Vulgariser la supraconductivité

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Sékou-Oumar Kaba, bachelier en physique de l’Université Laval, vulgarise dans une capsule de trois minutes le phénomène des supraconducteurs.
Photo: Acfas Sékou-Oumar Kaba, bachelier en physique de l’Université Laval, vulgarise dans une capsule de trois minutes le phénomène des supraconducteurs.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’étudiant à la maîtrise en physique à l’Université de Sherbrooke Sékou-Oumar Kaba a réalisé une capsule audio au sujet de la recherche sur les supraconducteurs. Capsule qui a remporté un prix de vulgarisation scientifique de l’Acfas. Portrait d’un chercheur prometteur qui porte un grand intérêt à la vulgarisation.

Il faut bien connaître le phénomène des supraconducteurs pour l’expliquer en trois minutes dans une capsule audio. C’est ce qu’a réussi à faire Sékou-Oumar Kaba, bachelier en physique de l’Université Laval. M. Kaba termine en ce moment sa maîtrise dont le sujet de recherche est la supraconductivité du ruthénate de strontium, sous la direction de David Sénéchal, à l’Institut quantique de l’Université de Sherbrooke.

D’entrée de jeu, en écoutant la capsule audio du jeune chercheur, on apprécie sa narration fluide, ses explications claires et concises d’un concept plutôt abstrait et difficile à vulgariser. Il est donc compréhensible qu’elle ait attiré l’attention du jury de l’Acfas.

Pourquoi s’intéresser à la supraconductivité ?

La supraconductivité est très intéressante dans le cas du transport de l’énergie. Si on réussissait à bien maîtriser cette technique, on pourrait transporter l’électricité beaucoup plus efficacement et sans perte. « Lors de ce transport actuellement, même les meilleurs conducteurs occasionnent des pertes d’énergie, dit M. Kaba. C’est qu’un fil va toujours chauffer lorsqu’il y a un courant qui passe. Ces pertes peuvent s’élever jusqu’à 15 %. »

La supraconductivité intéresse donc les chercheurs pour cette raison, entre autres. Elle pourrait avoir, en effet, plusieurs applications. Par exemple, elle serait utile dans la propulsion de trains à sustentation magnétique, dans le développement d’ordinateurs quantiques, de générateurs, de moteurs et du stockage de l’électricité.

Or, il y a un problème : la supraconductivité n’est pas présente de façon naturelle dans les matériaux. « Pour obtenir cette propriété, il faut abaisser de façon importante leur température, explique M. Kaba. Les meilleurs supraconducteurs atteignent des températures de –135 degrés Celsius. Dans le cas du ruthénate de strontium, une céramique, la supraconductivité est atteinte à une température encore plus basse, soit –272 °C. »

Alors, pourquoi s’intéresser à la supraconductivité du ruthénate de strontium, qui semble présenter de grands défis ? « C’est que les scientifiques croient que, si on réussit à saisir les mécanismes de sa supraconductivité, cela permettra de progresser de façon phénoménale dans la compréhension des matériaux quantiques, » dit M. Kaba.

Sékou-Oumar Kaba aime bien ce domaine de recherche, car il lui offre la possibilité de faire de la recherche fondamentale qui pourrait un jour aboutir à des applications concrètes. « Cette recherche pourrait, par exemple, changer radicalement la technologie utilisée aujourd’hui dans le transport de l’électricité », dit-il.

Un grand intérêt pour la vulgarisation

Qui est donc Sékou-Oumar Kaba et comment expliquer son intérêt pour la science ? M. Kaba est né à Québec de parents originaires de la Guinée-Conakry. Il dit avoir eu un intérêt pour la science dès sa prime jeunesse. « Je n’envisageais pas, cependant, de faire une carrière scientifique pour autant, car j’avais plein d’autres intérêts, mais mon attrait pour la science a finalement pris le dessus », raconte-t-il.

Son intérêt pour la vulgarisation scientifique, quant à lui, s’est concrétisé pendant son cheminement scolaire, plus précisément lors de son baccalauréat en physique. Son but est de faire sortir la science des labos. Ainsi, en 2014, il a été animateur au camp de jour Les Débrouillards de l’Université Laval. « Ce camp s’adressait à des jeunes de 4 à 13 ans, relate M. Kaba. On initiait les jeunes à la pensée scientifique en leur faisant faire une expérience le matin, qu’ils devaient réaliser eux-mêmes. Il y avait un thème par semaine (ex. : le transport, l’archéologie). Le reste de la journée était consacré à des activités autres, comme le sport. »

Une fois à la maîtrise à l’Université de Sherbrooke, son intérêt pour la vulgarisation s’est poursuivi. Cette fois-ci, cela s’est concrétisé d’une autre façon. « J’ai fourni, par exemple, une aide à l’organisation de conférences ou d’activités scientifiques pour le Regroupement étudiant des chercheurs et chercheuses de l’Université de Sherbrooke [RECSUS] », dit-il.

Animateur d’une émission de radio en science

De janvier 2018 à avril de la même année, il pousse encore plus loin la vulgarisation scientifique en coanimant une émission, diffusée sur les ondes de la radio étudiante de l’Université de Sherbrooke, CFAK, et de la station de radio officielle de l’Université de Montréal, CISM. « L’émission, intitulée Aujourd’hui, c’est déjà demain, s’intéressait à la société du futur sous divers aspects (cryptomonnaie, environnement, mouvement néo-paysan, etc.), relate-t-il. J’y coanimais une émission d’une heure, une fois par semaine. »

Renouvellerait-il l’expérience s’il en avait l’occasion ? « Pas certain, car cela demande beaucoup de temps, de préparation, de recherche, et il faut aussi trouver des spécialistes pour discuter intelligemment de chaque sujet », dit-il. Bref, beaucoup de travail, effectué bénévolement.

Et l’avenir ?

Sékou-Oumar Kaba soumettra bientôt son mémoire de maîtrise. Il a trouvé récemment un travail dans le domaine des mégadonnées (big data). « Sans trop détailler la nature de mon travail, disons qu’il consistera à exploiter la masse de données pour aider les entreprises à prendre les meilleures décisions d’affaires », dit-il. Il n’exclut toutefois pas la possibilité de faire un doctorat.