Assurer l’intégrité des ressources en eau

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Le professeur et chercheur Patrick Drogui et l’étudiant au doctorat Dany Roy, dans leur laboratoire du Centre Eau Terre Environnement de l’INRS, à Québec
Photo: INRS Le professeur et chercheur Patrick Drogui et l’étudiant au doctorat Dany Roy, dans leur laboratoire du Centre Eau Terre Environnement de l’INRS, à Québec

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), on s’active pour tenter de combler le manque de main-d’oeuvre spécialisée dans le domaine de la décontamination de l’eau et de la gestion intégrée de la ressource. C’est le but de l’initiative de Patrick Drogui, professeur au Centre Eau Terre Environnement de l’INRS, qui a crée une formation à cette fin en partenariat avec plusieurs institutions et entreprises du secteur.

Dany Roy termine bientôt son doctorat en sciences de l’eau à l’INRS. Il est l’un des premiers étudiants à avoir bénéficié du nouveau programme de formation multidisciplinaire axé sur les technologies environnementales de décontamination et de gestion intégrée des eaux et des effluents résiduaires (TEDGIEER). Grâce à ce programme, il a pu travailler avec Englobe, une entreprise partenaire spécialisée notamment dans le traitement de sols contaminés et la production de compost et de terreaux. L’expérience a été très valorisante pour lui.

« J’ai pu avoir accès, dans mon stage, à du personnel très spécialisé et à de l’équipement haut de gamme, qui m’ont aidé dans la réalisation de mon doctorat », assure Dany Roy, dont le tuteur est Patrick Drogui. Sa recherche consistait à développer une méthode plus efficace de traitement des lixiviats provenant du processus de compostage. Ce compost provient de plusieurs sources, dont les boues d’épuration des eaux usées et les boues des papetières. « Un des buts de mon travail est d’élaborer un traitement plus rapide qui permettra, entre autres, d’améliorer l’efficacité des centres de biométhanisation [dont certains sont déjà en activité dans la province] », explique-t-il.

Une formation essentielle à l’industrie

Une fois sa formation terminée, Dany Roy fera partie des professionnels très spécialisés dont l’industrie a un criant besoin. « Au cours de mes collaborations avec des industriels, j’ai réalisé qu’il y avait un sérieux manque de personnel qualifié en traitement des eaux », relate Patrick Drogui, lui-même spécialisé dans ce domaine ainsi qu’en électrotechnologies, au Centre Eau Terre Environnement de l’INRS. Il s’agit toutefois ici de traiter des polluants émergents et persistants qui sont réfractaires aux traitements conventionnels. On pense, par exemple, aux polluants provenant des industries cosmétiques et pharmaceutiques ainsi que du secteur minier.

M. Drogui a donc pris l’initiative de créer ce programme, qui aidera à préserver l’intégrité de cette ressource précieuse qu’est l’eau et aussi à satisfaire à des normes de qualité qui deviennent de plus en plus sévères.

Genèse d’un programme

C’est ainsi, en février 2018, que le programme est officiellement annoncé. « Sa mise sur pied a été facilitée par le partenariat de sept universités, dont celles de Sherbrooke, de Montréal et Laval, précise le professeur Drogui. Il s’adresse autant aux étudiants du premier cycle universitaire et de la maîtrise qu’à ceux du doctorat. »

Au cours de cette formation, les étudiants bénéficient d’un stage en industrie de quatre mois pour la maîtrise et de huit mois pour le doctorat. Dans le cadre du programme, chaque étudiant doit consacrer au moins 20 % de son temps à l’un des collaborateurs industriels (par exemple : Sanexen, Premier Tech, CRI Environnement). « Ce stage les aidera à mieux comprendre les besoins de l’industrie et à se familiariser avec les technologies environnementales et les techniques de décontamination des eaux », dit M. Drogui. Les étudiants profitent ainsi de l’expertise des partenaires industriels pour développer les compétences nécessaires pour ensuite relever les défis scientifiques et technologiques que pose ce secteur.

Une formation flexible et multisite

Seize étudiants sont inscrits au programme en ce moment. Beaucoup sont rattachés à l’INRS, alors que les autres proviennent de l’une des sept universités partenaires. « Les cours sont donnés à l’INRS ainsi qu’à l’une des sept universités participantes, dit M. Drogui. Il est aussi possible de suivre des cours par visioconférence. » Les projets de recherche doivent tous avoir un lien avec l’eau et six axes de recherche ont été définis, dont l’amélioration des systèmes existants de décontamination pour les collectivités urbaines et l’utilisation des sources d’énergie renouvelables pour la dépollution des eaux.

Ce programme a pu voir le jour grâce à une importante subvention du programme FONCER à hauteur de 1,65 million de dollars provenant du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).

« J’ai pu avoir accès, dans mon stage, à du personnel très spécialisé et à de l’équipement haut de gamme, qui m’ont aidé dans la réalisation de mon doctorat »