L’écotourisme aide-t-il à réduire la pauvreté?

Martine Letarte Collaboration spéciale
Marie-Ève Yergeau a passé quatre mois au Népal et a collecté des données dans des zones protégées où l’écotourisme est florissant.
Photo: Acfas Marie-Ève Yergeau a passé quatre mois au Népal et a collecté des données dans des zones protégées où l’écotourisme est florissant.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour son doctorat en économie du développement réalisé en cotutelle entre l’Université de Sherbrooke et l’Université de Montpellier, Marie-Ève Yergeau a reçu vendredi le prix de thèse en cotutelle Québec-France 2018 des Journées de la relève en recherche, présentées par l’Association francophone pour le savoir (Acfas) et les Fonds de recherche du Québec. Comme projet doctoral, elle a choisi de se pencher sur l’écotourisme au Népal et son impact sur la pauvreté.

Alors que les enjeux environnementaux sont criants sur la planète, les pratiques responsables adoptées dans les différentes sphères d’activité représentent une planche de salut. Comme l’écotourisme, qui amène les gens à découvrir de nouveaux territoires tout en respectant l’environnement et la culture locale.

« Mais l’écotourisme, qui comprend souvent la création de zones protégées pour préserver la biodiversité, signifie aussi pour les populations locales un accès limité aux ressources naturelles, ce qui peut avoir un impact sur leurs revenus », explique Marie-Ève Yergeau.

Pour son doctorat, elle s’est donc demandé si le développement de l’écotourisme offrait, en contrepartie, des occasions de générer des revenus alternatifs pour les populations locales et, ainsi, de réduire la pauvreté.

Elle a été codirigée par Dorothée Boccanfuso, professeure en économie à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, et Stéphane Mussard, qui était alors à l’Université de Montpellier.

« Elle a une approche très appliquée, alors que lui est un théoricien de l’économie du bien-être; ils sont très complémentaires », affirme Marie-Ève Yergeau.

Quatre mois sur le terrain

Pour réaliser son doctorat, Marie-Ève Yergeau a passé quatre mois au Népal, grâce à une bourse du Centre de recherches pour le développement international (CRDI). Elle a collecté des données dans des zones protégées où l’écotourisme est florissant.

« Je ne parle pas le népali, alors j’avais embauché une bonne équipe de 10 enquêteurs locaux qui sont allés rencontrer les ménages dans des régions rurales où il y a beaucoup de pauvreté », explique Marie-Ève Yergeau.

Elle les a accompagnés quelques fois, mais elle a senti que sa présence pouvait déranger les entrevues, qui étaient réalisées de façon très intime.

« Ça n’a rien à voir avec les enquêtes qu’on peut réaliser au Québec, explique Mme Yergeau. Souvent, les femmes recevaient les enquêteurs dans la maison familiale pour une bonne heure et demie et ils discutaient en même temps qu’elles préparaient à manger ou s’occupaient des enfants. Les enquêteurs posaient des questions sur leur revenu, leur consommation, leur éducation, leur santé et sur l’implication de leur ménage dans l’écotourisme. »

Elle a finalement trouvé que l’écotourisme permet de réduire la pauvreté, mais seulement pour les ménages qui ont créé leur entreprise dans le domaine.

« Chez les gens qui sont salariés, on n’a pas trouvé d’effet significatif du développement de l’écotourisme », précise Marie-Ève Yergeau, qui est maintenant associée de recherche à l’Institut d’étude du développement international de l’Université McGill, où elle gère un laboratoire de recherche sur la gouvernance globale qui se penche beaucoup sur la question de la migration des réfugiés.

La rigueur des chiffres

Originaire de Trois-Rivières, Marie-Ève Yergeau, 35 ans, s’est toujours intéressée au développement international. Et ce, même si personne dans sa famille n’est dans le domaine. Elle a quitté sa ville natale pour réaliser sa maîtrise en gestion du développement local et international à l’Université de Sherbrooke.

« Lors d’un stage dans une organisation non gouvernementale qui réalisait de la recherche en économie à Bamako, au Mali, j’ai vraiment pu réaliser à quel point les chiffres apportaient de la rigueur aux efforts de développement international et ça a confirmé mon choix de poursuivre mes études au doctorat en économie. »

Elle ne l’a pas regretté.

« Il y a une action humanitaire considérable qui se réalise, mais il y a peu de données accessibles, constate Marie-Ève Yergeau. Pourtant, les chiffres peuvent mesurer l’impact de certaines politiques et faire toute une différence pour les organismes humanitaires sur place qui travaillent à améliorer la vie des gens. »