Devoir a appris, à peine 34 des 73 postes sont pourvus dans l’équipe de remplacement créée pour éviter que des classes du préscolaire ou du primaire se retrouvent sans titulaire. Résultat : le phénomène des remplacements à répétition, qui fait que les suppléants se succèdent parfois dans une même classe, reste un problème à la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Un protocole a été adopté l’an dernier pour éviter que des suppléants se succèdent dans un même groupe. Une entente avec l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal permet à la CSDM de pourvoir rapidement les postes d’enseignant qui se libèrent pour cause de maladie, d’épuisement professionnel, de retraite ou d’accident de travail, par exemple.

Les professeurs qui font partie de cette équipe de remplacement ont généralement un statut précaire, mais ils acceptent le risque d’être assignés à plus d’une école en échange de l’assurance de travailler à temps complet. Ce protocole est cependant peu utile à cause de l’ampleur de la pénurie de main-d’oeuvre, reconnaît la CSDM. Bref, l’équipe de remplacement n’existe qu’à moitié… faute de personnel.

« La pénurie de personnel enseignant a pour conséquence d’empêcher l’application du protocole puisque celui-ci est basé sur une équipe de remplacement dont des postes sont demeurés non pourvus. Tous les acteurs de la CSDM multiplient leurs efforts afin d’amoindrir les impacts de la pénurie », indique un document de la CSDM déposé au conseil des commissaires cette semaine.

« La pénurie de personnel enseignant affecte l’ensemble des commissions scolaires du Québec. À cela s’ajoute le défi de recruter des enseignants dans le contexte montréalais », ajoute le rapport. Le « contexte montréalais », c’est un nombre plus élevé qu’ailleurs au Québec d’enfants qui vivent en milieu défavorisé, ne maîtrisent pas ou peu le français et sont reconnus handicapés ou en difficulté. C’est plus difficile — et parfois plus gratifiant — pour les enseignants de travailler dans ces conditions.

Enfants traumatisés

La CSDM affirme qu’elle n’a pas compilé le nombre de classes où plusieurs suppléants se sont succédé pour remplacer un enseignant titulaire en congé, depuis le début de l’année. Plusieurs témoignages recueillis par Le Devoir au cours des dernières semaines confirment toutefois que le phénomène continue de plus belle.

Un cas hors de l’ordinaire a amené la CSDM à réagir en 2017. Une classe de première année de l’école Saint-Jean-de-Brébeuf, dans le quartier Rosemont, a été sans titulaire durant plusieurs mois. Une dizaine de suppléants ont été affectés au groupe, mais aucun n’est resté, pour toutes sortes de raisons. Résultat : les enfants étaient traumatisés. Plusieurs ont perdu le goût d’aller à l’école.

C’est important, pour un enfant, d’avoir une relation de confiance avec son enseignant. Mais c’est impossible quand 10 suppléants se succèdent dans le même groupe. Le traumatisme est encore plus important au préscolaire ou au premier cycle du primaire. C’est pourquoi la CSDM remplace en priorité les enseignants de maternelle, de première année et de deuxième année.

« On a eu plus de flexibilité pour les affectations des enseignants [grâce aux lettres d’entente avec le syndicat], mais la pénurie de personnel nuit à nos efforts », dit Louis Bellerose, conseiller en gestion de personnel à la CSDM.

Une crise

Comme la plupart des commissions scolaires, la CSDM a dû prendre une série de mesures pour recruter des enseignants : recours à des étudiants en sciences de l’éducation (de deuxième, troisième et quatrième année au baccalauréat) et à des enseignants non légalement qualifiés (sans brevet d’enseignement, mais qui détiennent un diplôme universitaire dans une discipline pertinente) pour de la suppléance occasionnelle, le programme de mentorat auprès des jeunes enseignants…

À cause de la pénurie de main-d’oeuvre, les commissions scolaires, surtout dans la grande région de Montréal, se livrent à une bataille féroce visant à attirer des candidats. Des dizaines de postes d’enseignant sont affichés dans le site Web de la CSDM : titulaires au primaire, adaptation scolaire, français langue seconde, maîtrise de la langue des signes québécoise, musique… La Commission scolaire signale aussi des « besoins urgents » d’orthophonistes, de psychoéducateurs, de techniciens en éducation spécialisée et d’éducatrices ou éducateurs en service de garde. Toutes les catégories de personnel ont des postes affichés.

« La Commission scolaire fait son gros possible pour recruter du personnel, mais la pénurie s’intensifie. Il faut que le ministre de l’Éducation reconnaisse l’ampleur de la crise et qu’il dégage des ressources additionnelles », dit Violaine Cousineau, commissaire indépendante à la CSDM.

L’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal dit être prête à signer des lettres d’entente pour accélérer le recrutement, tant que ses membres gardent leurs droits. Le syndicat estime que les relations de travail difficiles à la CSDM sont en partie responsables de la pénurie de personnel.

« Les profs vivent un mal-être dans les écoles. Les mesures disciplinaires, c’est l’enfer. On traite mal nos profs et on se demande pourquoi ils partent ou tombent en congé de maladie », dit Pascale Besner, vice-présidente de l’Alliance.

10 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 22 décembre 2018 07 h 53

    La CSDM est à blâmer

    La CSDM ne peut que s'en prendre à elle-même car elle n'effectue pas de suivi auprès des nouveaux professeurs et elle lève le nez sur des professeurs d'expérience affirmant qu'ils n'ont pas les compétences nécessaires pour travailler chez elle.

  • Jacques Morissette - Inscrit 22 décembre 2018 09 h 02

    À quoi s'attendre d'autres? Il y a les infrastructures, il y a la clientèle, soit les enfants de certains milieux, les parents aussi et le mélange des genres dans certains cas. Bref, c'est toute une bouillabaisse.

    Vous pensez monter les salaires, tant mieux si votre clientèle de suppléances potentielles se limite à ça, du point de vue qualité de vie, pour tout le monde.

    Et si vous y allez, en vous limitant à penser c'est payant. Le présent n'est pas garant de l'avenir. Avec le temps, risque est grand que vous finissiez par perdre patience face aux tâches et aux gens envers qui vous aurez des responsabilité

  • Eric Ricard - Inscrit 22 décembre 2018 10 h 23

    Arrivé de migrants irréguliers

    Il faut aussi compter dans l'équation l'arrivée beaucoup plus importante de migrants irrégulier. En estimant le nombre de nouveaux enfants migrants à 6000 par année, on peut estimer que l'on devrait embaucher 400 nouveaux professeurs par année simplement pour répondre à cette demande et ce presque essentiellement à Montréal.

    • Serge Pelletier - Abonné 23 décembre 2018 15 h 36

      M. Ricard, l'on nomme ou on désigne l'occupation par son vrai nom. Au niveau primaire, secondaire et collégial se sont des ENSEIGNANTS. Les conventions collectives n'indiquent à nul endroit la tâche de "professeur", mais une tâche d'enseignant. Les échelles salariales font état d'enseignant. La Loi sur l'intruction publique fait mention d'enseignant.

      Les seules endroits où ces dames et messieurs se donnent du "professeur" à tour de bras se résume à eux, entre-eux, et en faisant des paladres devant les élèves (nineaux secondaires) ou devant les étudiants (niveaux collégiaux).

  • Marguerite Paradis - Inscrite 22 décembre 2018 11 h 02

    POUR EN FINIR AVEC LA RÉPÉTITION DE LA PLAINTE

    Qui va enfin parler des conditions de travail pourries des enseignantEs?
    S.V.P. pas le Syndicat puisse qu'il a contribué à ces condtions pourries, pas les Gestionnaires puisque qu'ils ont aussi construit ses conditons pourries, pas la chaîne alimentaire du Ministère de l'éducation puisque cette chaîne n'agit pas selon ce qui se fait le mieux en Éducation ailleurs.
    Ce sont les personnes qui sont au plus près des élèves qui sont les mieux placées pour dire et changer les choses, les enseignantEs.
    Merci.

    • Serge Pelletier - Abonné 22 décembre 2018 18 h 08

      Oups! Non Madame. Vous ometez de mentionner un fait important. Se sont les enseignantes et enseignantes qui sont à la base de la détérioration des conditions de travail dans le secteur. Quant aux syndicats, et bien eux, les directions locales ne se représentent qu'elles-mêmes, et pour se maintenir là, généralement libérées à l'année des charges d'enseignement - ou du moiins avec des charges allégées d'enseignement - elles répètent ce que les exécutifs nationaux désirent entende.
      Tout "le monde" se questionne sur le fait que les remplacements sont à répétitions... pour remplacement d'une ou une qui tombe en médical "burn out", et la personne remplaçante à son tour en "burn out" après un berf délai, et que l'autre personne remplaçante de la première et de la deuxième personne remplaçante tombe aussi en médical "burn out"...
      La dynamique est pourtant facile... et ce n'est pas les difficultés avec les élèves... Quand une personne reçoit une part importante de son salaire à être à la maison... Et bien, elle reste à la maison. Mieux encore, si cette personne possède un prêt hypotécaire, un prêt automobile, etc, et qu'elle a une assurance prêt/maladie d'incluse dans le contrat... Et bien, le prêt se paie seul... et les chèques salariaux d'assurances demeurent "nets dans les poches".
      Ce phénomène des congés maladies n'est pas propre au système éducatif, tous les secteurs étatiques le subisse. Prenez la SAQ - section locale SCFP3535, sur les assurances médicales les ouvriers retirent 80% de leur salaire normal net. Généralement, ils ont pris un assurance hypotécaire/prêt automobile... Ce qui a comme résultat qu'il en reste plus dans "les poches" en médical qu'à travailler... Et la cabane se paie toute seule...
      Mais ça, il ne faut pas le dire, il ne faut pas que les "journalistes" ébruitent le fait... Que non.

  • Marie Nobert - Abonnée 23 décembre 2018 00 h 58

    Les «privilégiés», les «z'envieux» et le «n'importe quoi.» (!)

    Misère! Je me prends une «bistouille» en écoutant un «Requiem». Punaise!

    JHS Baril

    Ps. @Madame Paradis. Évitez les «capitales», ça crève les «z'yeux» et perce les «tympans». Joyeuses Fêtes!

    • Serge Pelletier - Abonné 23 décembre 2018 18 h 44

      Non Madame Nobert, il ne s'agit d'un problème de "privilégiés", de "Z'envieux", ou de "n'importe quoi". Disons qu'avec une compensation à 60% du salaire net régulier cela plus raisonnable et s'approcherait d'une moyenne normale comme par exemple les prestations de l'assurance emploi (chômage).
      Il y a aussi actuellement la durée et/ou la répétion des dites prestations d'assurances maladie. Pour votre "mémoire", une employée de la Hydro-Québec - siège social de MTL a été absente pour cause de maladie pour un cumul de 18 ans sur ses 20 années de service continu. Ces absences pour maladie étaient à toutes les fois reprises après un retour au travail d'une ou deux semaines... Cause surménage (burnout)... Et à chaque fois le "compteur" des mois assurables d'invalidité en maladie repartait à zéro... Et ce n'est pas la seule personne chez la H-Q dans une situation similaire. À la Sûreté du Québec, plusieurs policiers tous grades confondus, plusieurs cas "sortent" pratiquement à toutes les années. Le dernier en date, un sergent de 15 années de service continu, avec plus de 10 ans en "maladie burnout"... Les enquêtes internes suite à une information privilégière ont démontré que le M. sergent était aussi vice-président d'une voyage de voyage et se promenait à répétion de par le monde comme démarcheur de l'agence... À la SAQ-SCFPsl3535, au minimum une quizaine d'employés sont en congé maladie assurable cumulatif (5 ans moins 1 jour + 1 journée de travail = remise à 0 du compteur et absences pour un autre 5 ans moins un jour) et ce depuis que le barème est de 80% du salaire net régulier est assurable. Certains le sont depuis le début des années 2000 - soit 2002 pour la bonification de 60% à 80%. L'on ne parle pas, ici, de maladie incurable, de grave accident, mais de "burnout" allégué, uniquement de la grave maladie du "surménage"... Dès que l'employé devient éllégible aux asurances longues durées...
      Conséquemment, Madame Nobert, qui croyez-vous qui paie pour ces abus.