Les commissions scolaires ripostent à la CAQ

Intitulée «Mon élu scolaire au coeur de ma communauté», l’initiative propose des témoignages de parents, d’élèves et de directeurs d’école qui ont amélioré leur sort avec l’aide de commissaires scolaires.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Intitulée «Mon élu scolaire au coeur de ma communauté», l’initiative propose des témoignages de parents, d’élèves et de directeurs d’école qui ont amélioré leur sort avec l’aide de commissaires scolaires.

Menacée d’extinction par le gouvernement de François Legault, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a lancé une plateforme numérique de 50 000 $ pour promouvoir le « rôle méconnu » des élus scolaires. Cette campagne ne fait pas l’unanimité, compte tenu des besoins criants des écoles publiques.

Cette initiative, intitulée « Mon élu scolaire au coeur de ma communauté », propose des témoignages de parents, d’élèves et de directeurs d’école qui ont amélioré leur sort avec l’aide de commissaires scolaires.

La campagne de promotion a été lancée en mai dernier, au moment où le débat sur les élections scolaires reprenait de plus belle. L’arrivée anticipée (qui s’est confirmée) d’un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a aussi motivé le lancement de la campagne, indiquent nos sources. Le parti de François Legault prône l’abolition des élections et la transformation des commissions scolaires en simples centres administratifs.

« Il y a beaucoup de citoyens qui ne savent pas ce que ça fait, un commissaire. On veut montrer l’implication des élus scolaires. C’est une campagne pour la valorisation de l’école publique », dit Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM.

Ces six capsules vidéo ont été financées par la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), et non par la CSDM, souligne-t-elle. D’autres commissions scolaires diffusent ces vidéos pour montrer le rôle méconnu des élus scolaires, explique Mme Harel Bourdon.

Ce genre de campagne est monnaie courante, fait valoir la CSDM.

« Par exemple, les syndicats de l’enseignement investissent aussi dans des initiatives de valorisation de leurs services avec la publication de cahiers spéciaux dans les médias imprimés ou par l’organisation de la Semaine pour l’école publique. Ces actions ne servent pas directement à protéger leurs membres, mais bien à valoriser leur rôle dans l’opinion publique et celui de l’école publique en général. »

Violaine Cousineau, commissaire indépendante à la CSDM, ne doute pas de la valeur des élus scolaires. Elle dit croire en la démocratie scolaire. Elle s’interroge tout de même sur la pertinence d’investir des fonds publics pour faire la promotion des élus scolaires compte tenu des besoins des écoles — pénurie de profs et de professionnels, locaux surpeuplés, infrastructures vétustes.

« Dans le contexte actuel où nos écoles manquent de tout, utiliser des fonds publics pour mettre en valeur des élus me semble vraiment “questionnant”, dit-elle. C’est indécent d’utiliser ainsi les rares sous dont on dispose. L’objectif de la campagne, c’est de mettre en valeur les élus eux-mêmes et non la démocratie scolaire ou l’école publique. »

La commissaire a refusé de participer à ces six capsules vidéo, même si un appel à tous a été lancé à la CSDM pour trouver de « bonnes histoires » à raconter. Oui, ce sont de belles histoires, convient Violaine Cousineau. Mais les commissions scolaires, menacées de disparition, n’aident pas leur cause avec cette campagne, selon elle.

Dans le contexte actuel où nos écoles manquent de tout, utiliser des fonds publics pour mettre en valeur des élus me semble vraiment “questionnant”

 

Être ou ne pas être

Les commissions scolaires ont bon espoir de convaincre le gouvernement de la CAQ de renoncer à sa vaste transformation de la gouvernance scolaire, explique Miville Boudreault, président de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île. Il estime que des mesures peuvent être mises en place pour stimuler l’intérêt envers les élections scolaires — le taux de participation a atteint un lamentable taux de 4,85 % au scrutin de 2014.

La Fédération des commissions scolaires a notamment recommandé de tenir les élections scolaires en même temps que le scrutin municipal, comme cela se fait ailleurs au Canada. Le vote électronique contribuerait aussi à augmenter le taux de participation.

La CAQ a une solution plus radicale : éliminer les commissaires élus et transformer les commissions scolaires en de simples centres administratifs. Ces entités régionales continueraient de gérer les services offerts par les commissions scolaires — le transport par autobus, la répartition des budgets et du personnel sur leur territoire et le service de la paye, notamment.

Il reste à voir si le gouvernement mettra en place cet engagement électoral du parti.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que la FCSQ recommande de tenir les élections scolaires en même temps que le scrutin provincial, a été corrigée.