Nombre record d’élèves en francisation à la CSDM

La famille Magdaleno-Jimenez, arrivée du Mexique, est venue inscrire ses enfants en classe d’accueil à la Commission scolaire de Montréal, mardi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La famille Magdaleno-Jimenez, arrivée du Mexique, est venue inscrire ses enfants en classe d’accueil à la Commission scolaire de Montréal, mardi.

Tous les matins, une file de parents et de leurs enfants se forme dans le hall d’entrée de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Ces élèves venus de partout dans le monde, qui ne parlent pas le français, viennent en nombre record frapper à la porte de la plus grande commission scolaire du Québec.

Le nombre de nouvelles inscriptions en classe d’accueil a bondi de 84 % à la CSDM par rapport à l’an dernier, a appris Le Devoir. La commission scolaire a accueilli à la rentrée 1737 nouveaux élèves étrangers ayant besoin de francisation, comparativement à 946 à la même date l’année dernière. En additionnant les élèves qui fréquentaient déjà ce type de classe, on compte désormais 3751 élèves en classe de francisation — l’équivalent de treize écoles primaires de taille moyenne.

84 %
C'est le pourcentage d'augmentation des inscriptions en classe d'accueil à la CSDM

Il faut ajouter à cela 2970 élèves ayant une connaissance limitée du français et qui ont besoin d’aide pour suivre leurs cours dans une classe ordinaire.

Et ce nombre d’élèves à franciser augmente de jour en jour. Chaque semaine, depuis le début de l’année scolaire, entre 150 et 230 enfants venus de pays étrangers — demandeurs d’asile ou d’autres catégories d’immigrants — viennent s’inscrire à la CSDM. Une quinzaine de classes d’accueil doivent ouvrir leurs portes toutes les semaines. Il s’agit d’une tâche colossale, compte tenu de la pénurie d’enseignants et de locaux de classe, mais la commission scolaire arrive à loger tout ce monde.

« Le défi est énorme », dit Lina Costa, analyste au secteur de l’accueil et de l’admission des nouveaux arrivants à la CSDM.

« On a ouvert les mêmes classes d’accueil qu’à la fin de l’année dernière, et c’est déjà presque rempli partout. Il faut inscrire les élèves dans les écoles où il y a des espaces disponibles, mais ces écoles ne sont pas nécessairement dans les quartiers où habitent les élèves. Le transport scolaire devient un grand défi », ajoute-t-elle.

« Nous sommes déjà en train de planifier les classes d’accueil pour la rentrée après le temps des Fêtes. On trouve une place pour tout le monde », précise Lina Costa.

Pas de vacances

Un nombre record de 271 classes d’accueil (178 au primaire et 93 au secondaire) sont offertes à la CSDM. Pour gérer cette affluence exceptionnelle, une douzaine d’employés travaillent à temps complet, non seulement lors de la rentrée scolaire, mais durant toute l’année. La commission scolaire est même restée ouverte tout l’été, y compris durant les vacances de la construction, pour accueillir les élèves étrangers.

Pour la première fois cette année, les enfants sans papiers ont aussi droit à l’éducation publique gratuite, mais à peine dix de ces élèves bénéficient de cette nouvelle politique à la CSDM.

L’aménagement physique du quartier général de la CSDM, rue Sherbrooke Est, témoigne de l’importance de l’afflux d’élèves étrangers. Un bureau d’accueil, délimité par un paravent, a été aménagé dans le hall d’entrée du bâtiment. Des tables ont été installées pour permettre aux parents de remplir la paperasse administrative.

Dès qu’on franchit la porte accessible par une carte magnétique, dans le couloir à gauche, les cinq premiers bureaux offrent des services aux élèves et à leurs parents nouvellement arrivés au pays.

« On est la première institution québécoise qu’ils rencontrent. Souvent, ils viennent d’arriver au Québec depuis quelques jours ou même quelques heures », dit Lina Costa.

Si on aide la famille, ça va aider l’enfant. Plus les gens sont bien installés dans un milieu stable, plus c’est facile pour les enfants d’apprendre.

 

Objectif : en français

Une équipe de sept intervenants, dont deux travaillent en permanence au rez-de-chaussée du siège social de la CSDM, aide les parents à s’installer au Québec. Julie Dubé et son collègue Kamal Marfoq aident les familles à trouver un logement, à remplir les formulaires du gouvernement, à trouver des meubles, des vêtements d’hiver…

« Si on aide la famille, ça va aider l’enfant. Plus les gens sont bien installés dans un milieu stable, plus c’est facile pour les enfants d’apprendre », dit Julie Dubé.

Les employés du service d’accueil parlent une demi-douzaine de langues, dont l’arabe et l’espagnol. La plupart des familles qui débarquent ici ne parlent ni anglais ni français. Le petit Luo, 11 ans, est arrivé de la province chinoise du Hubei. Ses parents sont de riches investisseurs qui ne parlent que le mandarin. Ils ont hâte que leur fils apprenne la langue officielle du Québec, explique un ami qui accompagne la famille à la CSDM.

« Il aura besoin d’aller en classe d’accueil », explique Mélissa Ruz, agente à l’admission, après avoir fait parler l’enfant, qui a de minces rudiments de français. La maîtrise du français et des mathématiques par les nouveaux arrivants est évaluée dans un local de classe, au quartier général de la CSDM.

Le petit Luo, comme tous les enfants qui se présentent à la CSDM ce matin-là, est impeccablement coiffé et vêtu. Il se tient droit. Pas un mot de travers. Pour les parents qui viennent refaire leur vie dans un autre pays, l’éducation, c’est du sérieux. « Ils donnent tout pour leurs enfants. Ils font d’énormes sacrifices », résume Lina Costa, de la CSDM.

« Nous avons reçu l’an passé beaucoup d’élèves qui ont fui les États-Unis à cause des politiques de Trump. Certains ont un trouble du spectre de l’autisme ou d’autres handicaps, diagnostiqués ou non », affirme Rémi Côté, psychologue à l’accueil des nouveaux arrivants.

« C’est un défi de leur offrir des services, parce que les parents hésitent à parler des problèmes de leurs enfants. Il faut développer un lien de confiance », ajoute-t-il.

Les élèves en classe d’accueil proviennent de plus de 140 États ou juridictions, dont d’autres provinces canadiennes. Plusieurs viennent de pays en crise, comme le Venezuela, le Mexique ou le Nigeria, par exemple.

1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 20 septembre 2018 16 h 21

    Bravo

    Ben voilà. Qui disait que les immigrants allaient aux anglais automatiquement?