Les parents, premiers éducateurs

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Un parent a souvent besoin de ne pas se sentir jugé pour ensuite pouvoir mieux accompagner son enfant, selon Judith Poirier, responsable du développement des pratiques en littératie à la FQOCF.
Photo: Daniela Rey Unsplash Un parent a souvent besoin de ne pas se sentir jugé pour ensuite pouvoir mieux accompagner son enfant, selon Judith Poirier, responsable du développement des pratiques en littératie à la FQOCF.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« Comme Margaret Atwood le souligne, la littérature a de fortes racines qui s’enfoncent sous la table de cuisine , explique d’entrée de jeu Judith Poirier, responsable du développement des pratiques en littératies à la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille (FQOCF). C’est extrêmement relationnel, cette découverte de l’écrit. »

C’est dans cet ordre d’idée que la Fédération travaille intensivement sur la littératie familiale depuis plus de 20 ans : « Au fil des ans, on a développé des outils de référence et d’animation pour accompagner les parents d’enfants de 0 à 5 ans », ajoute Mme Poirier. De tels outils rassurent les parents dans leur mandat d’éveil de leurs tout-petits au monde de l’écrit. Parmi ces publications, Mille pattes, mille mots fait le lien entre le développement psychomoteur et son utilité dans l’apprentissage académique et émotionnel. « On a aussi produit beaucoup de matériel sur la fabrication de livres [pour encourager les familles à écrire leur propre histoire] parce qu’on en est convaincus : on ne peut pas s’attendre à ce qu’elles valorisent la lecture quand leur propre histoire n’est jamais valorisée », explique la responsable. 

Selon l’OCDE, la littératie se définit comme étant « l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités ». Pour la FQOCF, le terme signifie à la fois, et de façon dynamique, le langage oral et le langage écrit, les deux étant indispensables l’un à l’autre.

Forte de son expérience où se mêlent l’analyse de recherches de pointe sur l’analphabétisme, la connexion au patrimoine des familles et l’accompagnement des parents, la FQOCF se concentre aujourd’hui à documenter son approche en littératie familiale bien enracinée dans ses trois fondements : le milieu de vie, l’enrichissement de l’expérience parentale et l’éducation populaire.

Comme il n’y a pas qu’un seul chemin pour s’approprier le monde de l’écrit, « notre regard est global, et on va cultiver le goût d’apprendre en famille », affirme Mme Poirier. Celle-ci constate que chaque famille y va de son patrimoine et possède sa propre façon de faire : « On cherche à redonner aux parents de tous les milieux le sentiment qu’ils sont les premiers éducateurs, alors que, souvent, ce sont les experts qui prennent la parole avant eux », ajoute-t-elle. À fréquenter les parents, elle sent monter en eux une grande anxiété face aux commentaires normatifs des professionnels qui suggèrent des manières de s’y prendre, ou qui déterminent par exemple le nombre d’heures de lecture pour garantir la réussite scolaire de leurs enfants. Judith Poirier rappelle que les enfants s’intéresseront à la lecture si les parents s’y intéressent : « Et si on veut impliquer le parent, il faut partir de ce qu’il aime et de ce qui a du sens pour lui. »

Pour la FQOCF, documenter son approche en littératie familiale signifie de pouvoir offrir « un soutien accru à nos membres grâce à de la documentation et à des éléments de référence pour qu’ils voient l’impact de leurs actions et sachent où les intensifier », déclare la responsable. Cette démarche permettra aussi aux membres de la Fédération de mieux faire valoir l’importance de chacun des gestes faits au quotidien. Par exemple, il sera plus aisé de démontrer qu’une action aide un parent à mieux communiquer avec les enseignants de ses enfants, et ainsi éviter qu’il se mette en retrait : « Un simple geste peut parfois redonner confiance à un parent, conclut Judith Poirier. Un parent a souvent besoin de ne pas se sentir jugé », pour ensuite pouvoir mieux accompagner son enfant.