De l’école à la guerre

Simon Van Vliet Collaboration spéciale
Gazal, enfant syrienne, fut photographiée en 2015 dans son camp de la région de l’Akkar, où elle vivait toujours en 2017 avec sa mère et sa plus jeune soeur. En deux ans, sa situation n’avait en rien changé. La jeune fille allait régulièrement suivre des cours dans une école de fortune mise sur pied par une ONG internationale, mais l’éducation offerte n'était évidemment pas suffisante, note le photographe
Photo: Frédéric Séguin Gazal, enfant syrienne, fut photographiée en 2015 dans son camp de la région de l’Akkar, où elle vivait toujours en 2017 avec sa mère et sa plus jeune soeur. En deux ans, sa situation n’avait en rien changé. La jeune fille allait régulièrement suivre des cours dans une école de fortune mise sur pied par une ONG internationale, mais l’éducation offerte n'était évidemment pas suffisante, note le photographe

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Gestionnaire d’intervention rapide à la Croix-Rouge canadienne, Jean-Baptiste Lacombe a effectué des missions dans divers pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient aux prises avec des crises humanitaires ou des conflits armés. Dans la plupart des zones de guerre qu’il a visitées, il a constaté une « destruction des infrastructures » d’éducation.

Une telle destruction est particulièrement notable dans la bande de Gaza, où plusieurs bâtiments scolaires ont été ciblés par des bombardements depuis le regain d’intensité du conflit israélo-palestinien, en 2014. Caroline Dauber, coordonnatrice de terrain pour le projet d’éducation inclusive d’Humanité et Inclusion (HI), qui vise à améliorer l’accès des enfants handicapés aux services d’éducation dans la bande de Gaza, souligne que l’escalade de violence à laquelle on assiste depuis le mois de mars dernier a des « impacts importants sur la vie quotidienne » dans le territoire palestinien occupé, notamment en matière d’éducation.

L’éducation comme besoin vital

Un enseignant impliqué dans le programme de HI à Gaza, qui a demandé l’anonymat par peur de représailles, souligne que Gaza est plongé dans le noir 18 heures sur 24 depuis la fermeture de l’unique centrale électrique sur le territoire, en février 2018. À ce manque chronique d’électricité s’ajoute un manque criant de ressources pédagogiques pour les enseignants et de ressources de soutien pour les élèves handicapés ou ceux qui vivent de la « détresse psychologique » en raison de l’insécurité permanente et de la violence quasi journalière. Malgré cette dure réalité, l’éducation demeure perçue comme un besoin « vital » chez les Gazaouis, assure notre source.

Photo: Frédéric Séguin Khaled, un jeune syrien, habite dans un camp de réfugiés près de la frontière est du Liban avec la Syrie dans la vallée de la Beqaa. Il fut photographié la première fois en 2015, seul et en retrait aux abords de son camp. Le photographe l'a retrouvé deux ans plus tard, dans le même camp, avec sa mère et son père. En raison de sa condition, Khaled est muni d’un tuyau qui évacue le surplus d’eau qui s'accumule dans sa tête. Il aurait besoin de traitements plus poussés, mais son père ne peut pas se permettre de quitter le camp pour habiter ailleurs.

Même aux prises avec un conflit meurtrier, les populations civiles voient dans l’éducation une occasion « d’améliorer leurs opportunités futures », observe Caroline Dauber. Jean-Baptiste Lacombe fait le même constat : « Les gens voient vraiment la corrélation entre les études et le niveau de vie futur », explique-t-il.

À l’école des réfugiés

Pour les personnes qui ont réussi à échapper à la guerre ou qui ont été forcées de la fuir, l’enjeu de l’accès à l’éducation se transpose dans les camps de réfugiés, où se posent d’autres défis. Aux millions de réfugiés Palestiniens qui vivent dans les camps en Jordanie ou au Liban, parfois depuis des décennies, se sont ajoutés ces dernières années des millions de réfugiés Syriens qui ont pris la route de l’exil au Moyen-Orient depuis le début de conflit armé, en 2011.

Un trait commun de ces populations réfugiées est leur haut degré de scolarisation. On compte en Palestine une population « très éduquée », souligne en effet Caroline Dauber. En Syrie, « le niveau d’éducation était très, très élevé », note pour sa part Jean-Baptiste Lacombe. Or, l’accès à l’éducation supérieure est particulièrement limité dans les camps de réfugiés qui n’offrent généralement pas non plus de lieux de pratique pour les formations professionnelles qui nécessitent des stages.

À la pénurie de ressources pédagogiques s’ajoute aussi la difficulté de recruter des enseignants qui peuvent travailler dans les camps ou qui maîtrisent la langue des réfugiés. Jean-Baptiste Lacombe cite à cet égard le cas des Rohingyas du Myanmar (ancienne Birmanie) qui n’ont pas accès à l’éducation dans leur langue dans les camps qu’il a visités au Bangladesh.

En plus de soutenir le développement de services d’éducation de base pour les réfugiés, les organisations internationales doivent aussi parfois développer des programmes d’éducation ciblée sur des enjeux particuliers à une zone à risque. Humanité et Inclusion, qui oeuvre depuis plus de 30 ans auprès des réfugiés myanmarais établis en Thaïlande, a par exemple développé un programme d’éducation au danger des mines dans les zones frontalières lourdement minées.