Rêver aujourd’hui l’école de demain

«L’école québécoise n’a pratiquement pas changé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale», déplore l'auteur Marc-André Carignan.
Photo: Catherine Legault Le Devoir «L’école québécoise n’a pratiquement pas changé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale», déplore l'auteur Marc-André Carignan.

Ce n’est un secret pour personne, l’école québécoise est en mal d’amour depuis de nombreuses années. Souvent dépeinte dans les médias comme étant surpeuplée et anachronique, elle révèle, selon plusieurs, les carences de notre système d’éducation. « C’est un peu comme si nos écoles avaient été figées dans le temps, lance sans ambages l’auteur et chroniqueur Marc-André Carignan. Comme si nos établissements scolaires étaient restés coincés quelque part au milieu du XXe siècle. »

Rencontré dans un café montréalais, alors que son premier essai, Les écoles qu’il nous faut, arrive tout juste en librairie, l’architecte de formation pose un regard très critique sur l’environnement bâti — de la classe à la cour de récréation, en passant par les couloirs et la cafétéria — dans lequel évoluent au quotidien nos enfants et ceux qui leur enseignent.

« L’école québécoise n’a pratiquement pas changé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, déplore-t-il, en laissant échapper un léger soupir. Ce sont encore les mêmes classes fermées avec des pupitres en rangées où tout le monde regarde dans la même direction. La seule chose qui diffère avec ce qu’on proposait il y a 60 ans ? On a ajouté un tableau blanc interactif ! »

Suivre le mouvement

L’heure est pourtant de plus en plus à la personnalisation des espaces, rappelle l’auteur. « On a qu’à penser aux bureaux dans les grandes tours de nos centres-ville ou aux start-up de ce monde, souligne-t-il. Si les entreprises, dont le principal objectif demeure de faire du profit, ont été en mesure de revoir leur environnement pour améliorer la productivité, mais aussi la qualité de vie de leurs employés, je m’explique mal pourquoi nos écoles — ces lieux où on assure l’avenir de notre société — n’arrivent pas à suivre le même mouvement. »

Photo: Kurani Au Colorado, aux États-Unis, des écoles ont été adaptées pour permettre aux enfants de stimuler leur créativité. Comme le système scolaire américain est très similaire à celui du Québec, les parallèles sont plus faciles à faire, note Marc-André Carignan.

D’autant, ajoute-t-il, « qu’on demande maintenant aux enseignants de diversifier leurs approches et de s’adapter aux forces et aux faiblesses de chacun de leurs élèves. Comment voulez-vous qu’ils réussissent quand, du même coup, on leur demande d’évoluer dans des environnements aussi statiques ».

Il ne faudrait pas croire qu’il n’y a rien de bon qui se fait ici, bien au contraire

 

Ouvrage collectif

Son essai propose donc des pistes de réflexion pour qu’émerge — enfin ! — une école « nouveau genre ». Mobilier flexible, murs vitrés, salles polyvalentes et partagées… les idées ne manquent pas pour dépoussiérer les établissements scolaires et proviennent, pour une fois, directement du milieu de l’éducation.

Photo: Raphaël Thibodeau À l'école Saint-Rémi Annexe, dans Montréal-Nord, une zone de spectacle a été enveloppée d'une coquille de bois, un clin d'œil à la Maison symphonique de l'Orchestre symphonique de Montréal.

« Cet essai, oui c’est mon livre, mais j’aime penser qu’il s’agit plutôt d’un ouvrage collectif », lance Marc-André Carignan, un large sourire sur le visage. Collectif, car, pour y arriver, le jeune essayiste a sillonné pendant près de deux ans les routes du Québec pour aller à la rencontre de ceux qui portent l’école de demain sur leur dos. « Je voulais vraiment éviter qu’on me reproche de ne pas avoir écouté le milieu », explique-t-il. L’ouvrage regroupe donc les idées des enseignants, mais aussi des directions scolaires, des commissaires, des psychologues, des directeurs de ressources matériels et des architectes, pour ne nommer que ceux-là.

Même les enfants, avec leur regard affûté et leur parler unique, ont eu leur mot à dire. Et si leur « école idéale » tient parfois de l’imaginaire, certaines de leur revendication soulignent avec acuité les manquements de leur environnement scolaire. On peut, par exemple, penser à Ilias, qui souhaiterait « avoir beaucoup de couleurs dans [son] école », plutôt que « du gris ou du beige ». Ou encore à Albert, qui rêve d’un « pupitre plus grand » pour pouvoir « travailler debout ».

L’idéal en morceaux

Et tout y passe, chacun des chapitres s’attardant à un aspect précis de l’école d’aujourd’hui, soulignant les lacunes, relevant les besoins et marquant les bons coups. Car des cas inspirants, il y en a chez nous, souligne le jeune auteur. « Il ne faudrait pas croire qu’il n’y a rien de bon qui se fait ici, bien au contraire. Pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour avoir un aperçu de ce que pourrait être l’école du XXIe siècle. »

Et de fait, de Gatineau à Sept-Îles, en passant par Rimouski et Terrebonne, des dizaines de morceaux d’idéal sont dispersés aux quatre coins du Québec, rappelant ainsi qu’il est possible de faire mieux. Il y a des enseignants qui ont complètement éclaté leur salle de classe, la rendant plus polyvalente pour qu’elle puisse répondre aux besoins des différents enfants, illustre-t-il. Ailleurs, ce sont des directions ou des commissions scolaires qui ont osé sortir du cadre, qui ont sorti leurs espaces du moule préusiné. Dans d’autres cas encore, c’est la communauté tout entière qui y a mis du sien.

Photo: Raphaël Thibodeau Les cubicules individuels aménagés à l'école Saint-Rémi Annexe, dans Montréal-Nord, permettent un enseignement personnalisé qui favorise la concentration. Chaque cellule est identifiée par un code de couleur pour aider les jeunes à se repérer.

« Notre plus gros problème en ce moment, c’est qu’on refait à l’identique plutôt que de profiter des rénovations et autres mises à niveau nécessaires pour améliorer et innover un peu, insiste Marc-André Carignan, reconnaissant toutefois que ce sont parfois les moyens qui manquent. Il est peut-être temps de revoir les modes de financement de notre système scolaire, de lui redonner sa place au budget, mais également de faire preuve d’audace quand vient le temps de parler d’argent. »

« Nos enfants passent le plus clair de leur temps assis entre ces quatre murs, renchérit-il. Si l’école est vraiment aussi importante qu’on le dit, il serait peut-être temps d’agir. Comme société, on leur doit bien ça. »

Le livre sera en librairie à compter du 28 août.

Les écoles qu’il nous faut

Marc-André Carignan, Éditions MultiMondes, Montréal, 2018, 215 pages

6 commentaires
  • Malaka Ackaoui - Abonnée 27 août 2018 07 h 51

    Et les cours et toits des écoles?

    On entend de plus en plus parler de bâtiments scolaires et du besoin de faire évoluer l'architecture scolaire. Mais qu'en est-il des espaces extérieurs, des cours des écoles, de leurs toits? On ne peut cantonner l'éducation aux 4 murs des bâtiments. Il faut faire éclater les limites de l'éducation, sortir les jeunes et le programme éducatif qui aura grand avantage à profiter de ces ressources inestimables que sont les cours et toits des écoles pour y intégrer des activités éducatives. L'éducation ne doit pas se cantonner entre 4 murs.

    • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 27 août 2018 08 h 52

      D'accord avec vous.
      Il faut que les éléments naturels soient présents dans le quotidien de l'éducation des enfants. Il faut que tous les sens soient sollicités par la réalité palpable et non pas seulement par la réalité virtuelle.

    • Nadia Alexan - Abonnée 27 août 2018 11 h 48

      On ne peut pas parler d'une réforme scolaire sans parler de l'origine du problème, la pauvreté et la condition mentale de quelques étudiants que l'on place tous ensemble dans la même classe. Il faut d'abord aider les familles de sortir de la pauvreté pour améliorer la santé mentale et émotionnelle des enfants dans la précarité.

  • Léonce Naud - Abonné 27 août 2018 11 h 10

    Écoles en stock : « Nos maîtres les Anglais ? »


    Un historien spécialiste de la Nouvelle-France (était-ce Marcel Brunet ?) aurait écrit quelque chose du genre : « Au fond, nous avons été battus par qui ? Par les écoles anglaises… »

    P’têt ben que nous devrions examiner le type de construction ainsi que le régime éducatif de ces écoles d’Angleterre qui, à l’aube des temps modernes, ont donné suffisamment de force à un peuple peu nombreux, isolé sur une île au large de l’Europe, pour établir un Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

    Comme l’a résumé avec humour l'écrivain Français Pierre Daninos : « Le secret de ces Public Schools qui, comme leur nom l’indique, sont des écoles privées où l’on paie très cher le droit d’être battu (par opposition aux State Schools qui sont des écoles publiques, où l’on échappe gratuitement aux châtiments corporels), ce n’est pas tant d’affiner les intelligences que de forger les caractères ».

    Daninos fait dire à son célèbre major W. Marmaduke Thompson : « Nous élevons durement nos enfants parce qu’un jour ils deviendront des hommes; nous caressons un chien parce qu’il restera toute sa vie un enfant. » Pierre Daninos, Le Secret du major Thomson, - Fabriques de gentlemen (IX), Paris, 1956.

    • Léonce Naud - Abonné 27 août 2018 17 h 41

      Erratum : Michel Brunet et non Marcel Brunet.

  • Christian Roy - Abonné 27 août 2018 13 h 41

    Quelque chose m'agace !

    « C’est un peu comme si nos écoles avaient été figées dans le temps, lance sans ambages l’auteur et chroniqueur Marc-André Carignan. Comme si nos établissements scolaires étaient restés coincés quelque part au milieu du XXe siècle. »

    De la bouillie pour les chats.

    J'ai survécu à l'école publique sousfinancée et mal aimée. J'ai survécu à cette école "surpeuplée et anachronique". Mais comment aie-je pu dans ce contexte si défavorable "réussir mes études" ? Je me suis d'abord responsabilisé...j'ai eu la chance de rencontrer des éveilleurs de conscience.

    L'école n'est pas un édifice. Elle est d'abord un lieu de rencontres intergénérationnelles. Vous aurez beau avoir les plus extraordinaires châteaux High tech du monde entier, si le personnel y est médiocre et sans passion, ces lieux ne seront aussi morts que des coquillages vides.

    Arrêtons de dramatiser et investissons là ou ça compte vraiment: le personnel scolaire. Les jeunes ont moins besoin d'extravagances architecturales ou technologiques que de pédagogues compétents, bienveillants, cohérents et vigoureux.