L’apaisement, ou l’amour du stress

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Un des axes de recherche de Sonia Lupien a été le technostress et les interactions sociales sur les réseaux sociaux.
Photo: Victoria Heath Unsplash Un des axes de recherche de Sonia Lupien a été le technostress et les interactions sociales sur les réseaux sociaux.

Ce texte fait partie du cahier spécial Acfas

Le stress nous pourrit la vie. Pourtant, sans lui, l’homme des cavernes n’aurait jamais été capable de survivre. Sonia Lupien en est convaincue ; on peut apprendre à aimer le stress.

C’est à partir de quatre déclencheurs que nous composons notre réponse au stress : la perte de contrôle, l’imprévisibilité, la nouveauté et la menace à l’ego, ce que Sonia Lupien appelle CINÉ. « Après avoir bien compris comment les hormones de stress pouvaient mener aux désordres physiques et mentaux, on s’est ensuite demandé pourquoi on se met à trop en produire », explique la lauréate. Et après avoir tout lu ce qui s’est écrit sur le sujet, elle en est venue à la création de cet acronyme, elle ajoute : « Ce qui est merveilleux, c’est que si l’on agit sur l’un ou l’autre de ces déclencheurs ou sur les quatre, on va produire moins ou plus d’hormones. Conclusion ; on a beaucoup plus de contrôle sur notre stress qu’on le pense. »

Dans ses recherches pour arriver à comprendre pourquoi le corps humain peut se mettre à produire trop d’hormones de stress, Sonia Lupien s’est concentrée sur les facteurs sur lesquels on peut avoir le contrôle, des facteurs qui sont modifiables : « J’ai beaucoup travaillé sur les préconceptions de stress négatives ou positives. Elles peuvent déterminer la production d’hormones », explique la spécialiste des neurosciences.

Un des axes de recherche de Sonia Lupien a été le technostress et les interactions sociales sur les réseaux sociaux : « Les heures passées sur Facebook ne sont pas un déterminant d’une production accrue d’hormones de stress, mais le nombre d’amis oui ; 300 amis, ça commence à devenir très lourd ! » Les réseaux sociaux génèrent du soutien social, de l’empathie virtuelle. Sur Facebook, on agit ou on réagit. Mettre en ligne une photo va susciter des commentaires positifs, c’est ainsi qu’on va chercher du soutien social. « Ce sont ceux qui commentent les photos des autres, donc ceux qui donnent du soutien social, qui produisent moins d’hormones de stress », affirme-t-elle.

Le téléphone mobile, ou plutôt son manque, peut quant à lui faire augmenter la production d’hormones. On nomme ce trouble la mobidépendance, traduction du néologisme anglophone no mobile phobia. « Si, dans une fête, personne ne vous parle, vous pouvez toujours vous tourner vers votre téléphone. Le cellulaire sert alors de doudou sociale », précise Sonia Lupien. On commence enfin à comprendre la nature des comportements avec les nouvelles technologies.

Sonia Lupien souhaiterait dorénavant mettre à profit ses connaissances pour qu’elles puissent être transposées dans le milieu clinique. « Des psychologues me demandent comment traduire CINÉ avec leurs patients, et des oncologues voudraient savoir comment annoncer un cancer sans que ce soit trop souffrant. » Dans ce sens, elle voudrait adapter son travail pour des cliniciens, des gens qui pourraient « prendre toute l’information qu’on a générée au cours des 25 dernières années et la mettre au service des patients. Je pense que je suis rendue là ».