Québec bonifie le salaire des cadres scolaires

Dans certains cas, des membres de la direction avaient un salaire moindre que celui de leurs employés.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Dans certains cas, des membres de la direction avaient un salaire moindre que celui de leurs employés.

À deux semaines du scrutin, le gouvernement Couillard vient de donner le feu vert à de nouvelles « primes de rétention » visant à maintenir en poste les directeurs de cégep et de commission scolaire.

Ces primes font partie d’un décret, publié mercredi dans la Gazette officielle du Québec, qui fixe les conditions de travail des cadres scolaires et des directeurs généraux de commission scolaire et de cégep.

Après sept années de service, les directeurs de commission scolaire recevront une « prime de rétention » annuelle de 4 % tant qu’ils occuperont cet emploi. De leur côté, les directeurs de cégep auront une prime annuelle de 3 % après cinq années de service.

Selon ce que Le Devoir a appris auprès de plusieurs sources, ces nouvelles primes sont une façon d’augmenter la rémunération des dirigeants de cégep et de commission scolaire sans dépasser les hausses salariales de 9 % sur cinq ans consenties en 2015 aux syndiqués. Ces primes sont tirées de « sommes résiduelles » qu’il restait à distribuer aux dirigeants du réseau scolaire en respectant l’enveloppe globale consentie par le Secrétariat du Conseil du trésor, indique-t-on.

Tard mercredi soir, il a été impossible de faire confirmer par Québec l’impact financier des hausses de rémunération accordées aux cadres et aux directeurs du réseau de l’éducation.

Manque de relève

En plus de ces primes, le gouvernement a mis en place un incitatif financier pour venir à bout du manque de relève dans les postes de direction d’école primaire et secondaire. Les enseignants ou les autres membres du personnel qui deviennent directeur ou directeur adjoint auront une hausse de salaire d’environ 10 %.

Cette mesure vise à corriger une iniquité salariale de longue date qui nuisait au recrutement à la direction d’écoles primaires et secondaires.

La rémunération des enseignants et des autres professionnels a augmenté plus vite que celle des cadres scolaires au fil des ans. Résultat : l’écart salarial entre un directeur adjoint au bas de l’échelle et un professeur en haut de l’échelle était si mince que les candidats à des postes de direction se faisaient rares.

Dans certains cas, des membres de la direction avaient un salaire moindre que celui de leurs employés.

« Il y avait un problème d’attrait de la fonction. L’important pour nous était de recréer un écart salarial pour recommencer à recruter », dit Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

« Les banques de candidats sont vides, pourtant le bassin d’enseignants est là », ajoute la représentante des directions d’école des trois commissions scolaires francophones de l’île de Montréal.

10%
La hausse de traitement qu’obtiendra un employé qui accèdera à un poste de direction d’une école primaire ou secondaire.

Le recrutement de directeurs d’école est difficile non seulement à cause des salaires, mais aussi en raison des conditions de travail. Les directeurs et leurs adjoints travaillent de longues heures, ont moins de vacances que les enseignants et ont une tâche de plus en plus lourde.

Le décret publié mercredi prévoit que tout employé postulant à un poste de direction est assuré de voir son salaire augmenter de « 10 % du maximum de la nouvelle échelle de traitement qui lui est applicable ». Dans les faits, cela équivaut en moyenne à un peu moins de 10 % de hausse salariale, selon plusieurs sources consultées par Le Devoir. C’est mieux que l’écart d’environ 5 % qui était observé entre les postes de cadres scolaires et les syndiqués, indique-t-on.

Autres incitatifs

Le décret adopté par Québec prévoit aussi de nouveaux avantages pour les cadres de commission scolaire. Une clause prévoit qu’ils garderont leur rémunération même si le nombre d’élèves de la commission scolaire diminue (leur salaire est fixé en fonction du nombre d’élèves). Les directions d’école avaient déjà un avantage comme celui-ci, qui protège leur salaire en cas de baisse du nombre d’élèves dans leur école.

Des cadres de commission scolaire et du réseau collégial obtiennent aussi une « prime à la disponibilité » pour répondre à d’éventuelles urgences en soirée, la nuit ou les fins de semaine. Cette prime vaut pour les cadres qui gèrent les bris mécaniques, les pannes informatiques, les systèmes d’alarme ou le déneigement, par exemple.

4 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 20 septembre 2018 06 h 01

    ENCORE DE L'$$$ POUR POUR DES « CADRES » AU GOÛT DU JOUR

    Ce sont les travailleuses et les travailleurs qui donnent les services directs d'enseignement qui ont besoin de soutien et de moyens pour faire du bon travail et non de l'$$$ pour le revampage de l' « encadrement ».

  • Patrick Daganaud - Abonné 20 septembre 2018 08 h 43

    UNS STRUCTURE À REVOIR

    Au lieu d'instaurer des primes de rétention, le gouvernement serait mieux avisé de repenser la structure de ses réseaux éducatifs : il y a une nuisance permanente qui découle d'un modèle de gestion fait de roitelets persuadés de détenir la substantifique moëlle....

    C'est vrai dans les universités avec la structure des doyens et doyennes et des directions (improvisées) de départements, provoquant, par professeurs interposés, l'exclusion des décisions des chargés de cours...
    C'est vrai dans les Cégeps avec l'étagement et l'étalement des pyramides de gestion.
    C'et vrai dans les commissions scolaires pour les mêmes motifs.
    C'est vrai enfin dans les écoles où le modèle ancestral de la direction d'école (« direction générale » au privé) devrait être remplacé par des postes de coordination pédagogique et de coordination des plans d'intervention des écoliers vulnérables, postes non en autorité à l'égard des intervenants, mais en soutien aux intervenants.

    Trop d'autorité et trop de pouvoirs nuisent amplement à l'Éducation.

  • Patrick Daganaud - Abonné 20 septembre 2018 08 h 43

    UNS STRUCTURE À REVOIR

    Au lieu d'instaurer des primes de rétention, le gouvernement serait mieux avisé de repenser la structure de ses réseaux éducatifs : il y a une nuisance permanente qui découle d'un modèle de gestion fait de roitelets persuadés de détenir la substantifique moëlle....

    C'est vrai dans les universités avec la structure des doyens et doyennes et des directions (improvisées) de départements, provoquant, par professeurs interposés, l'exclusion des décisions des chargés de cours...
    C'est vrai dans les Cégeps avec l'étagement et l'étalement des pyramides de gestion.
    C'et vrai dans les commissions scolaires pour les mêmes motifs.
    C'est vrai enfin dans les écoles où le modèle ancestral de la direction d'école (« direction générale » au privé) devrait être remplacé par des postes de coordination pédagogique et de coordination des plans d'intervention des écoliers vulnérables, postes non en autorité à l'égard des intervenants, mais en soutien aux intervenants.

    Trop d'autorité et trop de pouvoirs nuisent amplement à l'Éducation.

  • Serge Lamarche - Abonné 21 septembre 2018 02 h 15

    Empirage

    La structure de la société continue d'empirer. Le point de rupture est quand la révolution devient probable.