Les écoles anglaises ne sont pas un remède miracle à la surpopulation

L’école anglophone Nesbitt est remplie à 42% de sa capacité. Les écoles francophones des alentours débordent. Mais selon nos sources, il semble peu probable que l’école accueille des élèves (francophones) supplémentaires à cause du mauvais état du bâtiment.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’école anglophone Nesbitt est remplie à 42% de sa capacité. Les écoles francophones des alentours débordent. Mais selon nos sources, il semble peu probable que l’école accueille des élèves (francophones) supplémentaires à cause du mauvais état du bâtiment.

L’accueil d’élèves francophones dans des écoles anglophones dépeuplées n’est pas une panacée à la surpopulation dans le réseau scolaire de langue française, prévient la plus grande commission scolaire du Québec.

Le déclin de la communauté anglophone a beau avoir libéré 2250 places dans des écoles de l’île de Montréal, ces locaux vides sont pour la plupart situés loin des écoles francophones qui débordent. « Les espaces disponibles dans les commissions scolaires anglophones ne sont pas comme un coup de baguette magique qui va tout régler », dit Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Elle et d’autres représentants du milieu scolaire ont été « surpris » par l’intervention du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Il a demandé mardi aux commissions scolaires anglophones de mettre tout en oeuvre pour ouvrir leurs locaux de classe vides aux élèves francophones qui s’entassent dans des écoles surpeuplées.

« Il n’est pas acceptable d’avoir des écoles bondées où il n’y a plus de locaux pour des services professionnels, où il n’y a plus de cafétéria, plus de local d’informatique, plus de bibliothèque, et, un kilomètre plus loin, une école avec 5, 6, 15 ou 20 classes de libres », a déclaré le ministre Roberge dans un point de presse à l’Assemblée nationale.

Catherine Harel Bourdon se réjouit que les commissions scolaires anglophones soient prêtes à ouvrir leurs portes aux élèves francophones, mais la solution à la surpopulation est complexe. La CSDM discute depuis des années avec la Commission scolaire English Montreal pour avoir accès à des locaux ayant logé des élèves anglophones. Mais ces locaux doivent être situés tout près des écoles qui débordent, explique-t-elle.

La majorité des écoles surpeuplées sont loin des locaux laissés vacants par la communauté anglophone. Et souvent, les écoles anglophones dépeuplées sont en aussi mauvais état que celles de la CSDM : toits qui coulent, fenêtres et maçonnerie à refaire, moisissures…

Par exemple, l’école anglophone Nesbitt, dans le quartier Rosemont, est remplie à 42 % de sa capacité (ou à 59 %, si on tient compte du nombre de locaux utilisés). Les écoles francophones des alentours débordent. Mais selon nos sources, il semble peu probable que l’école accueille des élèves (francophones) supplémentaires à cause du mauvais état du bâtiment.

Cohabitation harmonieuse

La CSDM loge néanmoins « quelques classes » de l’école Marie-Rivier dans l’école anglophone St. Dorothy, située juste à côté et qui avait des locaux libres. « La cohabitation se passe bien », dit Catherine Harel Bourdon, mais il s’agit d’une situation exceptionnelle : les deux bâtiments sont assez proches pour que le personnel et les élèves puissent se déplacer d’un pavillon à l’autre. La proximité est essentielle, notamment pour les activités parascolaires et pour le dîner.

Autre exemple de collaboration, des élèves de l’école Marc-Favreau, dans Notre-Dame-de-Grâce, logeront dans les prochains mois dans un bâtiment (place Borden) loué 1 $ par année à la Commission scolaire English Montreal. La CSDM doit rénover l’édifice et aménager des salles de classe à ses frais.

La Commission scolaire aurait aussi aimé loger des élèves dans l’Académie John Caboto, dans le quartier Ahuntsic (où les écoles francophones débordent), mais les parents de l’école anglophone ont refusé, explique Michael Cohen, porte-parole de la Commission scolaire English Montreal.

« Nous sommes très ouverts à accommoder la Commission scolaire de Montréal, mais nous devons tenir compte des besoins de notre communauté », dit M. Cohen.

Les anglophones sont profondément attachés à leurs écoles, rappelle Geoffrey Chambers, président du Quebec Community Groups Network. Mais loin de représenter une menace, la présence d’élèves francophones peut parfois permettre de sauvegarder des écoles anglophones, selon lui : la location de classes aux francophones permet d’occuper des locaux qui seraient autrement désertés, tout en procurant des revenus à la commission scolaire anglophone.