Les troubles alimentaires sous la loupe

Magdaline Boutros Collaboration spéciale
On en sait encore peu sur la prévalence des symptômes de troubles alimentaires dans la population en général.
Photo: Nate Nessman Unsplash On en sait encore peu sur la prévalence des symptômes de troubles alimentaires dans la population en général.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Quels sont les facteurs de santé physique et mentale qui contribuent à l’apparition de troubles alimentaires chez les adolescents québécois ? C’est cette question qui est au coeur des recherches de Jessica Di Sante, étudiante au doctorat à l’Université Concordia, qui vient de décrocher une bourse de plus de 100 000 $ des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

« La première idée qui m’est venue en tête lorsque j’ai appris que je recevais la bourse, ç’a été de me dire que ce n’est pas juste moi que ça intéresse. C’est un sujet qui est important pour le domaine de la santé mentale. Ça m’a donné un encouragement énorme », dit la jeune chercheuse au bout du fil.

Les troubles alimentaires ont déjà été étudiés sous de nombreuses facettes. Jessica Di Sante souhaite innover en scrutant les symptômes non cliniques présents chez les adolescents québécois.

« Jusqu’à maintenant, les recherches se sont surtout concentrées sur les personnes qui ont reçu un diagnostic de troubles alimentaires. Mais on en sait encore peu sur la prévalence des symptômes dans la population en général », explique-t-elle.

Ces symptômes « peuvent être dérangeants au quotidien » sans pour autant être de sévérité clinique. Il peut s’agir de difficultés basées sur l’image corporelle, de craintes liées à la perte de contrôle au niveau de la quantité de nourriture ingérée ou encore de la place dominante que peut prendre la nourriture dans la vie d’un individu.

« Je veux étudier la prévalence de ces symptômes, mais aussi comment ils se manifestent chez les adolescentes et les adolescents », explique Jessica Di Sante, qui mène ses travaux sous la direction de Linda Booij, professeure au Département de psychologie et codirectrice du Centre de recherche clinique en santé de l’Université Concordia.

Je veux étudier la prévalence de ces symptômes, mais aussi comment ils se manifestent chez les adolescentes et les adolescents

Pour y parvenir, l’étudiante en 2e année du programme doctoral en psychologie analysera une base de données déjà constituée. Ces données ont été collectées auprès d’un échantillon de plus de 1000 adolescents québécois. « Ce sont des personnes qui ont été suivies depuis leur naissance. C’est une large cohorte longitudinale représentative du Québec », souligne Jessica Di Sante.

La chercheuse, qui détient une maîtrise en sciences biomédicales de l’Université de Montréal, tentera notamment de déterminer si certains facteurs s’étant manifestés dans l’enfance ou même dans la vie intra-utérine des sujets peuvent prédire l’apparition de symptômes liés aux troubles alimentaires.

Certains aspects de santé physique, comme le développement corporel, le poids dans l’enfance, les comportements alimentaires, et des aspects de santé mentale, comme l’insatisfaction corporelle, l’intimidation pratiquée par les pairs et l’adversité vécue dans la famille, seront analysés par la chercheuse.

Les résultats de cette étude pourraient s’avérer particulièrement utiles pour prévenir le développement de troubles alimentaires chez les jeunes. « L’objectif, c’est de mieux comprendre les symptômes et le rôle que peuvent avoir certains facteurs de santé physique et mentale dans leur développement », précise la doctorante.

Éventuellement, des stratégies de prévention plus efficaces, adaptées aux jeunes à risque, pourraient être déployées, explique Jessica Di Sante. Une fois son doctorat en poche, la jeune chercheuse souhaiterait poursuivre son cheminement professionnel en recherche, mais également en intervention auprès de personnes souffrant de difficultés psychologiques liées à la santé et au poids. « Ce que j’apprécie vraiment, c’est de travailler au sein d’équipes multidisciplinaires, que ce soit en recherche ou en intervention », conclut-elle.