Le transport scolaire bouleverse les horaires d’écoles à Laval

Près de six élèves sur dix se déplacent en autobus jaune à Laval.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Près de six élèves sur dix se déplacent en autobus jaune à Laval.

Un projet de réorganisation visant à « limiter les coûts » du transport scolaire chamboule les horaires d’une série d’écoles à Laval. Selon ce que Le Devoir a appris, l’entrée des élèves en classe se ferait jusqu’à une heure plus tard à compter de septembre prochain, ce qui provoque une levée de boucliers dans des écoles primaires.

Le choc est brutal aux deux pavillons de l’école L’Orée-des-Bois, situés dans l’ouest de l’Île : à la rentrée de l’automne 2019, la Commission scolaire de Laval (CSDL) prévoit de faire entrer les élèves en classe une heure plus tard qu’à l’heure actuelle. L’école primaire ouvrirait ses portes à 8 h 48 plutôt qu’à 7 h 48 (heure du début des classes depuis deux ans).

« Un changement d’horaire d’une heure, c’est majeur. C’est sûr que ça ne passe pas dans l’école », dit Jacques Lorrain, père d’une fillette de deuxième année et membre du conseil d’établissement de l’école L’Orée-des-Bois.

La pilule est d’autant plus difficile à avaler qu’il s’agirait d’un retour à la case départ pour l’école : le changement proposé ramènerait l’horaire à celui d’il y a deux ans. À la rentrée de l’automne 2016, le début des classes était passé de 8 h 48 à 7 h 48.

Ailleurs à la CSDL, les horaires d’entrée ou de sortie des élèves seraient changés de 40 minutes (école Notre-Dame-du-Sourire), 34 minutes (Fleur-Soleil), 30 minutes (Pierre-Laporte, L’Escale, du Parc), et ainsi de suite. La quasi-totalité des changements proposés (73 des 75 parcours d’autobus jaune) serait de 30 minutes ou moins, souligne la CSDL.

Un casse-tête à gérer

Ce chamboulement des horaires est dû à une série de facteurs, dont l’explosion du nombre d’élèves, explique la CSDL. Deux nouvelles écoles primaires ouvriront leurs portes l’automne prochain dans les secteurs de Vimont-Auteuil et de Laval-des-Rapides. Il y aura désormais 58 écoles primaires à Laval.

« L’arrivée de ces nouveaux établissements influence assurément le transport scolaire, indique un document de la CSDL. En effet, le nombre d’élèves est en constante augmentation, que ce soit pour la clientèle ordinaire, handicapée et en classe d’accueil. Divers autres facteurs, comme la bonification des services en maternelle 4 ans ainsi que l’application des nouveaux indices des milieux socio-économiques [qui entraînent une réduction du nombre d’élèves par classe dans des écoles défavorisées, donc une hausse du nombre de classes], viennent appliquer une pression additionnelle sur les coûts reliés au transport scolaire. »

La CSDL s’est donné le mandat « d’optimiser les circuits d’autobus » pour « réduire son déficit en transport », qui s’élève à 2 millions de dollars. « Il faut savoir qu’un même autobus peut desservir plusieurs écoles à proximité en fonction des horaires des classes […]. En ce sens, les horaires d’entrée et de sortie des élèves dans les écoles primaires et secondaires représentent la pierre angulaire de l’organisation du transport scolaire. »

D’ici février 2019, la commission scolaire soumettra sa proposition d’horaires pour consultation à toutes les écoles, aux parents, aux élèves, au Syndicat des enseignants de la région de Laval et à d’autres groupes. « On attend encore la réponse à cette consultation-là. La dernière fois, on avait fait des modifications aux changements proposés », dit Louise Lortie, présidente de la CSDL.

« On comprend extrêmement bien les problématiques de changements d’horaire pour nos parents et pour notre personnel. On ne fait pas ça de gaieté de coeur, mais c’est le choix politique qui a été fait, compte tenu du sous-financement de notre transport scolaire par le gouvernement », explique-t-elle. Près de six élèves sur dix (58 %) se déplacent en autobus jaune à Laval.

Sylvain Martel, président du comité de parents de la CSDL, souligne que certaines des modifications d’horaire proposées ont un effet majeur sur les familles, surtout pour les élèves du primaire, qui ont besoin de la présence de parents à la maison.

Il rappelle que deux sondages récents, menés pour le comité de parents et pour la CSDL, ont conclu que « les parents cherchent une certaine stabilité. Une modification d’une quinzaine de minutes est gérable, mais plus le changement est grand, plus c’est difficile », explique-t-il. M. Martel souligne néanmoins que la CSDL « a fait un effort notable pour respecter ce besoin de stabilité des familles dans le dernier projet d’horaire ».

Mouvement de personnel

Dans le milieu scolaire lavallois, on craint aussi un mouvement de personnel en fonction des modifications d’horaire. Lors du changement d’une heure à l’école L’Orée-des-Bois, il y a deux ans, un certain nombre d’enseignants et d’éducatrices du service de garde s’étaient prévalus d’une clause de leur convention collective leur permettant de changer de poste à l’intérieur de la commission scolaire.

« Les parents, on finit par s’ajuster aux horaires, mais le plus dramatique, c’est qu’on perd des membres du personnel qu’on connaît et qu’on apprécie. Il y a un coût humain à des changements d’horaire de cette ampleur », dit Jacques Lorrain, père d’une élève à l’école L’Orée-des-Bois.

« Oui, le changement d’horaire peut inciter des gens à bouger. Les enseignants sont eux-mêmes des pères et des mères de famille, et un changement d’horaire aussi drastique a des impacts sur la conciliation travail-famille », confirme Guy Bellemare, président du Syndicat de l’enseignement de la région de Laval. Chaque année, les mutations se font par ordre d’ancienneté.

« La commission scolaire établit les horaires des écoles en fonction d’économies dans le transport par autobus, et non pour la réussite des élèves ou le bien-être du personnel, déplore-t-il. C’est le transport scolaire qui détermine les heures d’entrée et de sortie des élèves et du personnel ! »

1 commentaire
  • Jean-François Laferté - Abonné 18 décembre 2018 08 h 14

    L’éducation une priorité?

    Bonjour,

    Encore une fois l’argent a la priorité sur l’essentiel:pauvres enfants,parents et profs qui font les frais d’une décision purement financière!Et dire qu’on se targue de faire de l’éducation une priorité nationale:désolant..
    Jean-François Laferté
    Terrebonne