Un enjeu qui devrait être prioritaire pour tous les partis

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Caroline Meunier, du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec, dit que l’organisme «interrogera les partis sur leurs engagements, sur leurs intentions, sur leur vision de ce que devrait être la lutte contre l’analpha- bétisme et la pauvreté».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Caroline Meunier, du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec, dit que l’organisme «interrogera les partis sur leurs engagements, sur leurs intentions, sur leur vision de ce que devrait être la lutte contre l’analpha- bétisme et la pauvreté».

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« La campagne électorale, c’est l’occasion pour notre réseau et nos membres d’interpeller ceux qui formeront le prochain gouvernement et tous ceux qui auront des responsabilités à titre d’élus », lance Caroline Meunier, responsable au développement des analyses et des stratégies au Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ). La mission du Regroupement est la promotion, la défense et le développement de l’alphabétisation populaire et des groupes populaires d’alphabétisation et la défense des droits des personnes lésées par leur niveau d’alphabétisme.

« On interrogera les partis sur leurs engagements, sur leurs intentions, sur leur vision de ce que devrait être la lutte contre l’analphabétisme et la pauvreté et sur les moyens qu’ils prendront pour améliorer les conditions de vie des plus vulnérables, et on cherchera à connaître leur position au sujet de la reconnaissance et du financement des organismes d’action communautaire », poursuit Mme Meunier.

Une priorité

Après des années d’austérité, de compressions et de restrictions sous la gouverne de Philippe Couillard, il est indispensable pour le RGPAQ de savoir comment les partis entendent réinvestir dans les programmes sociaux et dans les services publics. Ou en d’autres mots, comment ils entendent retisser le filet social. « Comme les élections sont dorénavant à date fixe, on sait qu’on sera toujours en campagne le 8 septembre et, chaque fois, on profitera de cette Journée mondiale de l’alphabétisation pour inviter les candidats à échanger avec nous », fait valoir Caroline Meunier.

En matière d’engagements électoraux, s’il est réélu, on peut penser que le Parti libéral continuera dans la même direction, selon le RGPAQ. « On a vu sa préoccupation pour la question de la littératie lorsque le ministre de l’Éducation, dans la foulée de la politique de la réussite éducative, a annoncé, dans un horizon de quelques années, une stratégie d’alphabétisation pour l’automne 2019 », explique Caroline Meunier. À l’heure actuelle, « c’est tout ce qu’on connaît des intentions du gouvernement libéral », ajoute-t-elle.

De son côté, le Parti québécois a fait de l’alphabétisation une priorité de sa plateforme électorale et indique vouloir lancer en janvier 2020 la décennie québécoise de l’alphabétisation. « C’est positif, et on invite tous les partis à être clairs par rapport à leur position sur cet enjeu », ajoute la responsable. Les chefs des autres partis ne se sont par ailleurs pas encore prononcés sur le sujet.

Pour une véritable stratégie

Lorsqu’il est question de lutte contre l’analphabétisme, on comprend que le concept est beaucoup plus englobant que l’alphabétisation en tant que telle. « Cette lutte requiert des efforts de la part de nombreux ministères et non pas seulement de celui de l’Éducation », précise Caroline Meunier.

L’analphabétisme pose de grands défis à la société, explique-t-elle : « Non seulement les personnes qui ont des difficultés à lire et à écrire en constatent les conséquences au quotidien, mais le problème nous concerne tous, puisque ses effets se répercutent sur l’ensemble de la société. »

Au lendemain de l’élection, le RGPAQ souhaite pouvoir s’asseoir avec le gouvernement et « se mettre au travail pour se donner collectivement une stratégie de lutte contre l’analphabétisme interpellant les partenaires de la société civile avec leur expertise du terrain, qui pourront contribuer à donner une direction à cette stratégie et aussi mettre à profit les différents ministères concernés, explique Caroline Meunier. Mais pour en arriver là, les prochaines semaines seront cruciales », ajoute-t-elle.

Le réseau de lutte contre l’analphabétisme, organisme dont est membre le RGPAQ, ne manque pas d’idées sur l’orientation que devraient prendre les politiques gouvernementales. Rappelons qu’en 2016, le réseau avait publié une plateforme pour une stratégie nationale de lutte contre l’analphabétisme qui proposait de nombreuses pistes de réflexion. Le document précise qu’il est important de tenir compte de la réalité des personnes peu ou pas alphabétisées et de leur famille, et préconise la mise en oeuvre de mesures structurantes.

Il y est aussi clairement mentionné que, pour mettre au point une stratégie de lutte contre l’analphabétisme, il est essentiel de s’appuyer sur une vision globale et cohérente du problème qui inclut la lutte contre la pauvreté mais aussi la santé, et qui se penche sur son aspect social pour permettre aux personnes qui entreprennent une démarche d’alphabétisation de ne pas subir l’exclusion.

Pour conclure, les organismes souhaitent se doter d’une stratégie pour améliorer les conditions de vie des personnes aux prises avec des problèmes d’alphabétisation, mais aussi pour s’assurer que les personnes oeuvrant dans les milieux des groupes d’alphabétisation et d’éducation populaire aient en main toutes les ressources pour bien accompagner les adultes vers un cheminement réussi.

Aujourd’hui, les attentes n’ont pas changé : « Avoir une vision globale et aborder la question sur tous les fronts, déclare Caroline Meunier. Oui, on peut travailler à l’alphabétisation des adultes, mais on ne peut pas se concentrer uniquement sur cette dimension. Il y a différentes facettes au problème et il faut s’attaquer à ses causes ainsi qu’à ses conséquences. »

Au cours des prochains jours, chaque parti recevra une lettre de la part du RGPAQ invitant les candidats à faire part de leurs intentions. « On leur rappellera l’existence de la plateforme et on leur suggérera d’y plonger pour découvrir quelques idées intéressantes », lance Mme Meunier.

Vue d’ensemble de l’analphabétisme au Québec

Parmi les analphabètes :


10 % sont âgés de 16 à 25 ans ;


39 % sont âgés de 26 à 46 ans, donc en âge d’être parents ;


51 % sont âgés de 46 à 65 ans.


50 % C’est le pourcentage de jeunes issus de milieux défavorisés qui ne terminent pas

leurs études secondaires.

 

10e C’est le rang qu’occupe le Québec au chapitre de la compréhension de textes écrits

parmi l’ensemble des provinces et des territoires du pays.
 

49 % C’est le pourcentage de Québécois âgés de 16 à 65 ans qui éprouvent des difficultés

en lecture.
 

31 % C’est le pourcentage d’immigrants analphabètes parmi l’ensemble des personnes

analphabètes de niveau 1. Leurs défis se trouvent souvent davantage du côté de la francisation que de l’alphabétisation.
 

800 000 C’est le nombre d’adultes qui seraient analphabètes dans la province. Dans le

monde, on n’en compterait pas moins de 860 millions, dont plus de la moitié seraient des

femmes.

 

Sources : Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA), Statistique Canada, la Fondation pour l’alphabétisation et l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO)