Des élèves francophones dans les écoles anglaises

Selon le ministre de l'Éducation, les écoles anglophones de l’île de Montréal ont de la place pour 2250 élèves supplémentaires. 
Photo: iStock Selon le ministre de l'Éducation, les écoles anglophones de l’île de Montréal ont de la place pour 2250 élèves supplémentaires. 

Des centaines d’élèves francophones suivront leurs cours dans des locaux vacants situés dans des écoles anglaisesde Montréal dès le mois de janvier, après le temps des Fêtes, affirme le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Les écoles anglophones de l’île de Montréal, qui se sont vidées au rythme du déclin de la communauté de langue anglaise, ont de la place pour 2250 élèves supplémentaires, selon le ministre. Il affirme que les anglophones doivent fournir leur part pour désengorger les écoles françaises, où le nombre d’élèves explose à cause des nouveaux arrivants et de la création des maternelles 4 ans, notamment.

« Il n’est pas acceptable d’avoir des écoles bondées où il n’y a plus de locaux pour des services professionnels, où il n’y a plus de cafétéria, plus de local d’informatique, plus de bibliothèque, et, un kilomètre plus loin, une école avec 5, 6, 15 ou 20 classes de libres », a fait valoir le ministre Roberge dans un point de presse à l’Assemblée nationale.

La communauté anglophone de Montréal se montre « ouverte à accommoder » les élèves francophones. Mais selon ce que Le Devoir a appris, la résistance persiste, notamment chez les parents anglophones, qui craignent de perdre un élément fondamental de leur identité.

La grogne entourant la transformation des commissions scolaires en simples centres administratifs ajoute à la méfiance de la communauté anglophone.

Urgence d’agir

Dans l’ouest de l’île, le ministre Roberge a invité la Commission scolaire Lester-B.-Pearson à accueillir le plus rapidement possible des élèves de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. « Il y a urgence à Marguerite-Bourgeoys. Ça déborde sérieusement, il y a même des gens qui ne peuvent pas avoir des cours de francisation », a indiqué Jean-François Roberge au Devoir mardi.

Il a demandé aux deux commissions scolaires de s’entendre d’ici au 1er janvier 2019, dans deux semaines. « Des centaines de jeunes de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys auront accès à des classes [de Lester-B.-Pearson] dès la rentrée pour de la francisation et les cours habituels », a dit M. Roberge.

La location de salles de classe pour les élèves francophones dans des écoles anglaises est une solution temporaire, selon lui. Il demande aux commissions scolaires anglophones de vendre à leurs homologues francophones tout immeuble excédentaire qui se serait vidé de ses élèves.

Le ministre dit avoir senti « une belle attitude » et de « l’ouverture » de la part de la communauté anglophone. « Je ne suis pas arrivé avec des menaces. À la fin, il faut faire passer l’élève d’abord », dit-il.

Selon nos sources, une « très grande résistance » subsiste, surtout chez les parents anglophones, qui tiennent à leur droit de scolariser leurs enfants dans leur langue.

« Certains craignent que, si un élève francophone met le pied dans une école anglophone, ce soit le début de la fin pour l’école anglaise », indique une source bien au fait des tractations dans ce dossier.

Un ministre « jovialiste »

Russell Copeman, directeur général de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec, confirme l’ouverture de la communauté anglaise.

« Les discussions vont bon train, dit Russell Copeman. Là où c’est possible, il y a une ouverture pour accommoder, trouver des solutions. »

Il estime néanmoins que le ministre Roberge est un peu pressé. « Il nous a fait comprendre son empressement d’agir, mais une entente pour janvier, ça me paraît… jovialiste ! » dit le représentant de la communauté anglophone.

Jean-François Roberge avait qualifié de « jovialiste » la réaction des commissions scolaires après une rencontre avec le ministre la semaine dernière. Elles estimaient toujours possible d’éviter l’immense chantier de transformation de la gouvernance scolaire que s’apprête à mettre en place le ministre.

6 commentaires
  • Isabel Larose - Inscrite 19 décembre 2018 03 h 07

    Très mauvaise idée.

    Quelle langue parleront les élèves inscrits à l'école francphone qui suivront leurs cours dans une école anglophone? Ils parleront l'anglais dans la cour d'école, dans les corridors et avec le personnel de l'école. Une vaste proportion des élèves à Montréal sont obligés d'aller à l'école française à cause de la loi 101. Ils se retrouveront dans un environnement anglophone. Cela ne les incitera pas à choisir le français comme langue d'usage. Le ministre devrait regarder ce qui se passe dans les autres provinces, avec les classes d'immersion française. Les élèves fonctionnent en anglais, sauf dans la classe. Ils parlent anglais entre eux. Revoyez votre copie, Monsieur le Ministre.

  • Robert Morin - Abonné 19 décembre 2018 06 h 59

    Faudrait nous expliquer...

    ...cette crainte de parents anglophones, à savoir : « Certains craignent que, si un élève francophone met le pied dans une école anglophone, ce soit le début de la fin pour l’école anglaise », alors que les Franco-Ontariens vivent cette situation depuis toujours, et jusqu'au niveau universitaire! Et puis, comment concilier cette apparente crainte d'«assimilation» des anglophones avec le fait vécu et vérifié qu'au Québec, dans la plupart des situations, en présence d'un seul anglophone, une majorité de locuteurs francophones ont la fâcheuse habitude de passer spontanément à l'anglais? Et n'est-ce pas encore ce qui risque de se produire dans de tels environnements «bilinguisés»?

  • Jean-François Trottier - Abonné 19 décembre 2018 07 h 02

    C'est trop tentant...

    "les parents anglophones (...) craignent de perdre un élément fondamental de leur identité."

    Impossible ! Tout le monde sait bien que ce sont les francophones qui sont "frileux"! The Gazette nous le dit journalièrement, alors.

    Les anglos n'ont bien sûr aucun problème identitaire puisque personne n'en parle, n'est-ce pas ?

    Ceci dit, il me semblerait plus logique, plutôt que d'éparpiller des élèeves dans plusieurs écoles, de prendre en charge certaines écoles au complet, quitte à regrouper autrement les élèves anglophones.
    Je n'ai rien contre les cours d'école bilingues, là n'est pas la question. Il s'agit de s'assurer de services complets, dont une bibliothèque ainsi que des professionnels autres que les professeurs.
    Je doute que les étudiants éparpillés aient ces services.

  • Raynald Goudreau - Abonné 19 décembre 2018 08 h 23

    Leur identite ...

    Comme c'est bien dit , des parents craingnent de perdre leur identite dans une Amerique a 98 % anglophone et pour une situation temporaire .

    • Serge Lamarche - Abonné 20 décembre 2018 01 h 00

      Belle ironie. Ce que les parents anglais veulent dire est qu'ils ont peur de voir leurs enfants contaminés par les français et perdre leur supériorité «naturelle».

  • Gilles Théberge - Abonné 19 décembre 2018 10 h 41

    @ Russel Copeman : Mais non voyons donc ne soyez pas inquiet. Si vous réussissez à garder ne serait-ce qu’un orteil dans la place, c’est sûr et certain qu’un beau jour tout le monde pàrlera anglais dans cette école comme partout ailleurs...

    Voyez, c’est déjà commencé à l’Université de Montréal !