Quand l’école devient le refuge des enfants transgenres

Une murale réalisée par des élèves d’une école secondaire de la commission scolaire des Affluents.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Une murale réalisée par des élèves d’une école secondaire de la commission scolaire des Affluents.

Frédéric (nom fictif), 16 ans, entre dans le bureau de la sexologue. « Tu vas bien, depuis la dernière fois que l’on s’est vu ? Comment ça se passe à l’école ? » lance Stéphanie Houle. « Tellement bien ! répond l’adolescent, tout sourire. C’est cool parce qu’il y a au moins une place où je peux être moi-même. C’est la seule place où on m’appelle par mon nom de gars. »

Lorsque les jeunes décident de changer d’identité de genre, l’école est souvent au coeur de la démarche. Comment aider les enfants à faire la transition ? Comment les écoles s’adaptent-elles ? À la commission scolaire des Affluents, une sexologue accompagne les enfants transgenres. Et elle constate que l’école peut être « un facteur de protection ».

Depuis qu’il est tout petit, Frédéric sait qu’il ne correspond pas à son sexe biologique. « Ça a toujours été comme ça, raconte l’adolescent. C’était plein de petites affaires. Par exemple, au primaire, je me demandais pourquoi j’étais obligé d’aller dans la toilette avec un bonhomme qui a une jupe, alors que moi, c’est l’autre bonhomme qui me correspondait. »

Longtemps, il a essayé de refouler ce sentiment de malaise. « Je n’étais pas prêt à assumer, parce que c’est compliqué. Puis un jour, j’ai lu un livre qui résumait ma vie. Là, j’ai compris. »

Lorsqu’il a finalement décidé de s’identifier comme un garçon, Frédéric n’a eu aucun appui de sa famille. « Ça a été la catastrophe, soupire l’adolescent en haussant les épaules. Ma mère ne le prend toujours pas. Et mon beau-père veut me renier… J’ai essayé de leur expliquer, mais ils ne veulent rien entendre… Ça, ça fait mal… »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La sexologue Stéphanie Houle accompagne les jeunes transgenres dans leur transition à l’école.

La situation n’a pas été beaucoup plus facile au centre jeunesse, où il vit dans un foyer pour filles. « Je leur ai dit, mais ils continuent de m’appeler par mon nom de fille. Ils m’appellent encore “ma cocotte” ! Arke ! »

La sexologue prend des notes, interagit avec Frédéric, fronce des sourcils en apprenant qu’on n’a pas suivi ses recommandations.

Seul refuge

Stéphanie Houle accompagne Frédéric depuis qu’il a fait son changement de sexe à l’école en septembre dernier, de même qu’une vingtaine d’autres enfants transgenres qui fréquentent les écoles de la commission scolaire des Affluents, dans Lanaudière. Elle se promène d’une école à l’autre, improvise des bureaux de consultation ici et là. Elle est une référence pour le personnel et accompagne les jeunes dans leur transition à l’école. Mais elle déborde la plupart du temps de son mandat, notamment pour accompagner les jeunes afin qu’ils obteniennent des services dans le système de santé.

« Il y a tellement de besoins, constate la sexologue. Je sors souvent du mandat scolaire parce qu’il y a des trous de services dans la société. Les jeunes ne sont pas pris en charge. C’est là qu’on voit à quel point l’école — avec les intervenants et les gens qui les soutiennent — devient un facteur de protection pour les jeunes. Souvent, même, le seul facteur de protection… »

Toilettes non genrées

Depuis 2015, Québec reconnaît que l’auto-identification de genre prime sur le genre biologique. Ainsi, si l’élève fait une demande pour un changement d’identité de genre, l’école est dans l’obligation de respecter son choix et de changer son nom et son genre sur tous les documents officiels. Si l’élève a plus de 14 ans, il n’a même pas besoin du consentement des parents.

« Depuis cinq ans, il y a une augmentation [du nombre de jeunes qui s’identifient à un autre genre]. Avant, il y en avait quand même, mais ils n’avaient pas nécessairement de lieux pour en parler. Quand je les rencontre, il y a plein de jeunes qui me disent : “Enfin ! Je n’osais pas en parler.” »

Lorsque les jeunes font leur transition à l’école, la première demande est souvent l’accès à une toilette non genrée, qui peut être une toilette individuelle utilisée par le personnel, par exemple. « J’ai accompagné une jeune qui n’allait pas à la toilette de la journée, parce que juste de voir le signe, ça lui causait une souffrance. C’est fort ! »

D’autres vont tout simplement décider d’aller dans la toilette associée à leur nouveau sexe. Même chose pour les vestiaires.

« L’école est dans l’obligation de trouver un lieu pour le jeune, mais comme on en a de plus en plus, soyons proactif et proposons des toilettes individuelles non genrées pour que quiconque le souhaite puisse y avoir accès sans permission », plaide la sexologue.

Nouvelle génération

Dans certains cas, la transition se fait confidentiellement : l’élève quitte une école à titre de fille et se réinscrit dans une autre école comme un garçon. Dans d’autres cas, la transition est ouverte. La sexologue organise alors une séance d’information dans l’école pour briser les tabous et faciliter la transition. Et la réaction est généralement très bonne. « Quand c’est bien expliqué et qu’on nomme les vraies choses, les jeunes collaborent, soutient Julie, directrice d’une école secondaire. Et rapidement, ils ne s’en souviennent même plus, ça ne les intéresse plus de savoir si c’était un gars ou une fille avant. »

Certains adultes se sentent encore mal à l’aise avec le changement de genre, mais chez les jeunes, on accepte beaucoup mieux ce phénomène, note la sexologue Stéphanie Houle. « Je le vois chez les enfants du primaire, c’est vraiment la génération d’une nouvelle ouverture. »

Pas le bon corps

Si plusieurs vivent dans une certaine ambiguïté pendant l’enfance, la réalité frappe fort à la puberté. « Un corps d’enfant, gars ou fille, ça se ressemble, mais quand le corps se transforme à la puberté, il y a une rupture, une détresse de ne pas être dans le bon corps. »

La souffrance est souvent forte avant la transition, mais la plupart d’entre eux « s’épanouissent » une fois dans leur nouvelle identité, note la sexologue. Mais tout n’est pourtant pas parfait tous les jours, comme en témoigne Dominic, qui vient d’entrer dans le bureau. « Je pense que je m’en vais un peu en dépression et j’ai peur d’en parler avec ma mère », lance l’adolescent timidement.

La sexologue tente de l’aider à trouver des solutions avant de le questionner sur sa transition hormonale. « Ça va mieux, mais j’ai encore des insécurités par rapport à ma voix, à mon corps, sur la perception des autres. »

Chaque enfant — et chaque transition — est unique, rappelle Stéphanie Houle. Et son travail est de comprendre les besoins de chacun pour mieux accompagner les jeunes. Certains sont en questionnement, hésitent à franchir le pas ou tentent l’expérience à la maison avant de faire la transition à l’école, alors que pour d’autres, c’est tellement fort qu’elle doit les retenir pour s’assurer qu’ils ne sautent pas d’étapes. « Quand tout est super bien préparé, qu’on les accompagne, on a de belles réussites », conclut la sexologue.

15 commentaires
  • Anne-Marie Bilodeau - Abonné 15 décembre 2018 07 h 10

    Et les filles et les femmes seront-elles en sécurité?

    Encore une fois, l'on ne s'intéresse qu'aux droits individuels en oubliant les droits collectifs des filles et des femmes. Malgré que je sois sensible à ces cas particuliers, les enfants sont présentement victimes, même avant leur puberté, du grand lobby transgenre initié par la communauté LGBTQi. Pour se protéger contre les agressions sexuelles, les filles et les femmes ont besoin de leurs espaces réservés, toilettes et vestiaires. Plusieurs cas d'agressions sexuelles ont été inventoriés au Royaume-Uni. La question des trans dans les prisons pour femmes cause problème de sécurité pour les détenues. À quand un article pour dénoncer les dangers pour les petites filles et les femmes? Il est important que l'école n'adopte pas cette pratique de toilettes neutres et s'interroge sur les effets sur les droits collectifs des femmes.

    • Stéphane Laporte - Abonné 15 décembre 2018 22 h 01

      Victime du loby LGBT? Et les enfants victime du « loby » hétérosexuel, la grande norme qui impose sont modèle sur toutes et tous, vous en faite quoi?

  • Jean Thibaudeau - Abonné 15 décembre 2018 07 h 28

    NON! ÇA VA FAIRE, CES CONTRESENS.

    "Depuis 2015, Québec reconnaît que l’auto-identification de genre prime sur le genre biologique. "

    Oui. Voilà une loi qui a été adoptée à la sauvette, presqu'en cachette, sans le moindre débat de société, et surtout, sans la moindre justification scientifique pour l'étayer. Il est d'ailleurs navrant de constater que la sexologue "embarque" dans cette idéologie la tête la première. Un des trop nombreux exemples qui démontrent que la rectitude politique fait fi de la Raison pour laisser le champ libre aux discours anti-racistes, décolonialistes et intersectionnels.

    Bien sûr, je n'encourage pas les attitudes traumatisantes ou discriminantes envers les trans. Hélas, elles se trouvent en quelque sorte créées en partie par ces âmes bien-pensantes elles-mêmes. En essayant de faire prendre des vessies pour des lanternes à tout le monde, elles suscitent colère et frustration chez ceux qui gardent les deux pieds sur terre. Ça ne justifie évidemment rien, mais c'est ce qui arrive tout de même.

    • Stéphane Laporte - Abonné 15 décembre 2018 22 h 04

      Si vous êtes machiste, homophobe, défenseur de la pédophilie, raciste et antisémite, si vous militez pour que l'on euthanasie les handicapés et que l'on mette les jeunes délinquants dans des camps de concentration, et si d'aventure ces douces et libérales dispositions d'esprit vous attirent quelques critiques, vous pourrez toujours dénoncer avec indignation le «politiquement correct», tant il est vrai que les pires causes se présentent volontiers parfois comme les victimes de ce nouveau consensus moral et politique qui serait censé menacer la liberté d'expression et de création.
      Vous avez dit... politiquement correct? Jean Blain L'Express 01/12/2001
      https://www.lexpress.fr/culture/livre/vous-avez-dit-politiquement-correct_805284.html

  • Lise Labelle - Abonnée 15 décembre 2018 08 h 09

    Véritable problème ou une idée à la mode?

    Comment expliquer le "supposé" nombre important d'individus qui naîtraient dans le corps qui ne correspond pas à leur genre? La nature commet-elle tant d'erreurs ou est-ce une mode que de changer de genre à l'adolescence?

    Lise Labelle

    • Stéphane Laporte - Abonné 15 décembre 2018 22 h 05

      Tenter de comprendre les gens différents de nous n'est pas une mode, c'est de la générosité, de l'intelligence.

  • Diane Guilbault - Abonnée 15 décembre 2018 08 h 10

    Qu'est-ce qu'une transition?

    Tellement de choses à dire sur cet article….D’abord, la confusion entre sexe ( fait biologique) et genre (fait psychologique). La journaliste utilise les termes au gré du jour, c’est-à-dire en laissant croire que changer de «genre» permet de changer de sexe. Bien sûr que les petits du primaire sont ouverts à cette idée qu’on peut changer de sexe : ils croient aussi au Père Noël! Si la transition ce n’était que changer de prénom et de vêtements! Mais la journaliste fait l’impasse sur le fait que par exemple les adolescentes qui veulent «transitionner» vont porter un ‘’binder’’, c’est -à-dire des bandelettes qui écrasent les seins, coupent la circulation sanguine et le souffle entrainant des possibilités de caillots. Jusqu’à la double mastectomie. L’article est muet aussi sur les bloqueurs de croissance comme le Lupron pourtant jugé ineffectif pour le traitement de la dysphorie de genre et dont les risques pour la santé n’ont pas fait l’objet d’évaluation. Enfin, on évoque la transition hormonale sans préciser qu’on va faire bouffer de la testostérone à des jeune filles et cela jusqu’à la fin de leurs jours. Aucune étude sur les effets à moyen ou long terme de cette «thérapie» mais la stérilité est un des risques majeurs. L’augmentation fulgurante du nombre d’adolescentes qui se disent transgenres partout dans les pays occidentaux a amené la ministre de la santé du Royaume Uni à demander une enquête pour comprendre la raison de cette épidémie que les médecins n’expliquent pas. On aimerait bien que le même souci prévale chez nos autorités médicales!

    • Lucien Cimon - Abonné 15 décembre 2018 09 h 57

      Votre commentaire est nécessaire.
      Les victimes de ces modes promues, j'allais dire imposées, par ces lobbies se foutent de la vie d'enfer que mèneront ces individus et des coûts qu'il engendreront à la société.

    • Anne-Marie Bilodeau - Abonné 15 décembre 2018 10 h 01

      Excellent!

    • Stéphane Laporte - Abonné 15 décembre 2018 22 h 07

      Non, ridicule

  • Marc O. Rainville - Abonné 15 décembre 2018 12 h 22

    Ça ne s’explique pas...

    En général les milieux gouvernementaux, scolaires et universitaires font preuve de beaucoup d’ouverture face au phénomène, quand ils n’en font pas la promotion. Ça s’explique. Le tout puissant lobby pharmaceutique contribue activement à cet engouement.

    • Stéphane Laporte - Abonné 15 décembre 2018 22 h 08

      N'importe quoi. Avoir du coeur n'est pas donné à tous.