Les négociations piétinent au collégial

Le Forum sur l'avenir de l'enseignement collégial jette une ombre sur le processus de négociations entrepris par les enseignants de cégeps avec Québec depuis le début de l'année. Les syndicats dénoncent la lenteur du processus ainsi que l'incertitude dans laquelle ils baignent, alors que ce forum pourrait redessiner le réseau.

Alors que les négociations entourant le renouvellement des conventions collectives sont entamées depuis le début de 2004, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) confirmait hier son intention de demander au ministère du Travail la nomination d'un médiateur pour pallier «l'absence de volonté de négocier». Les fédérations du secteur scolaire, du secteur collégial et du secteur de la santé et des services sociaux sont concernées par cette demande, qui avalise sur le plan légal le droit des syndicats de participer à une grève à l'automne, comme certains le prévoient.

La Fédération des enseignants de cégep (FEC-CSQ) fait partie de ce mouvement, et dénonce l'apparente inertie du gouvernement, qui «fait une pause sur les négociations parce qu'il est trop affairé à préparer le forum [sur l'avenir de l'enseignement collégial]», comme l'a expliqué hier le président de la FEC, Réginald Sorel.

«Les discussions n'avancent pas, on ne sent aucune volonté de négocier vraiment, c'est comme si le forum occupait toutes les énergies», dénonce M. Sorel. «Les changements voulus par le gouvernement libéral et la Fédération des cégeps viennent jouer sur le système collégial, alors que nous sommes en train de négocier notre avenir.»

Rien d'étonnant à cette décision de recourir à un médiateur, a répliqué hier la Fédération des cégeps, qui voit dans cette procédure une manière de légaliser l'accès à une grève pour l'automne, tel que certains syndicats le discutent. «La loi 37 le spécifie clairement», affirme Caroline Tessier, directrice des communications à la Fédération des cégeps. «S'ils veulent une grève d'une journée, ils doivent d'abord passer par une demande de médiation.»

La partie patronale ne voit d'ailleurs dans le rythme actuel des négociations rien d'anormal. «Nous sommes à l'étape de compréhension des demandes des syndicats, qui sont très lourdes et complexes», ajoute Mme Tessier.

À la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), cette évaluation ne dit rien qui vaille. «Les choses ne vont pas bon train», dénonce Ronald Cameron, président de la FNEEQ. «La conjoncture ne nous aide pas tellement, quand les plans de réingénierie sont dans les pattes de la négo, mais nous ne croyons pas qu'une demande de médiation va accélérer les choses», ajoute M. Cameron.

Quant à la Fédération autonome du collégial (FAC), syndicat indépendant pour qui la journée d'aujourd'hui permettra de décider de la nécessité ou non d'aller en médiation, l'existence du forum crée des embûches au processus de négociations. «On discute l'avenir des cégeps en même temps qu'on essaie de se négocier de meilleures conditions de travail», explique André Brassard, porte-parole du comité de négociations de la FAC. «C'est un peu absurde.»

Le syndicat attend aujourd'hui la réaction du gouvernement au sujet de ses demandes de dénuer la tâche de l'enseignant de toute tâche administrative. «Cette réaction sera déterminante pour la suite des choses», affirme Alain Dion, président de la FAC. «Nous avons des mandats de nos assemblées pour aller en médiation. Au moment jugé opportun, on les utilisera.»