Remaniement des fonds aux écoles défavorisées: des milliers d'élèves touchés

Avec les nouveaux indices, 27 écoles de la CSDM perdent leur statut d’école défavorisée, auquel étaient rattachés des fonds totalisant 2,98 millions de dollars. 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Avec les nouveaux indices, 27 écoles de la CSDM perdent leur statut d’école défavorisée, auquel étaient rattachés des fonds totalisant 2,98 millions de dollars. 

Des milliers d’élèves vulnérables de Montréal vont perdre un précieux soutien professionnel en raison d’un remaniement des fonds destinés aux écoles défavorisées. Selon ce que Le Devoir a appris, les nouveaux indices de défavorisation des écoles du Québec provoquent une onde de choc chez les directeurs d’école et les gestionnaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

La plus grande commission scolaire du Québec perd au change dans le calcul des nouveaux indices de défavorisation, établis par le ministère de l’Éducation d’après les données du recensement de 2016. Ainsi, 27 écoles de la CSDM perdent leur statut d’école défavorisée, auquel étaient rattachés des fonds totalisant 2,98 millions de dollars.

Ces écoles, situées pour la plupart dans les quartiers de Rosemont–La Petite-Patrie, Villeray et Le Plateau-Mont-Royal, ont changé de statut à la suite de l’arrivée de familles plus nanties dans le secteur. Et pour certaines d’entre elles, c’est la saignée. Des données préliminaires démontrent par exemple que l’école secondaire Père-Marquette, dans Rosemont, perdrait 413 000 $ en raison des nouveaux indices de défavorisation. L’école primaire Marie-Favery, dans Villeray, aurait 245 000 $ en moins et l’école La Petite-Patrie (pavillon Saint-Jean-de-la-Croix) serait privée de 208 000 $.

« Ces chiffres sont une vraie bombe. Les services aux élèves vont souffrir », lance une source qui a requis l’anonymat.

On parle de fonds pour embaucher des professionnels — orthophonistes, orthopédagogues, techniciens en éducation spécialisée, etc. — et pour offrir de l’aide alimentaire, soit la distribution de berlingots de lait en classe.

Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM, a confirmé au Devoir les données préliminaires qui lui ont été transmises par le ministère de l’Éducation. « Ce sont des sommes importantes. On va faire des représentations à Québec pour qu’ils financent une transition, pour amortir le choc dans certains établissements », dit-elle.

À l’inverse, 11 écoles de la CSDM gagneront en services alors qu’elles passent du statut favorisé à défavorisé, précise Mme Harel Bourdon. Un plus grand nombre d’écoles en région obtiendront également des fonds supplémentaires.

Scolarité de la mère

Pour désigner les écoles ayant droit à des fonds pour les élèves les plus vulnérables, le ministère de l’Éducation se base sur l’indice de milieu socio-économique (IMSE). Cet indice tient compte de deux facteurs considérés comme cruciaux pour la réussite des élèves, soit la scolarité de la mère et l’activité (ou non) des parents sur le marché du travail. L’indice change lors de chaque recensement, tous les cinq ans.

Or, ces indices ne donnent pas un portrait complet de la réalité, estime la présidente de la CSDM. Ainsi, les mères sont peut-être plus scolarisées, mais dans bien des cas, notamment pour les immigrantes, le diplôme obtenu dans le pays d’origine n’est pas reconnu et n’est pas garant d’une vie sans difficulté.

De même, elle croit qu’un nombre important de parents ont déclaré être actifs sur le marché du travail, ce qui se traduit par une plus grande « favorisation », malgré le fait que plusieurs de ces emplois sont à temps partiel et mal rémunérés.

« On pense qu’on est beaucoup pénalisés par ces règles-là, explique Catherine Harel Bourdon. Ce qui est très difficile, c’est que des élèves en situation précaire, il peut y en avoir dans toutes les écoles, qu’elles soient classées 1 (très favorisée) ou 10 (très défavorisée). »

Or, seules les écoles classées entre 8 et 10 obtiennent des sommes supplémentaires.

Mince consolation, Mme Harel Bourdon explique que la plus grande « favorisation » des écoles montréalaises risque d’amoindrir les besoins criants en locaux de classe et en personnel enseignant. En effet, les ratios maître-élèves sont plus élevés dans les classes plus favorisées. Comme il y a plus d’élèves dans chaque classe, cela nécessite moins d’enseignants et moins de locaux.

Je trouve ça inquiétant. À court terme, les élèves auront les mêmes besoins, mais moins de services.

 

Inquiétude

Les directions d’école viennent de prendre connaissance du nouvel indice de leurs écoles. « Les directions nous ont fait part de leurs inquiétudes », dit Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES). Elle demande elle aussi un « plan de transition » pour minimiser les impacts sur le terrain.

« On est convaincus que les syndicats d’enseignants feront les mêmes demandes au gouvernement. On a bon espoir que le ministre écoutera les demandes des écoles pour assurer les services », ajoute-t-elle.

L’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal indique de son côté attendre de prendre connaissance des chiffres du ministère avant de réagir.

« Je trouve ça inquiétant. À court terme, les élèves auront les mêmes besoins, mais moins de services », a quant à lui réagi Michel Mayrand, président du Syndicat des professionnelles et professionnels du milieu de l’éducation de Montréal.

« Tant mieux, s’il y a de l’enrichissement collectif, mais il est dommage que les services aux élèves en souffrent », a-t-il ajouté.

Pour ajouter à l’incertitude, d’autres changements aux indices de défavorisation sont à prévoir en décembre prochain pour les écoles des cinq commissions scolaires de l’île de Montréal. Dans la métropole, le comité de gestion de la taxe scolaire fait sa propre carte de la défavorisation, selon ses propres calculs, et les résultats ne correspondent pas toujours à ceux du ministère de l’Éducation. Les prochains résultats devraient être connus à la mi-décembre, confirme la directrice générale, Hélène Meagher.

Dans ce cas-ci, par contre, l’argent destiné aux mesures d’accompagnement pour les élèves les plus vulnérables n’est pas envoyé directement aux écoles, mais bien aux commissions scolaires, qui peuvent décider comment elles vont redistribuer l’argent.

L’an dernier, le comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal a versé un total de 10,5 millions à ses cinq commissions scolaires. Cette année, l’enveloppe sera bonifiée d’un million de dollars, pour un total de 11,5 millions.

7 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 16 novembre 2018 06 h 35

    INDICE DES DÉFAVORISATION DES ÉCOLES

    Quand une société « tolère » que l'une ou l'autre de ses écoles soient « étiquetées » de « défavorisées », j'ai mal au coeur.
    Nos représentantEs devraient être IMPUTABLES de cette situation in-ad-mis-si-bles et cela commence par nos représentantEs éluEs québécois et... canadiens.

    Voir la recherche http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web

  • Michel Laforge - Abonné 16 novembre 2018 06 h 55

    Question simple.

    Est-ce que le Québec aime ses enfants?

    • Patrick Daganaud - Abonné 16 novembre 2018 13 h 15

      OuI, le Québec aime ses enfants : il en est «FOU » officiellement depuis 1991...près de 20 ans!

      Mais il faut croire que son adage est « Qui aime bien châtie bien. » tant il en martyrise et en condamne à l'amoindrissement.
      Et, à cet égard, l'administration de la CSDM fait sa « juste » part : plusieurs enfants vulnérables y sont notablement maltraités, malgré les efforts des intervenants du terrain.
      On ne ne peut pas financer le déploiement des projets éducatifs sélectifs et voir sérieusement à égaliser les chances des moins bien nantis.
      Et on ne peut pas non plus sélectionner sans pratiquer de discrimination systémique, entre autres à l'égard de certains communautés culturelles.

  • Gilles Roy - Abonné 16 novembre 2018 08 h 36

    Bâclé

    On confond et ignore pas mal de trucs dans cet article. L'argent du ministère n'est pas l'argent du Comité de gestion de la taxe scolaire. Le rang IMSE n'est pas l'indice du dit Comité. La mise en décile de l'IMSE tronque des éléments importants de la réalité. Ça fait un bail que l'on sait que Montréal et l'IMSE ne convainc pas vraiment, et que des «corrections» allaient être opérées. Etc. Bref et avant de commenter trop avant, prière à tous un chacun de mieux (et autrement) s'instruire du dossier.

  • Gilles Théberge - Abonné 16 novembre 2018 08 h 46

    C’est merveilleux,certaines de ces écoles sont situées dans le beau comté de Rosemont. Le député de Québec Solidaire de ce comté va nous montrer de quel bois il se chauffe hein !

    Bravo !

  • Mario Jodoin - Abonné 16 novembre 2018 10 h 46

    L’indice de milieu socio-économique

    Je critique cet indice depuis sa création. Il repose d'une part sur des moyennes de quartiers (selon les codes postaux) et non pas sur la situation réelle des parents et surtout de la mère. Dans un secteur de recensement où la moitié des mères sont peu scolarisées. on considérera que que toutes les mères de ce secteur le sont à 50 %, peu importe leur situation réelle. Et, à Montréal où près de la moitié des élèves du secondaire vont dans dans des écoles qui sélectionnent leurs élèves et viennent de familles qui ont des caractéristiques socio-économiques plus élevées que la moyenne de leur quartier, ces indices sont carrément mensongers.

    Et les fonctionnaires le savent (j'ai déjà communiqué avec eux à ce sujet), mais ils n'y peuvent rien : les politicien.nes veulent des indices, alors les fonctionnaires leur en fournissent, même si ces indices sont mal foutus...