Les étudiants dans la rue pour réclamer des stages rémunérés

La présence des femmes s’est fait ressentir durant le rassemblement alors que les slogans criés à tue-tête et les pancartes agitées dans les airs étaient surtout féminins.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présence des femmes s’est fait ressentir durant le rassemblement alors que les slogans criés à tue-tête et les pancartes agitées dans les airs étaient surtout féminins.

Près d’un millier d’étudiants du cégep et de l’université ont manifesté dans les rues de Montréal mercredi après-midi pour réclamer des stages rémunérés dans tous les domaines d’études.

« Pas d'salaire, pas d'stagiaires » ; « Ras le bol d'être bénévoles » ; « L'exploitation n'est pas une vocation », ont-ils scandé d’une même voix, alors réunis au parc Émilie-Gamelin autour de 15 h, juste avant de se mettre en marche.

« Je fais présentement un stage de six semaines non rémunéré, où pourtant je prends pratiquement la place de l’enseignant : gestion de la classe, planification des activités, etc. C’est vraiment injuste », confie Eugénie, étudiante en enseignement du français langue seconde à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle est venue manifester son mécontentement mercredi, emmitouflée dans sa grosse écharpe grise, brandissant sa pancarte sur laquelle était écrit « J’ai même pas 75 $ par semaine pour des Ramens ».

L’étudiante se dit surtout révoltée de voir que les femmes sont les plus touchées par la situation puisqu’elles sont plus nombreuses dans les domaines de l’éducation ou de la santé, qui imposent plusieurs stages dans leur cursus.

La présence des femmes s’est d’ailleurs fait ressentir durant le rassemblement, les slogans criés à tue-tête et les pancartes agitées dans les airs étant surtout féminins.

« Tout travail mérite salaire, les stagiaires devraient aussi être rémunérés », a fait valoir Olivier Aubry, vice-président du Syndicat des chargés de cours de l'UQAM. Avec plusieurs de ses collègues, il a tenu à manifester aux côtés des étudiants, en signe de solidarité et pour appuyer leurs revendications.

Pendant presque deux heures, les manifestants ont ainsi envahi les rues du centre-ville, zigzaguant parfois entre les voitures immobilisées, et distribuant des tracts aux automobilistes bloqués. La marche s’est terminée au square Victoria, où plusieurs personnes ont pris la parole devant quelques centaines de courageux, fiers d’avoir bravé le froid pour se faire entendre. 

Si la présence policière s'est fait ressentir tout au long de la manifestation, tout s'est déroulé dans le calme et dans une ambiance festive. En soirée, plusieurs voitures de police étaient toutefois stationnées aux alentours de l'UQAM tandis que les membres de la sécurité de l'établissement demandaient à quiconque souhaitait rentrer de présenter sa carte étudiante. 

« Il y a une fête étudiante organisée ce soir. Alors, on assure juste une présence pour éviter tout affrontement entre les membres de la sécurité et les étudiants. Mais si tout se passe bien, on n’aura même pas à entrer », explique le Service de police de la Ville de Montréal. Au début du mois, des individus masqués ont détruit des caméras de surveillance et écrit des slogans avec de la peinture sur les murs d'un des bâtiments. 

Vers une grève générale illimitée ?

La manifestation de mercredi s’inscrit dans le cadre d’un mouvement de grève cette semaine. Près de 58 000 étudiants à travers la province ont boycotté leurs cours ou leur stage depuis lundi matin, d’après les Comités unitaires sur le travail étudiant (CUTE), qui chapeautent le mouvement. Certaines associations étudiantes se sont dotées d’un mandat de grève d’une semaine, d’autres pour certaines journées seulement.

Les étudiants veulent ainsi faire pression sur le gouvernement caquiste de François Legault, n’hésitant pas à brandir la menace d’une grève générale illimitée durant la session d’hiver.

« La revendication portée par les étudiants et étudiantes en grève cette semaine est la rémunération et non la compensation, idée que le ministre [de l’Éducation] semble privilégier », insiste Sandrine Boisjoli, militante des CUTE.

Des manifestations ont aussi été organisées à Québec, Gatineau et Sherbrooke.